SpaUanzani, Voyage, etc., Il, p
L'ILE AIOLIÈ. 189
Tavoit précédé. Car non seulement dans cette île mais même à Chio et à Sniyrne, tout l'argent devint rouge. Ces pierres de ponce, qui sortirent de là, couvrirent tellement la mer de TArchipel que durant quelque temps, quand il régnoit certains vents, il y avoit des ports qui en estoient bouchés, en sorte qu'il n'en pouvoit sortir aucune barque, pour petite qu'elle fût, que ceux qui estoient dedans ne se fissent le chemin au travers de ces pierres ponces avec quelques pieux*.
Aujourd'hui encore, Thèra, couverte de ponces, est ceinturée de ces pierres flottantes, que le flot jette et reprend au gré de la brise, sur les grèves de l'Est et du Sud. Stromboli avait une pareille ceinture quand elle apparut comme « une île flottante » aux premiers navigateurs :
TtAtoTç èvl vyjO-(}>.
Les géographes des âges suivants, qui n'avaient pas vu le phénomène, — Stromboli ne rejetant plus de ponces aux époques classiques, — cherchèrent et découvrirent vingt explications de ces trois mots si clairs : « TTÂwr/J, disaient-ils, ne veut pas dire navigante, mais naviguée, parce qu'on naviguait tout autour, ou parce que l'ile est sur le passage de toutes les navigations, ou parce qu'elle fournit aux navigateurs des indices sur le temps qu'ils doivent rencontrer en mer », etc'. Mais le poète dit vraiment que l'Ile était flottante et il le dit avec raison, car, ici encore, il ne fait que reproduire une « vue de côtes », d'après les marins dont il suit le périple.
Sur une ceinture de pierres ponces, l'île flottante dressait sa haute pierre dénudée :
X'-o-aTj 3' àva36ôpo[JL€ izhpr^.
Cet hémistiche ne fait aussi que traduire ou paraphraser le nom que les marins primitifs avaient donné à l'Ile Haute, Ai-oliè, Al-oXir^. Ce nom rentre, en effet, dans la série qui nous est familière. A côté de I-spania, E-nosim, Ae-naria, Ai-aiè, etc., ce nom prend place parmi les noms insulaires commençant par ai, p, ou i, >N, ai, ou % i, Vile. Le second terme oXivi est la transcription grecque du délerminatif que les Sémites avaient donné à cette île, ai. Toutes les langues sémitiques ont la racine nVv, oVa, avec le double sens transitif de monter, gravir, et intransitif de «'^tei;éfr, surgir. Les Arabes ont tiré de cette racine toutes les formes verbales, substantives, adjectives, participiales, etc., pour signifier être haut, être éminent, le comble, la grandeur, le lieu élevé, etc. Les Hébreux ont le verbe nhîT, o/'a, et le substantif nW, ooVa, etc. Ce dernier substantif désigne l'escalier, la rampe, la pente ; son exacte transcription nous donnerait en grec olia, oklr^ : l'ile Oliè, Al-oXî/i, serait l'He de la Rampe. Mais la forme participiale, identique, ol'a, nous rapprocherait davantage encore de notre texte odysséen : l'île Oliè serait Tile Montante. Les Septante traduisent ce verbe