Cousinéry, Voyage en Macédoine j II, p
10 LKS IMifiMCIENS ET L'ODYSSÉE.
le triplo, le pauvre batelier se donna toutes les peines imaginables pour recueillir à Zéa le montant de la rançon, ne demandant l'argent que quelques jours jusqu'à ce qu'il eût conduit la cargaison à Andros. In bâtiment anglais qui se trouvait dans le port de Zéa essaya de surprendre le pirate à l'aide d'une chaloupe bien armée. Le brigand, ayant toujours quelques vedelles sur le rocher voisin, voyait à peine un grand bateau s'avancer hors du port à coups de rames, qu'il prenait rapidement sa fuite vei's Thermia. Tandis que l'Anglais était obligé de ramer contre le vent et le courant jusqu'à la pointe la plus septentrionale de l'île, le j)irate gagnait tant d'avance à l'aide du plus beau vent du Nord, qu'il n'était plus possible de le rejoindre. Le lendemain, il reparaissait dans une autre baie à la ccMe orientale de l'île et il renouait des négociations. In généreux Zéote avança enfin à son (compatriote, le pauvre batelier, les mille piastres de la rançon, sur hypothèque et moyennant l'honnête intérêt de deux cents piastres pour huit jours. Le bateau fut relAché et le pirate disparut. L'affaire de la rançon ne parvint à notre connaissance que plus tard. Nous eiimes lieu de soupçonner qu'on nous en fit mystère, de peur que nous ne prétassions l'argent à l'honmie embarrassé et que nous ne lissions tort à l'usurier zéote, allié de certaines gens qui nous entouraient.... Les kaïques des pirates gênent les relations, bloquent pendant des mois des îles entières, maltraitent quelquefois de la manière la plus affreuse leui's prisonniei*s, les mutilent et même les tuent. Ces écumeurs de la mer vendent sans façon dans une île, pourvu qu'il y ait sûreté, ce qu'ils ont volé dans une autre et s'y pourvoient de vivres*.
Cette lâcheté des victimes rend les corsaires imprudents. Vainement Ulysse montre à ses compagnons le danger qu'ils courent en ne s'éloignant pas, sitôt la razzia terminée. Ils ont du vin : le vin d'Ismare ou de Maronée est un grand cru du temps. Ils ont des moutons, des bœufs et des femmes. Ils s'installent sur la plage et font bombance. Nous connaissons déjà le terrible appétit de ces estomacs fatigués de bouillie ou de pain sec. Les inscriptions égyptiennes de la MX*" dynastie nous parleront tout à l'heure des pillards de la mer, qui viennent sur la terre d'Egypte « se gorger la panse ». En attendant, voici un tableautin du xvn'- siècle :
A peine eûmes-nous jeté l'ancre et plié les voiles que nous apperçûmes les îles de la Sapienze tout en feu et un grand nombre de matelots occupés à rôtir des moutons, des agneaux et des chèvres. L'odeur de ces viandes fraîches frappa tellement mon odorat, que je résolus sur-le-champ d'en aller mendier quelque morceau pour satisfaire ma voracité. Car depuis huit jours je n'avois touché viande. Déjà me voici à terre pair et compagnon de ces messieurs que je n'avois jamais vus ni connus. Je mangeai tellement de ces viandes demi-cuites qu'à peine pus-je respirer pendant vingt-quatre heures. Nous fismes grande chère pendant deux jours, grâce à ce corsaire maltois qui avoit eu la témérité de ftiire incursion dans ces isles et d'en ravager le bétail, quoique sous le canon de Modon*.
Les compagnons d'Ulysse se gorgent semblablement de vin, de mouton et de bœuf. Notez pourtant une difl'érence capitale entre les festins homériques et ces ripailles des « Francs ». A bord des corsaires achéens, les parts de mangeaille et