DE SAN VINCEN'ZO
connurent encore « l'habitation » de Stromboli à l'écart de la mer. Aujourd'hui, réglise et le vieux bourg restent encore sur les premières pentes du volcan. Dans quelques années, tout le bourg sera revenu à la grève.
De cette grève de Stromboli, on aperçoit très nettement le cercle des monts de Sicile et d'Italie qui ferment l'horizon, avec la coupure de Messine qui peut ouvrir un passage, et le grand triangle de l'Etna dont le casque de neiges étincelle dans l'azur. Pour les marines primitives, il faut bien mesurer l'importance de cette station éolienne, de sa guette, de sa plage, de sa caverne et de sa fontaine. A quatre-vingts ou cent kilomètres du port de Messine, — à une petite journée de navigation, — Stromboli offre l'étape du premier soir aux voiliers levantins qui viennent de franchir cette porte des mers occidentales. Et c'est aussi l'étape de retour pour les bateaux qui, de la mer Tyrrhénienne, veulent regagner, par le détroit, les mers levantines ou africaines. « A Messine, disent les Instructions nautiques^ les vents dominants pendant l'été sont ceux de N.-E. et de S.-E. » Avec les vents de S.-E., les bateaux, qui montent du détroit vers la mer Tyrrhénienne, arrivent tout droit à celte plage de Stromboli : de là, ils peuvent continuer, soit vers les eûtes d'Hypérie et de la « Vaste Campagne », soit à travers la mer nébuleuse, jusqu'à la porte de l'Extrême Occident qui s'ouvre entre la Corse et la Sardaigne et dont six ou sept cents kilomètres, six ou sept journées de navigation, séparent Aioliè : nous allons suivre la flottille
â08 LES PHÉNICIENS ET L'ODYSSÉE.
d'Ulysse vers celte porte des Lestrygons. Inversement avec les vents du N.-E., les bateaux qui descendent du golfe de Naples viennent droit à ce reposoir, dont ils aperçoivent le lointain signal dès leur sortie des « Bouches de Capri ». Stromboli, que nos bateaux à vapeur dédaignent, présentait donc une grande utilité aux voiliers des premiers thalassocrates. A contempler d'ici le panorama des terres italiennes et siciliennes, on comprend que ce lieu de relâche servait aussi d'entrepôt : d'ici, les manufactures étrangères étaient distribuées à tous les roitelets des côtes environnantes.
Avant de rentrer à Messine, notre bateau est revenu charger de la ponce à la côte de Lipari, au petit port de Canneto. Cette rade foraine de Canncto s'ouvre au Nord de la montagne qui abrite la rade de Lipari. En ce mouillage, tout est ponce, la mer, la plage et les collines. La ponce flotte autour des bateaux, poudre les monts, couvre les rues. A travers la ponce et la lave, je suis allé jusqu'à la capitale de l'Ile, à cette ville de Lipari qui, jadis perchée au haut d'une falaise inaccessible, ne communiquait avec son port que par un escalier taillé dans la roche, — et pourtant les corsaires de Dragut l'ont prise, ruinée et dépeuplée. Aujourd'hui la ville descend à la marine.... Quand je suis revenu à Canneto, le soleil était déjà tombé derrière l'horizon. Rien ne saurait dépeindre l'étrangeté de ce petit port de neige, dans le crépuscule du soir blanc; les grands bateaux, immobiles parmi la mer de ponce, semblaient emprisonnés dans la banquise de celte île flottante, izkio'zr^ âvl vy^w : Strabon raconte, d'après Posidonios, comment un jour, en ces parages, on vit apparaître sur l'eau une boue flottante qui se congela et, devenue solide, prit l'aspect de pierres à meule, opâo-Oa». TOiXov èTravOo'j^/ra ttF, OaXàrrç..., GdTepov xal revéo-Oai toï^ ijLyXiTav; )i9oi;