I. Ptol., HL
"1. htstruct. tiaut., iv 731, p. 143 cl suiv.
Porto-PoHo est une haie qui se trouve dans le S.-E de la presqu'île Cavalli; elle estdr forme irrégulière, profonde d'environ un mille et large de près de sept encablures à l'entrée entre les dangers de la pointe Cavalli et ceux de la pointe Diego. Dans la partie intérieure, gît un îlot, et la largeur du passage est réduite à une demi-eneâblure. Au Sud de l'îlot, le mouillage est excellent pour de petits navires; les grands liAlimeiits peuvent mouiller en dedans de l'entrée; ils sont en partie protégés contre les vents du Nord par l'île voisine.
Plus fréquenté que Porto-Pollo, Loiigon-Sardo est d»î inêine forme :
L'entrée de Porlo-Longo-Sardo est ù trois quarts de mille de l'îlot Monica ; sa largeur, qui est de un tiers de mille à l'entrée, se réduit à une encablure à mi-parcours. Le port est fréquenté par les petits navires qui y trouvent un excellent abri où ils sont peu incommodés par les vents du Nord'.
Nos marines occidentales ont adopté ce mouillage de Porto-Longoneou Longon- Sardo (nous en avons retracé Thistoire) : sur le seuil occidental du détroit, il était pour elles le premier à s'offrir; Santa-Teresa doit sa fondation et son importance au va-et-vient des flottilles occidentales, contre lesquelles les insulaires eurent à défendre cette échelle. Durant Tantiquilé, quand Santa- Teresa n'existait pas encore, c'était la baie voisine de Santa-Reparata qui servait d'escale aux étrangers : les Romains y eurent leur ville de Tibulla. Cette haie de Santa-Reparata s'ouvre à la sortie occidentale du détroit, entre une presqu'île détachée, le cap délia Testa, et la grande île :
Le cap sarde délia Testa forme, avec le cap corse de Feno, l'entrée Ouest des Bouches de Bonifacio : les deux caps sont à une distance de neuf milles. Le cap délia Testa est l'extrémité d'une presqu'île presque circulaire reliée à la terre par une langue de sable, et haute d'environ 50 mètres : le front Ouest de la presqu'île est formé pai* des falaises de granit sans végétation. La baie de S.-Reparata, que limite au Sud la langue de sable qui relie le promontoire à la côte, est presque circulaire et a quatre encablures de profondeur. Les petits navires y peuvent trouver un abri contre tous les vents; ils y sont seulement exposés à la houle qui vient du N.-O., quand le vent est de cette partie".
Prenez la carte des Bouches (fig. 45) et voyez comment, symétrique à cette baie de S.-Reparata, il est, de l'autre côté du Cap de TÉrèbe (pointe Falconc). sur le seuil oriental du détroit, une rade encore plus sûre qui, pour les marines venues de l'orient, peut avoir une utilité plus grande encore : c'est, connue disent les indigènes, le Port du Puits, Porto-Pozzo.Ln forme de ce port, entouré d'une haute margelle, lui mérite vraiment ce nom.
A un mille dans le Sud-Est de la pointe Marmorata, se dresse auprès du rivage une colline de forme conique, appelée Monte-Rosso avec la pointe du même nom, et à un mille et demi dans le Sud de la pointe Monte-Rosso, la presqu'île délie Va4:che [s'avance
1. Instruct. naut., n» 751, p. ii0-li2. *2. Insirucl. natit.j n" 731, p. 130.
LES LESTRYGONS 2î21
clans la mer] et ne se rattache à la terre que par une petite langue de sable. Entre la pointe Monte-Rosso et la pointe délie Vacche, s'ouvre un long bras de mer étroit, appelé Nrto-Pozzo, le port du Puits. L'entrée n'a pas deux encablures de largeur. Mais le bras sélai'git un peu à l'intérieur et, à la distance de 1 mille un quart, il a un tiei's de mille entre ses deux côtés. 11 a près de deux milles de profondeur. Au fond, il existe un bassin avec 1 i mètres d'eau, mais qui n'est pas accessible aux navires, à cause des petits fonds qui le séparent du bras de mer. Quoique l'entrée de Porto-Pozzo soit
ouverte au Noixl, il n'y a jamais beaucoup de mer en dedans V l'entrée du bras de
mer, le Rocher ou Écueil Colombo est situé à une encablure et demie de la pointe de terre la plus voisine*.
Cette page des Instructions nautiques n'est que la description en prose du mouillage que nous dépeint le poème odysséen. Voilà bien les deux pointes projetées dans la mer et qui font bouche :
£v frzô^Tzi Tîpo'jyo'JO'iv.
Et voici l'entrée resserrée,
ipaiY, o' eÏTOOOç èar»..
entre les deux hautes guettes escarpées, sur l'une desquelles Ulysse va monter pour inspecter le pays,
sVr/iv oè (TXOTî'.TjV 6^ TîaiTîaXoÊO'O'av àvsXOcov.
Dans ce détroit fréquenté des navires, infesté jadis de croisières turques et maures, les indigènes ont encore aujourd'hui, sur leurs promontoires et sur leurs îlots, nombre de vieilles Guettes ou Gardes, Guardia Vecchia, Guardia de! Turco, Guardia Moro, Guardia Maiori, auxquelles viennent s'ajouter, contre l'espionnage et la contrebande, les gardes nouvelles des douanes et des sémaphores, Guardia Preposti.... Et voilà bien la margelle de pierre qui, à droite et à gauche, borde le puits d'une ceinture continue :
T,X»16aT0^ TeT'jyr^xs otajjLîtcpà^ à|jL©0Tép(»>6ÊV.
Cette « pierre escarpée », rd'zpyi VjXtSaTo;, est le granit « dépourvu de végétation », dont les Instructions nous parlaient tout à l'heure. Des deux côtés du port, àjxooTépwGsv, à droite et à gauche, cette muraille de granit va depuis l'entrée jusqu'au fond, où brusquement elle cesse. Le fond du puits est un marécage, une lagune avec une plage de sables, au-devant d'une plaine où vient al)outir la route facile qui descend des montagnes :
ol 5' iTav £x6àvT£^ Xst'/iv oSov, ^Tcep àjjiaÇav aTT'jo' à»' 'j'^TjXwv op£(ov xaTayivEOV u)^T^y, i. Itiêtrucl. naui., ii« 731, p. i4l.
A droite du Puits, la muraille a 80 mètres de haut : c'est la Piinta Raja, la Pointe de la Raie (nous verrons que les Lestrygons vivent de pêche). A gauche, c'est la Punta Macchia Mala, la Pointe du Maquis de Malheur, haute de 100 mètres environ. Les deux murailles, partant du goulet, décrivent en face l'une de l'autre, evavTtai àXXTjXijTiv, une courbe symétrique, dont les indentalions et les redans semblent exactement s'emboîlei*. Le nom même de Porto- Pozzo pourrait servir de traduction h telles épithètes odysséennes, « port creux », XijjLTiV xoIÀo;, « port aux lointaines profondeurs », li^^^y iroX'jêsvSrj^ :
al [xèv àp' evTOTÔev Xijjlsvo^ xoiAoïo SsSevro..., o^p' ot TO'j; oXexov Xtjjiévo; 7co).'j6ev6éo; èvtô^.
Au long de cette côte sarde, on peut trouver quelques golfes similaires; mais aucun n'est aussi resserré, aussi fermé, aussi « puits » que celui-là. Ouverts sur le Nord-Est, d'où souffle presque continuellement le terrible Bora; situés au bord d'un détroit où les vents et les courants luttent et se contrarient; dominés par des montagnes d'où tombent brusquement des rafales imprévues et violentes, ces golfes de la Sardaigne septentrionale, dit Pausanias, qui exagère un peu, n'offrent aucun mouillage aux vaisseaux qui longent cette côte, f^v TzoLpaLTzlh^; vau^lv O'JTe op[jLO'jç TrapsysTai t^ vfiO'o;, Trve'jjjLaTa ts aTaxTa xal layupi al àxpai Twv opwv xaTaTuéuTtouTiv è; Tr,v Ôi^ao-Tav*. Les périples et les géographes anciens firent à ces parages une mauvaise réputation que les poètes ont encore exagérée : « Tourné au Nord, ce rivage est farouche, hérissé de roches, abrupt, tout retentissant de brusques coups de mer ; les marins ont flétri ces monts du nom de Fous »,
quœ respicil Arcton,
immiiiSf scopulosa, procax, subitisque sonora
fluctihus : Inmnos infamat navita Montes*.
Les vaisseaux qui échappent à ces rafales et qui se précipitent dans les anses de cette côte découpée,
quos ubi luctatis procul effugere cannis per diversa ruunt sinuossB Uttora ten^œ,
n'y trouvent pas toujours un refuge couvert de la houle. Nous avons vu que dans la baie de Santa-Reparata « les petits navires ont un abri contre tous les vents, mais qu'ils y sont exposés à la houle du N.-O., quand le vent est de cette partie' ». Seul, en vérité, notre Port du Puits, « bien que l'entrée soit ouverte au Nord, n'a jamais beaucoup de mer en dedans » : l'étroitesse de sa bouche et le Rocher de la Colombe le défendent contre le flot. Dans ce port seulement,