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de tuf qui, de leurs gradins étages, entaillent la falaise jusqu'au bord de l'eau : cet escalier conduit facilement à la grotte qui se trouve tout près. C'est ici qu'Ulysse a pu débarquer. C'est près d'ici, « à l'extrénriité de la terre, tout près de la mer, qu'il a vu la haute grotte, ombragée de lauriers ».
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Pourtant le chemin le plus commode et le vrai point de débarquement ne sont pas encore ici. 11 faut tourner la pointe orientale de cette petite rade de la Gaiola et pénétrer dans l'anse de S. Basilio : là, viennent finir en un minuscule delta deux torrents parallèles qui, dans la muraille de tuf, ont creusé leurs gorges profondes. Entre deux caps de lave, une plage de sables et de vases peut recevoir les barques halées. Les pointes de la côte et la barrière des écueils abritent cette anse du moindre souflle et de la houle. Voici le meilleur mouillage pour les premiers navigateurs. Sans être vu des indigènes, on peut séjourner ici et cacher ses barques à
terre, sous l'avancée de la falaise C'est ici qu'Ulysse laissera la moitié de son équipage auprès de son vaisseau tiré à sec; il montera lui-même à la grotte avec douze de ses compagnons :
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« Nous arrivons promptement à la grotte, [d En remontant les torrents de S. Basilio, on arrive bientôt à une grande caverne qui, de point en point, correspond à la description odysséenne. C'est la caverne que, depuis le xvi*' siècle, les guides et les indigènes appellent, sans aucune raison, Girolle de Si{jan. Nos cartes marines, par la disposition même du nom Grotte de Séjan, en marquent la place et la longueur sous la falaise de 154 mètres (voir la fig. 21) : au-devant de la grotte proprement dite, par une double ligne pointillée, elles
Fig. 52. — La Cala Badessa.
Fie. 35. — Le vallon.
indiquent aussi la tranchée à ciel ouvert qui, du torrent de S. Basilio, conduit à la bouche orientale de la caverne. Le chemin, pour monter de la mer jusque-là, emprunte d'abord le couloir du torrent : entre deux murailles de tuf, au fond de la gorge étroite, ce n'est qu'un sentier en échelle, coupé de seuils, encombré
de cailloux roulants. Puis, à quelque 3 ou 400 mètres de la plage, la gorge s'ouvre tout à coup en un vallon circulaire, que domine tout autour une haute margelle de tul blanc. Un arpent de vignes, clôturé de grosses pierres, de chênes et de pins-parasols, en occupe le fond plat. La margelle est creusée de cavernes, les unes artificielles (tout un petit village semi-troglodyte habite dans ces abris, y a ses caves, ses silos ou ses étables), les autres naturelles et, parmi celles-ci, une énorme, haute, profonde, gigantesque grotte, à la bouche de laquelle mène une route en tranchée.
Cen est pas, comme disent les indigènes, la Grotte de Séjan : c'est la Grotte de Polyphème. Il suffit de mettre, en regard des vers de V Odyssée j les photographies de ce vallon, non seulement pour constater le rapport de tous les vers à tous les détails de la réalité, mais encore pour comprendre certains mots du texte odysséen qui, sans les photographies, resteraient inexplicables : « La grotte était emprisonnée dans le cercle, Trep'.SiôjjLrjTO, d'une cour profonde, aùXT^ uir^lri, j^aOsir^ aO//,, faite de pierres plantées dans le sol, de pins élancés et de chênes a la haute chevelure »,
FiG. 54. — La roule de la caverne.
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FiG. 55. — Les pins élancés.
Je doute que, sans la vue des lieux ou des photographies, cette description soit intelligible. Si Ton ne connaît que les pins rabougris et les chênes verts des terres helléniques, je doute que Ton traduise « pins élancés » par le seul mot qui convienne ici : « pins-parasols ». Nos photographies montrent clairement, je crois, ce rond de pinsparasols et de chênes, au fond du puits de tuf dans lequel s'ouvre la grotte.
La grotte de Polyphème doit élre haule, OJ^r,Xov, Oupàwv uATjXàwv. De nombreux troupeaux, moutons et chèvres, y trouvent un abri..,. La vaste caverne, cùpù Titsoç, a besoin, pour être close, d'un rocher que vingtdeux chars attelés remueraient à peine. Au fond de la caverne, — tant elle est spacieuse, — Ulysse et ses compagnons peuvent rester inaperçus aussi longtemps que Polyphème n'allume pas du feu pour éclairer cette ombre. La caverne est si profonde que Polyphème aveuglé ne peut plus mettre la main sur ses prisonniers : il demande à son bélier de lui montrer la place où ce misérable Personne fuit son étreinte.
La bouche de notre caverne a 9 ou 10 mètres de haut, 6 ou 7 mètres de large : une muraille de briques la ferme jusqu'à mi-hauteur; à sa porte inhospitalière, un
gardien lève péage sur les touristes. A l'intérieur, la caverne se poursuit avec la môme hauteur de voûte jusqu'à 55 mètres de profondeur : au delà, c'est un tunnel artificiel qui la continue durant 850 mètres encore, à travers toute la colline du Pausilippe, jusqu'à la pente (|ui domine le val de Bagnoli. De la caverne primitive au tunnel prolongé, il est facile de constater la brusque différence : la hauteur et la largeur se rapetissent soudain ; la voûte tombe à 3 mètres; les parois n'ont plus que 2 mètres d'écarlcment. On ne sait à quelle
FiG. 50. — La caverne.
date oc tunnel fut creusé de main d'homme : une inscription nous en apprend la réfection au temps d'Honorius*. Ce dut être quelque folie de l'un des riches propriétaires du Pausilippe (tout près de la caverne, des ruines importantes couvrent les pentes qui regardent le golfe), qui voulut avoir un passage direct entre sa villa et Pouzzoles. Ce put être une imitation de l'autre tunnel du Pausilippe qui, percé sous Auguste pour la route de Pouzzoles, menait en droite ligne de la plaine de Naples au fond du val de Bagnoli. Ce dernier tunnel, voisin de la grande ville de Naples, était fort utile pour les communications avec Baies et Pouzzoles. Mais ici, à l'extrémité de cette falaise qui ne porta jamais que des villas de plaisance, Ton ne voit pas quelle utilité publique eût fait engager les dépenses de notre tunnel : en réalité, il ne mène à rien. Si la caverne n'eut pas préexisté, jamais l'on n'eut songé à trouer la montagne.
La bouche delà caverne n'est plus ombragée de lauriers; des buissons de genêts, poussés dans les interstices de la roche, lui font un panache fleuri. Mais les pentes voisines sont couvertes de lauriers, et les lauriers plantés par Pétrarque ou Casimir Delavignc ombragent toujours la Tombe de Virgile. La caverne est déserte aujourd'hui : le gouvernement l'exploite et fait payer l'entrée aux touristes. Les grottes artificielles qui l'entourent montrent quels services autrefois elle pouvait rendre aux indigènes pour leurs provisions et pour leurs troupeaux. Ils y gardaient leurs agneaux au sec, leur vin ou leur laitage au frais. Débarqués à la cale de S. Basilio, les premiers navigateurs montaient jusqu'ici pour acheter des bètes, du lait et des fromages. Je ne doute pas qu'à sa façon le poème odysséen ne nous fasse connaître un certain état du commerce qui a réellement existé en ce pays. Aux temps primitifs, cette grotte servait réellement de retraite aux bergers indigènes et à leurs troupeaux. La terre des Kyklopes était habitée. Si nombre de traits dans la légende odysséenne se rapportent aux Yeux Ronds eux-mêmes, c'est-à-dire aux Monts Phlégréens et à leurs cratères, il est toute une catégorie de renseignements, très nombreuse aussi, qui nous décrivent fort exactement, je crois, les mœurs et la vie des Opikes, des Œiliens ou Œillets, du Peuple des Yeux Ronds, des Oinotriens.
Les Opiques sont les I)ergers des monts. Au pied de leurs montagnes, s'étendent les riches plaines de la « vaste Campanie ». Mais ils ne sont pas encore arrivés à la civilisation agricole. Ils sont pasteurs. Confiants dans la bonté de Dieu, sans rien semer, sans rien planter, ils récoltent ce que la terre veut bien leur donner :
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