‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 141 sur 343 · Diod. Sic, V · texte numérisé non relu

Diod. Sic, V

Lipari a donc le commandement des six autres iles : elle possède tout Tarchipel; elle en cultive les pentes; elle en surveille et défend les ports. Quand les pirates, étrusques dans l'antiquité ou turcs de nos jours, attaquent les îles, c'est Lipari qui sert de garde, de forteresse et de refuge. Contre les Étrusques, Lipari arme une flottille, qui finit par triompher de ces pirates : les dîmes importantes, qu'elle ofl*re au temple de Delphes, propagent alors sa renommée chez tous les Grecs. C'est ainsi que Tarchipel devient « les Iles Liparéennes », AiTrapaTat NtÎtoi. Les Liparéens habitent leur ville, mais ils vont sur leurs barques cultiver et exploiter les autres lies, AiTràpav |X6v xTiffavrcç TuéXiv èvTauOa oixoGa"tv 'lepav oï xal STpoyytiXyiV xal AiSu^jia; yewpyoûo'iv, ôtaêaivovre; vauarlv è; aÙTà^, dit Pausanias. En cet état de choses, c'est Vulcano, juste en face du port de Lipari, qui devient le grand indicateur des vents : Stromboli esl plus éloignée de la capitale, et la vue de son volcan est masquée par le haut promontoire du Monte Rosa, qui ferme au Nord-Est le port des Liparéens.

Mais il est facile de concevoir et de reconstituer un état social et politique de l'archipel, où Stromboli prend sa revanche, où Lipari tombe au second rang. Nous voyons à travers toute Tantiquité que, malgré la richesse et la primauté de Lipari, les Sept Iles gardent toujours le nom donné par les premiei-s navigateurs : elles ne sont pas l'archipel des Liparéens, mais, d'abord, l'archipel d'Aiolos, les Iles Éoliennes, Aio)xioeç Ntîtoi. Les marins de l'antiquité leur gardent toujours ce vieux nom. C'est que Lipari pour les indigènes et les colons peut être le centre, la capitale, la ville la plus célèbre de l'archipel. Mais pour les navigateurs, pour les marins étrangers qui ne labourent que les champs humides, c'est Stromboli qui est le point le plus remarquable.

Stromboli, pour les navigateurs, est la tôte, le chef de l'archipel. Des Sept Iles, Stromboli est, sinon la plus haute, du moins la plus lointainement visible : vers sa pointe de 940 mètres, vers son panache de fumée durant le jour, vers sa lampe de feu durant la nuit, les regards convergent de toutes les mers et terres environnantes. Son pic est le jalon et, tout ensemble, le phare de toutes les routes de navigation qui vont aux détroits de Messine et de Bonifacio ou qui en viennent. Quel que soit le trafic international établi dans la mer Tyrrhénienne, Stromboli en devient forcément l'un des repères, et le plus important, le plus facile à reconnaître. L'île de Stromboli est beaucoup moins grande que celle de Lipari. Mais les marins n'ont que faire de la grandeur des Iles. Pour diriger leur route, c'est la hauteur et la forme qui leur importent le plus, et, môme, les navigateurs primitifs préfèrent, nous le savons, les petites îles presque désertes aux grandes îles trop peuplées. Sur un petit îlot, ils se sentent plus à l'aise pour leurs relâches, mieux protégés contre le caprice ou la violence des insulaires. Nous savons qu'ils demandent seulement aux petites îles d'avoir un port, une aiguade et, si faire se peut, une caverne*.

1 . Voir dans le premier volume de cet ouvrage, le début du livre III.

L'ILE AIOLIÈ. 190

Reportons-nous à la description de Stromboli dans nos Inslructions nautiques : € Le principal bourg de Stromboli est sur le côté Est de File. A San Vincenzo, il y a une fontaine alimentée par une petite source de la montagne. La plage placée au-dessous des maisons est de sable noir brillant et se termine par la pointe rocheuse délia Scaro, où il y a une grande caverne appelée la Grotte des Veaux Marins; elle a 25 mètres de long, 10 mètres de large et 2 mètres de haut*. » La situation et la nature de ce mouillage durent en faire un excellent < point d'appui » pour les premiers thalassocrates levantins. Aujourd'hui, nos marines occidentales prennent la plus occidentale des iles, Ustica, pour guide et point de repère : « L'Ile d'Ustica, disent les Instructions, forme une excellente marque pour les navires qui, venant du Nord, vont à Palerme ou sur la côte Nord de la Sicile. Cette île est entièrement formée de matières volcaniques, mais sa fertilité est extrême et elle est bien cultivée'. » Aux temps odysséens, le cône de Stromboli est la meilleure marque pour les bateaux qui viennent du Sud, et, tournée vers l'Est, sa plage s'offre aux caboteurs qui viennent du continent ou du détroit. Aioliè se trouve sur la route de tous les bateaux qui montent des bouches de Messine aux côtes italiennes et aux bouches de Sardaigne, et de tous ceux qui, inversement, descendent vers les bouches de Messine : « Le rivage, dit Spallanzani, n'a ni port ni anse pour servir de refuge aux gros navires. Ils cherchent un abri sous le vent de l'Ile et courent risque de couler à fond quand ils veulent éviter d'échouer sur le sable. Mais les felouques de l'Ile étant légères, on les tire aisément à terre et on les remet en mer avec la môme facilité. » Par la facilité du halage à terre et de la mise à flol, nos vaisseaux odysséens ressemblent à ces felouques : pour eux, cette plage de Stromboli aura donc la même utilité.

L'aiguade, dans ces iles volcaniques, est d'une particulière importance : « Le climat de ces îles, disent les Instructions, est généralement salubre et le temps généralement doux et frais. L'eau douce manque généralement, bien qu'on trouve sur la plupart des iles quelques petites sources : les habitants sont, par suite, obligés de construire de vastes citernes'. » Les Instructions et les voyageurs ne manquent jamais de signaler les moindres sources de l'archipel : « SurDidyma, à peu de distance de la mer, près de Sainte-Marie, est une fontaine d'eau douce, qui flue continuellement. Autrefois elle sourdait presque au niveau de la mer, qui se mêlait souvent à ses eaux et en rendait l'usage impossible. Aujourd'hui, l'on a fait une coupure verticale au rivage et la source débouche à quinze pieds plus haut. Telle est son abondance qu'elle fournit cinq jets, chacun d'un pouce de diamètre, chose extraordinaire dans une petite île volcanique.... On ne voit pas couler un seul filet d'eau vive et potable dans les deux îles de Felicuda et d'Alicuda. Les habitants ont recours à des citernes et sont exposés

i. Imtruct. naut., n* 731, p. 237.

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