‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 142 sur 343 · Inslruct, naut., n- 731, p · texte numérisé non relu

Inslruct, naut., n- 731, p

à beaucoup souiïrir si les pluies viennent à manquer pendant plusieurs mois'. » Slroniboli est la mieux partagée de ces îles : « Sur le penchant de la montagne, à peu d'élévation, on trouve une petite source d'eau douce qui sérail loin de suClire aux besoins des habitants, si, à quelque distance de là, il n en jaillissait une autre plus considérable et qui ne tarit jamais. Sans ce secours, le pays ne pourrait subsister, car les citernes s'y dessèchent durant les ardeurs de Télé'. •

Si nous revenons maintenant à notre description odysséenne d'Aioliè, il semble que le périple original ait donné exactement à notre poète les mêmes renseignements que nos Instructions nous donnent aujourd'hui. Le périple décrivait « la plage au-dessous des maisons » et la source voisine de « l'habitation » : « Nous débarquons sur la rive où nous puisons de l'eau, l^s équipages, à la hâte, preiment leur repas auprès des croiseurs (tirés h sec). (Juand nous avons rassasié noire soif et notre faim, je pars avec un héraut et Tun de mes hommes vers les maisons d'Aiolos »,

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Pour les premiers thalassocrates, Stromboli est donc l'île la plus importante, parce qu'elle est la plus utile à leurs relâches. Elle est alors la capitale des Sept lies. L'archipel compte en réalité six grandes îles et quatre ou cinq îlots el rochers; mais depuis les temps les plus anciens, il n'est jamais parlé que des Sept Iles Lipariennes ou Éoliennes : al oè AloXios; vf^o-ot eta». tov (jièv àpiSjjLov sTirà* (nous sommes habitués à cette numération par sept). Aux temps odysséens, Stromboli, étant la relâche des étrangers, était aussi le grand marché des indigènes. Les insulaires des îles voisines devaient y venir sur leurs barques, comme ils vont aujourd'hui à Lipari, pour s'approvisionner de denrées exotiques, de tissus et d'articles manufacturés. Ici, comme dans leurs autres relâches, les étrangers séjournaient : Ulysse y reste tout un mois. Ici, comme dans les autres ports, les étrangers étalaient leur pacolille, (rrrio'av èv Xi^veo-di, el les insulaires apportaient leurs fruits, leurs fromages, leurs vivres et produits agricoles. Les six autres îles dépendaient alors d'Aioliè pour leur commerce et leur ravitaillement. Le poète odysséen, traduisant ces faits à sa mode habituelle, nous raconte qu'Ulysse trouve Aiolos entouré des six ménages de ses enfants, « qui chaque jour viennent prendre leur repas chez leur père chéri et leur mère vénérable, et près d'eux, il y a des monceaux de choses précieuses.

i. Spallanzani, Voyage, etc., IV, p. 91^99. 2. Spallanzani, Voyage, etc., lY, p. 88.

5. Diod. Sic, Y, iO; cf. Strab., Plin., Mari. Cap., et les Icxles réunis dans Ciuver., Sicil. Aitt., p. 596 ot suiv.

L'ILE AIOLIÈ. 201

Durant le jour, la maison est pleine de la fumée des viandes et de la plainte des flûtes. Le soir, ils se retirent et vont dormir auprès de leurs femmes, sur leurs tapis et leurs couches ciselées. » Aiolos a six fils, qu'il a marié à ses six filles :

Tou xai 8(l)ôexa Tzcdùtç èvl [jisyàpow yeyàao'iv,

evO' 0 ye ÔuyaTspa; uopsv uUtiv slvai àxoiTi^.

Nous avons déjà rencontré ces mariages fraternels chez les Phéaciens, dans la famille d'Alkinoos*. Le roi de Tlle Haute — celui qui, maître d'Aioliè, s'appelle Aiolos, comme le maître des Yeux Ronds, de la Kyklopie, s'appelle Kyklops — le roi Aiolos a donc marié ses six filles à ses six fils qu'il a installés comme vice-rois sur les six autres îles de l'archipel. Grâce à ces mariages fraternels, toute cette famille royale vit dans l'union la plus complète, sans les rivalités et les intrigues qui trop souvent divisent les harems et la descendance des roitelets levantins. Ils sont heureux. Ils sont riches. Ils passent leurs journées à banqueter et leurs nuits à faire l'amour : « Tous ceux qui ne sortent point hors de l'isle, raconte Thévenot en parlant de Santorin, mènent une vie de poltrons, car ils ne font que boire, manger, dormir et jouer aux cartes*. » Le périple odysséen n'avait pas le mépris de Thévenot pour « celte vie de poltrons ». Que faire de mieux, quand on possède la terre de ces îles volcaniques où tout pousse sans grand travail de l'homme, et quand la mer voisine fournit en outre cette abondance de poissons dont parlent Diodore et tous les voyageurs?

L'île de Lipari produit du colon, des légumes, des olives en petite quantité. Le froment y est excellent. Mais la richesse de l'île consiste en ses vignobles, qui fournissent des vins de différentes qualités. La plus commune, celle dont les habitants font leur boisson ordinaire, est si abondante que Ton peut en exporter deux à trois mille barriques par an, sans que le pays en souffre. Le fameux malvoisie de Lipari, dont le nom seul fait l'éloge, est un vin de couleur ambrée, généreux et suave tout à la fois, qui inonde la bouche d'un goût délicieux et laisse un arrière-goût de douceur non moins agréable.... A Lipari et dans toutes les îles Éoliennes, le figuier prospère à merveille et s'élève jusqu'à dix et même quinze pieds de hauteur. Sa tige acquiert un pied de diamètre et quelquefois davantage. Ses fruits, dont la grosseur égale un œuf de poule d'Inde, sont doux, agréables et d'une facile digestion.... L'hiver à Stromboli n'est point rude; jamais de gelée; s'il tombe un jour de la neige, ce qui arrive rarement, elle fond le lendemain.... Le poisson est abondant, volumineux, surtout le congre et la murène. Je suis resté là peu de jours, mais j'ai vu des coups do filets qui ont rapporté plus que toutes les pèches réunies des autres îles pendant le temps que j'y ai demeuré. Ces poissons sont excellents. Vivant dans une température douce et plus propre à la reproduction des espèces, il ne faut s'étonner s'ils multiplient davantage^.

ol 5' aUl Tîapà Tra-rpl ©tXw xal [jLT,T£pi xeovç Sa'lv'jvrai.* irapa oé dcpiv ovsiaTa (jiupta xsÏTat,

\. Odyts., vu, 54^5.

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