‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 138 sur 343 · Strab., X · texte numérisé non relu

Strab., X

du spmmol. Je ne pouvais comprendre celte préférence donnée à des sites aussi âpres et aussi rapides, tandis que vers les bords de la nier, dans Tune et l'autre île, il régnait des plans doucement inclinés qui auraient dii inviter les habitants à s'y établir. Mais ils m'apprirent que Felicuda et Alicuda se trouvant par leur éloignement hors de la protection de leur capitale, l'Ile de Lipari, elles étaient anciennement infestées de corsaires turcs et surtout tunisiens, qui y débarquaient à la faveur des ténèbres, surprenaient dans le sommeil les individus qui habitaient le bord de la mer, et les emmenaient captifs après leur avoir enlevé tout ce qu'ils possédaient. Ces attaques nocturnes se sont renouvelées, même de nos jours (1788), dans les deux rivières de Gènes. Les habitants de Felicuda et d'Alicuda se virent donc obligés de transporter leurs demeures sur les hauteurs, où le danger était moins grand. Bien que les iles Eoliennes soient encore exposées à l'invasion de ces pirates, on les reçoit parfois de manière à leur ôter l'envie d'y revenir. Toujours est-il prudent d'y placer les habitations sur les lieux élevés d'où l'on peut signaler leurs manœuvres. Voilà pourquoi on tient sur la montagne (lella Guardia, à Lipari, une sentinelle qui veille nuit et jour*.

La Garde de Lipari et la Garde de Nisyros sont semblables de tous points. Ces deux cônes volcaniques, qui dominent toute Tile et les mers et les terres voisines, sont d'admirables guettes pour scruter les golfes côtiers et les détroits insulaires. De pareilles Guardia sont fréquentes dans Tonomastique des îles eoliennes : Ustica a sa Guardia dei Tiirchi, qui porte aujourd'hui un sémarnaphore; Lipari a son mont délia Guardia, De môme, le nom de Nisyros a été répandu dans toutes les îles Sporades, au voisinage de notre île de Nisyros : Nisyros est encore une ville de Kalymnos, et une ville de Karpalhos; sur la côte en face de Nisyros, une autre guette grecque, Ixottit^, surveille le détroit de Myndos.

Donc cette île de Nisyros, qui, pour les Hellènes insulaires, est d'abord ronde et ensuite haute, Trpo-^'yjXvi oè xai ûJ/XjXri, avait été, pour les Sémites marins, d'abord haute et ensuite ronde : c'était d'abord une Garde. Tout pareillement, notre île ronde des Hellènes, STfoyyjXr,, Stromboli, avait été l'Ile Haute des mômes marins Sémites, Ai-oliè, Al-oXir, : « Stromboli, dit le pilote Michelol, a environ dix-huit milles de circuit; elle est presque ronde et fort haute. » Le poète odysséen nous en décrit très exactement Télévation et la rondeur tout ensemble. Ici encore, il faut seulement prendre au pied de la lettre ses épithètes dites poétiques, et tout aussitôt nous apercevons, derrière les vers du poète, la Haute Pierre Montante, enclose d'une muraille circulaire de laves métalliques, et flottant sur une ceinture de ponces.

Dans Ai-oliè, règne le maître des vents, qui les déchaîne ou les enchaîne. Zeus a fait d'Aiolos le distributeur des vents :

xsïvov ràp Ta[jLL7)v àv^uwv tto'ItjTS Kpovtwv. 1. Spallanzani, Voyage, etc., IV, 95-90.

L'ILE AIOLIÊ. 195

Au sujet de Stromboli, les Instructions nautiques disent aujourd'hui encore : « D'après le dire des insulaires, les perturbations atmosphériques auraient une grande influence sur le volcan : aussi les tempêtes, particulièrement celles venant du Sud, sont précédées d'épaisses masses de fumée* ». Ce dire des insulaires a longtemps trouvé la créance la plus entière parmi les navigateurs. Indigènes ou étrangers, tous les marins tenaient le volcan pour le meilleur prophète des vents et des tempêtes. C'est par l'étude de ce phénomène que Spallanzani commence son enquête sur File :

Quand je touchai terre, il était neuf heures du matin. Animé par la curiosité, je montai à Tinstanl même sur les flancs du volcan. L'acide sulfureux s'y manifestait d'une manière si piquante et si incommode que je fus obligé ce jour-là de regagner la plaine. J'employai le reste de \^ journée à interroger les insulaires, m'adressant à ceux qui, ayant sans cesse [le volcan] devant les yeux, devaient en être instruits mieux que personne. Voici les informations qu'ils me donnèrent. Lorsque le vent du Nord ou du Xord-Ouest souffle, les fumées sont petites, blanches, et les détonations très modérées. S'élève-t-il un vent de Sud-Ouest, de Sud-Est ou de Sud, les fumées s'étendent davantage ; elles sont noires ou du moins obscures, et les détonations plus fortes et plus fréquentes. Si l'un de ces trois vents souffle avec violence, il arrive souvent que la fumée se répand sur l'île entière et l'obscurcit comme un brouillard pluvieux.... Les fumées épaisses, abondantes, qui correspondent pour l'ordinaire avec des éruptions plus violentes et plus fréquentes, n'accompagnent pas seulement les vents de Sud-Ouest, de Sud-Est ou de Sud ; mais elles les devancent de quelques jours. C'est par leur apparition que les habitants de Vile annoncent les temps favorables ou contraires à ta naviga^ lion. (( Nous voyons souvent, me disaient-ils, des bâtiments hivernes à Stromboli, prêts à lever l'ancre, parce que la mer paraît favorable; mais heureusement pour eux nos prédictions les retiennent dans le port et ne les trompent jamais. » Au reste ces présages vrais ou faux ne sont pas le résultat des observations modernes des insulaires ; on les retrouve dans l'antiquité la plus reculée. C'est aisé d'imaginer comment, de génération en génération, ils se sont transmis aux habitants actuels qui les feront passer à leure descendants. Éole, qui faisait sa demeure à StromboH, a été appelé dans la fable le roi des vents, probablement parce qu'il était parvenu, suivant quelques écrivains, à prédire le vent qui devait souffler, par la diversité des fumées et des éruptions.

Que l'on me permette de rapporter ici les observations que j'ai faites moi-même sur les rapports des phénomènes de l'atmosphère avec ceux des volcans, pendant une station de trente-cinq jours aux îles Lipari. Car il n'est aucun point de cet archipel et de la mer qui l'environne, d'où l'on ne puisse découvrir les fumées diurnes et les Hammes nocturnes de Stromboli. Dans cet espace de temps, le vent de Sud-Ouest souffla avec violence le 15 septembre et le l*'"' octobre. La première fois, on n'aperçut aucune modification sensible dans le volcan, qui, dans celte circonstance, aurait dû, suivant Topinion commune, exhaler plus de fumée et faire entendre des détonations plus fortes. Mais, la seconde fois, ces symptômes arrivèrent selon l'indication des insulaires. Le vent Sud-Kst souffla les 21 , 26 septembre et 7 octobre. Ce vent, si nous les en croyons, a les mêmes corrélations avec le volcan que le précédent. En elTet, deux fois, les jets de feu parurent plus considérables et la fumée sortit en plus grande abondance; mais l'augure faillit la troisième fois. Le vent de Nord, au contraire, qui, au dire des insu-

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