‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 156 sur 343 · Stephan Byz., «. v · texte numérisé non relu

Stephan Byz., «. v

LES LESTRYGOiNS. 225

du contexte où ne figurent que des oiseaux marins et des oiseaux de proie) indique suffisamment qu'il s'agit d'un oiseau plongeur*. Je crois que les navigateurs sémitiques eurent en Sardaigne, à côté de leur lie des Éperviers, E-nosim, une lie et des ports des Pélicans ou des Plongeonsy D^aW"^^, E-solkim : Sulcl ou Solci, transcrivent exactement les Romains; SoXxoî. ou SouXyoi, disent encore plus exactement les Grecs, car nous connaissons Talternance du x et du y pour rendre le 3 sémitique. Mais les géographes anciens ne nous ont pas gardé, pour ce dernier nom, le doublet qui rendrait l'étymologie certaine. VOdyssée ne nous a pas gardé non plus, pour la Pierre Colombière, l'original sémitique dont Lais Trugoniè fut la traduction.

Derrière la Pierre de la Colombe, le mouillage du Puits eût été parlait, si l'on n'eût rien à craindre des indigènes. Par malheur, ces insulaires, — nous allons apprendre à les connaître, — étaient des montagnards féroces, cousins germains ou môme, peut-être, frères des Kyklopes, « moins des hommes que des géants ». Les voyageurs « francs » nous ont longuement raconté à quels terribles dangers on s'expose en un port trop bien clos, que dominent des roches surplombantes et des montagnards cruels : au pied du Taygète, dans le Port aux Cailles, de Saumcry faillit avoir l'aventure d'Ulysse en ce Puits des Lestrv'gons*. Mais dans toute la Méditerranée, je ne sais pas si l'on trouverait une souricière aussi dangereuse que celle-ci. Notre puits a quatre ou cinq kilomètres de long. Une fois entrés, les bateaux n'en peuvent sortir qu'à la rame : pas un souffle de vent ne vient les aider; les seules brises du Nord-Est, qui pénètrent par le goulet étroit, sont contraires à la sortie. Attaqués par les indigènes, assiégés, accablés de pierres, les navires étrangers seraient écrasés avant de pouvoir gagner la mer libre: pas un bateau, pas un homme n'échapperait; tous seraient broyés dans ce port trop profond.

Mes deux hommes et le héraut renconlrùrent la forte fille d'Antiphalès auprès de la source Artakiè. L'arrêtant et lui adressant la parole, ils lui doniandèrent quel était le roi et qui leur commandait. Aussitôt elle leur montra la haute demeure de son père. Ils entrèrent dans les nobles demeures. Ils trouvèrent une femme haute comme une montagne et ils restèrent en extase. Mais elle appela de l'agora l'illustre Antiphatès, son époux, qui leur prépara une mort cruelle. Prenant l'un d'eux, il en fit son repas. Les deux autres s'enfuirent pour regagner les vaisseaux. Antiphatès poussa un cri par la ville. De tous côtés, les forts Leslrygons accourent, par milliers, moins semblables à des hommes qu'à des géants. Du haut des falaises, ils nous accablent de pierres énormes. Alors dans la flotte un pernicieux tumulte s'élève, de marins tués et de navires fracassés. Puis, harponnant mes hommes comme des poissons, les Leslrygons les emportèrent pour un dégoûtant festin.

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