De Sauniery, Mémoires^ I, p. 3-i-ôO
LA COURSE. Il
les paris de butin sont égales pour tous. Ulysse ne manque jamais de spécifier que le partage équitable n'a fait aucun mécontent :
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Chacun a eu sa juste part. La formule est de style dans tous les partages : « Tirant du creux du vaisseau les moutons du Kyklope, nous les partageons de façon à ce que tous, satisfaits de moi, s'en aillent avec une part égale »,
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Si parfois le capitaine achéen a double part, c'est du consentement de tous; ce n'est pas la part du capitaine; ce n'est qu'un libre don de l'équipage : « Dans les moulons du partage, mes compagnons me donnèrent pour moi seul un agneau de choix, que je sacrifiai à Zeus »,
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Si le capitaine achéen veut soustraire au partage et s'approprier quelque objet de valeur, l'équipage a la défiance et même la révolte promptes. Ulysse a reçu du roi Aiolos une outre ficelée d'argent : « Malheur! dit l'équipage, pourquoi, partout où nous allons, celui-là est-il bien accueilli et choyé? Il ramenait déjà dHion une charge de beau butin, et nous, qui avons fait la même route, nous revenions les mains vides, et voici qu'Aiolos, en cadeau d'amitié, lui a encore donné cette outre. Allons, vite, regardons ce qu'elle contient : voyons ce que d'or et d'argent elle doit avoir. »
Chez les corsaires francs, il n'en va pas ainsi. Butin et provisions, tout appartient au seul capitaine et à son état-major. L'équipage n'a que les rebuts. Robert est un capitaine anglais que les corsaires ont enlevé à Kio et, de force, enrôlé. 11 est obligé pendant plusieurs mois de servir, simple matelot, à leur bord. Longuement, il nous raconte les privations des équipages :
Quoique leur travail soit fort rude, ils n'en sont pas mieux nourris. Nous avions à i)ord un maître-valet, qui étoit manchot et qui distribuoit chichement le pain qu'il nous donnoit trois fois par jour, sans l'accompagner d'autre chose. Il est vrai que les dimanches et les jeudis on nous rêgaloit d'une chaudière de fèves, bien salées, où l'on mettoit quelquefois un demi-setier d'huile pendant qu'elles cuisoient.... A cela près, tout le temps que nous étions en mer, nous n'avions que du pain sec. Mais lorsqu arrivés à l'île de Rhodes ou à celle de Cypre, nous avions le bonheur d'enlever quelque béte à corne, ce qui nous arrivoit souvent, on nous en laissoit les entrailles, pendant que M. le Capitaine mangeoit la chair, dont nous ne goûtions pas un brin, jusqu'à ce qu'elle fut puante. Quand ils attrapent quelque saïque chargée de riz, de