Thévenot, I, chap
2. Cf. les textes réunis par Cluverius, Sicil. Ant., p. 398 et suiv.
liM) LES PHÉNICIENS ET L'ODYSSËE.
sémitique rhv par le verbe grec àvafiaivetv : le poète odysséen emploie àvaoéopo[jL£, ce qui est exactement la môme chose. Ai-oliè est donc Vile qui Pointe. Entre 17/^ Ronde des Hellènes et 17/6» Pointante des Sémites, nous apercevons sans peine les raisons qui créèrent la différence d'onomastique :
On parvient difficilement à la connaissance exacte de la disposition intérieure d*uu pays montueux et volcanisé, si l'on ne commence par se former une idée juste de son ensemble. Il faut pour cela se placer au sommet de la montagne la plus élevée.... Après avoir fait le tour de l'île Lipari et étudié ses rivages, je me transportai sur le mont San Angelo, qui est le plateau le plus éminent de l'Ile, fcln la considérant de cette hauteur, je ne lui trouvai point cette figure conique qui est propre aux Iles de Stromboli et de Yulcano, elle me parut au contraire fort irrégulière*.... J'employai un jour à faire à pied le tour des bases du Stromboli. J'y découvris partout la même solidité de structure, excepté dans un coin au Nord où le tuf existe et se prolonge jusqu'à la mer. Partout où le sable est répandu, il ne forme, pour ainsi dire, que l'écorce du sol. On retrouve au-dessous la charpente de l'île, composée de laves solides. Cela est surtout manifeste dans certaines côtes rapides, mises à nu par l'écoulement des eaux pluviales ou par l'action des vents.... On peut jouir de l'aspect du cratère soit de la mer, en prenant une position favorable, soit de la terre, en gagnant le sommet de la montagne. Je voulus l'observer de ces deux points de vue et je me déterminai d'abord pour le premier, afin de profiter d'un calme qui s'offre si rarement sur une mer presque toujours soulevée par les tempêtes. Je pris donc une barque et, après avoir côtoyé l'Ile, l'espace de 5 milles 1/2 au Nord, j'arrivai en face d'un lieu où It s matières lancées par le volcan viennent retomber dans la mer. C'est une côte dont l'inclinaison s'éloigne peu de la verticale; mesurée par le pied, elle a environ i/2 mille de largeur; sa hauteur est d'un bon mille. Elle va se terminer en pointe et représente un triangle isocèle dont la base est baignée par la mer*.
Voilà sous quel aspect les marins ont toujours aperçu et noté les cônes volcaniques pointant à leur horizon : ce qu'ils en voient d'abord, c'est la hauteur: ce qu'ils en décrivent et en dénomment, c'est avant tout la hauteur. Seule, la hauteur peut leur être utile à connaître, quand ils naviguent en ces parages où le volcan leur doit servir de repère. Prenez, par comparaison, les récits des premiers explorateui's de Ténériffc :
Entre les choses remarquables de ces Iles, dit l'un, il y en a deux entre autres : l'une est qu'au milieu de Ténériffe il y a une montagne très haute ^ en pointe de diamant, qui jette le feu comme le mont Gibel de Sicile et il y a bien quinze lieues à monter, ce que l'on ne peut faire qu'en trois jours. Ce mont s'appelle Pic de Ténériffe ou de Terregra, et de là on découvre plus de 50 ou 60 lieues loin et on remarque aisément toutes les autres lies. On ne peut aller au plus haut que depuis la mi-mai jusqu'à la mi-août, à cause de l'excessive froidure et des neiges, ce qui a donné sujet aux Anciens d'appeler cette île Nivaria ou Neigeuse.,.. Cette île, dit un autre, est relevée en forme de coteaux et au milieu d'icelle se voit une montagne grandement droite et ronde, qu'ils appellent Pic de ïeithe et dont la situation est telle : sa imnte est fort droite et contient en hau-
I. Spallanzani, Voyage, elc, UI, p. 1-2. "1. Spallanzani, Voyage, etc., U, p. 23-24.
I/ILE AIOLIÈ. liM
teur quinze grandes lieues. Elle jette souvent feu et soufre et est en forme de chaudron. Deux milles aux environs (du sommet), vous ne voyez que cendres et pierres ponces. Deux milles plus bas, c'est un pays qui toute Tannée est couvert de neige. Plus bas, s'y rencontrent quantité de grands et puissants arbres. Au-dessous, vous trouverez grande quantité de lauriers, etc.... Ténériiïe, dit un troisième, a été appelée Nivaria ou Neigeuse. Le nom de Ténériffe lui a été imposé par les habitants de l'île de la Palma, car lener en langage palmérien signifie neige, et iffe, montagne. Elle est de forme triangulaire. Quant à la grande montagne de Teyda, je ne sais si elle donne plus grande admiration quand vous en approchez ou quand \ous la regardez de loin : il y a deux journées et demie de chemin jusques au haut..., etc. *.
Voyez encore dans la Méditerranée levantine, comment les Instructions nautiques nous décrivent le volcan de Nisyros : « C'est une île formée de montagnes de roche volcanique. Un cratère irrégulier occupe la plus grande partie de son centre. Ce grand cratère, dont les bords atteignent des altitudes de 410 à 570 mètres, renferme un cratère pins petit qui est le point culminant de l'île el atteint 692 mètres. Les côtes sont très escarpées et montrent jusqu'à leur sommet des terrasses qui retiennent la terre entraînée dans la saison des pluies*. » Les Hellènes, qui ont colonisé cette île de Kisyros, nous l'ont décrite de leur point de vue de terriens : « C'est une île, ronde, haute, en pierre meulière, avec une ville, un port, des thermes et un temple de Poséidon : elle a quatre-vingts stades de tour, Tz^o^^xjXr^ oè xal 'jJ/TjATj xal 7r£Tp<I)0Tt; toû (jl-jXio'j Aiôo'j^. » Mais le nom que l'île avait gardé pour les Hellènes et garde encore pour nous, Nisyros, implique une autre vue de côtes. Car ce nom rentre dans la colonne des noms insulaires, qui, ne présentant aucun sens en grec, s'expliquent par une étymologie sémitique. Nous n'avons pas ici de doublet pour nous garantir la valeur d'une pareille étymologie. Mais il semble bien que Nisyros, NiT'jpo;, doive être proche parente de Syros, S-jpoç. Nous savons que Syros est la transcription du terme sémitique ity, sour^ la Roche. Je crois pareillement que Nisuros est la transcription grecque de nnxj, nisoura, la Garde des Phéniciens. Ce terme de nisoura sert, dans la Bible, à désigner tous les postes et tours de guette, élevés dans les vignes ou sur les routes du désert. Appliqué à notre île pointue et à sa tour isolée dans la mer, ce nom se comprend de lui-môme. Si l'on veut le mieux expliquer, il suffit de considérer Tonomastique de telles autres îles similaires. Parmi les îles Lipari,
Felicuda et Alicuda se présentent les dernières à l'Ouest. Les maisons de Felicuda sont éparses en divers points de l'Ile ; elles contiennent environ 600 habitants. Celles d'Alicuda, où la population est plus faible, n'occupent que la partie de l'Est et du Sud- Est. Le reste de l'île n'offre que des rochers, des ruines et des précipices. Les maisons ou, pour mieux dire, les cabanes de ces deux îles, ainsi que les presbytères, sont bâtis, non au pied de la montagne, ce qui paraîtrait plus naturel, mais vers le milieu
!. Cf. Bergeron, Voyages, I, p. 111-119.