Paus., X
2. Claud., de Bell. Gild., v. 510 et suiv. 5. hiêtruct. «aii(., n" 751, p. 159.
LES LESTRYGOiNS. 225
les vaisseaux d'Ulysse ont pu s'amarrer les uns aux autres ou les uns près des autres, en grappe ou en ligne, sans risque de se choquer, de se briser ni de se causer réciproquement des avaries : sur 4 ou 5 kilomètres de long, le Puits seul peut contenir toute une flottille : « pas de houle grande ni petite: partout calme blanc »,
al [JL£V àp' evTOdGev Aijxévo; xotXoio ôioevro TrXr^Ttaf où jjlÈv yào t:ot' àsÇsTO xJjJtà y' èv aÙTW O'JTS jjiéy' o'jt' oXiyov Xe'jxtj o' rjV àjjLçl ya)vY;vr,.
Tel est, je crois, le port de Laistrygonie, ou plutôt voilà Laistrygonie. Car les indigènes, qui du haut des falaises dominent ce trou, lui donnent le nom de « puits »; mais les premiers navigateurs, je crois, l'appelèrent le Rocher Colombo, la Pierre Colombière, Aa».^, Asy; ou Aîa; Tpuyovwv ou Tpuyovtr,, Lais- IrugoHon ou Lais-irugoniè, à cause du Rocher Colombo qui leur servait à reconnaître l'entrée de ce port, comme la Roche de l'Ours leur servait à reconnaître, dans Tanse de Parau, la source Artakiè.
Durant l'antiquité comme durant les temps modernes, les noms d'oiseaux ont tenu une grande place dans l'onomastique des côtes sardes. La Sardaigne est, entre toutes les îles, une terre d'oiseaux. Oiseaux de terre, émigrant chaque automne d'Europe en Afrique et revenant chaque printemps d'Afrique en Europe; oiseaux de mer, vivant de pèche sur ces côtes très poissonneuses : les volatiles de toutes sortes peuplent les étangs marins et les lagunes; leurs colonies innombrables couvrent les rivages et les îlots côtiers. Il suffit d'ouvrir un récit de voyage :
La Sardaigne a de noinbroux étangs qui communiquent avec la nier, soit par des coupures artificielles, soit par un ruisseau ou un canal quelconque. Ils sont en général très poissonneux. Dans leurs eaux, dès le commencement de Tautomne, des troupes innombrables d'oiseaux aquatiques, parmi lesquels on distingue des milliers de canards, de cygnes, de poules d'eau, de flamants, d'aigrettes et quelquefois même des pélicans, se rassemblent pour hiverner*.
L'île de Mal di Ventre est couverte de lentisques et de cistes. Elle est tout à fait déshabitée et sert seulement quelquefois de refuge aux pécheurs. Par contre, elle est peuplée de lapins et sert pendant la saison des pontes aux goélands, aux mouettes, aux cormorans et aux pétrels, qui vont y déposer leurs œufs en si grande quantité que j'en ai vu charger pour ainsi dire des bateaux. Je n'oublierai jamais une nuit que j'ai passée sur cet îlot et qui m'a paru bien longue : il me fut impossible de fermer l'œil pour le vacarme effroyable, un vrai sabbat, que n'ont cessé de faire tout autour de moi une centaine de ces oiseaux criards*.
1. De la Marmora, Itinéraire de la Sardaigne, II. p. 10-11. tJ. De la Marmora, Voyage, etc., I, p. 111-112.
Dans ronomaslique acluelle, ces oiseaux ont donné leur nom à la Pointe Falcone, toute voisine de Porto-Pozzo, au Cap Falcone de la côte Ouest, à noire Rocher Colombo et, en face, à la Sèche Colombo.
Les colombes et pigeons remplissent les grottes et les trous des falaises, envahissent les ruines et les édifices abandonnés : « Tne grotte voisine est tellement peuplée de pigeons que, plus d'une fois, ils ont rapidement ligure du colombier sur notre table.... L'église n'est plus officiée maintenant que deux fois dans Tannée; le reste [du temps], elle est habitée par une multitude d'oiseaux, tels que des pigeons, de petites corneilles, des hirondelles et autres volatiles.... La vaste grotte des Palombes, espèce de colombier naturel, est curieuse à visiter. Mais sa position à la pointe du cap Saint-Élie n'en rend pas l'accès très facile; bien que nous fussions dans une barque de consul avec des nautoniers exercés, le vent, malgré de longs efforts, ne nous permit point d'y pénétrer. La chasse aux palombes est des plus amusantes : elle se fait en barque et aux lumières; les oiseaux éblouis, consternés, tombent en foule ou se prennent dans les filets tendus à l'entrée*. » Le détroit surtout est, grâce à ses côtes rocheuses et à ses grottes innombrables, le rendez-vous des colombes: auprès de notre Rocher Colombo, Aàa; Tpjyovirj, les Romains connurent le Cap des Colombes, Columbarium promontorium.
Les colombes amènent avec elles leurs habituels ennemis, les éperviers. faucons et autres oiseaux de proie. Les faucons de la Sardaigne ont joui d'une grande renommée môme en dehors de l'ile : les rois d'Aragon et d'Espagne faisaient venir des faucons sardes pour la remonte de leurs fauconneries*. Si nous avons ici nos Caps du Faucon, les Anciens avaient leur Ile des Faucons ou des Éperviers, 'hpàxwv vfj^o;, Accipitrum Insula, et nous savons que ces noms grec et romain n'étaient que la traduction d'un original sémitique, d^ï:"^ns E-nosim, comme transcrit Pline*. Cette E-nosim flanque la côte méridionale de Sardaigne. KMe forme une profonde rade avec la grande île et une autre île côtière que de minces amarres de sables relient au rivage sarde. Enti-e ces amarres, s'étend l'une de ces lagunes marines que les voyageurs nous montraient, plus haut, couvertes d'oiseaux aquatiques, cygnes, flamants et pélicans. Pour les Anciens, cette seconde île se nommait Sulci, Solci, SoXxoi, So'jÀyo-., S'jAxoi : on rencontre le même nom de lieu dans un mouillage de la côte orientale, en face des marais et de la lagune de Tortoli. Les Anciens s'accordaient pour attribuer à ce nom une origine sémitique : SoXxoi twoAiî èv SapSoï, Kapyr.- Sovtwv xTio-jjLa*. Dans la liste des oiseaux impurs que nous donne le Lévitique. auprès de l'épervier ou faucon, ni«, nosim, figure un autre oiseau de mer, "^Sv, s.Lk, que les Septante et la Vulgate rendent en plongeon ou pélican. L'assimilation n'est pas certaine. Mais le nom hébraïque à lui seul (sans parler
1. Valéry, Voyage, etc., I, p. 249; H, p. 220; de la Mannora, Itin., II, p. 265.
2. De la Marmora, Voyage, I, p. 174-178; Itin., I, p. 28i-285.