luslntct. naul., n« 73i, p
2. Valéry, Voyage en Corse et en Sardaigne, H, j). 2(54. 5. Cf. tome 1, p. 177.
La pointe méridionale de la Corse, qui se dresse sur l'aulre rive du dêlroil, en face de notre Puits des Sardes, s'appelle la Pierre Percée, Periusato : « La falaise est évidée dans sa partie inférieure; l'ouverture qui la traverse de part en part ressemble à une arche de pont*. » C'est juste au Sud de cette Pierre Percée, que s'ouvre un port sarde, tout voisin de notre Puits. Nous l'avons décrit sous le nom de Porto-Longone ou Longo-Sardo. Le nom qu'il porte aujourd'hui peut sembler en rapport avec sa forme longue et étroite : ce nom vient en réalité d'une autre cause et date de l'antiquité, car l'Itinéraire d'Antonin fait mention de ce mouillage de Loncjones. Longon, Xoy^^'wv, était un nom de lieu fort répandu en cette mer occidentale, sur les côtes insulaires, Sicile, Sardaigne et ile d'Elbe. C'était moins un nom propre qu'un nom commun. Longon désignait, en eflet, les mouillages qui sont pourvus de pierres percées pour attacher les navires. Syracuse et Catane avaient leur longon ou longones, Xov^'wvs;, et les scholiastes nous expliquent que « ces longones sont tout à la fois des ports el des pierres percées pour recevoir les amarres, èv Sjpaxojo-dai; Xifxsvs; eItI oittoI XovYoivEÇ' Xoyyoivs^ oè xaXoûvTat ol £7:1 twv Àiijlsvwv Tpr^Tol XtSov, oO^ Tp'JTroyTiv tv' èÇapTtoo-iv è$ auTÛv Ta (r^otvia wv vewv*. » Le Longon de Sardaigne devait probablement son nom à quelque pierre ainsi trouée. Près du Puits, le périple odysséen décrivait sans doute ce refuge de la Pierre Trouée (d'où le détail imaginé par notre poète) : c'était, derrière le Cap de l'Érèbe, le premier qui s'offrît aux navigateurs engagés sur le chemin de la nuit.
Source de l'Ours, Pierre de la Colombe, Port Profond, Guette, Chambre du Massacre, Pierre Trouée : il semble bien que cette côte sarde des Bouches nous rende tous les sites et, en môme temps, tous les épisodes de Taventure odysséenne. C'est en ce Puits qu'Ulysse est venu débarquer : la carte sous les yeux, nous pouvons le suivre pas à pas.
Poussé peut-être par les mômes vents du Sud, qui déjà l'avaient ramené dans l'île Aioliè et qui mettaient Aiolos en si belle fureur, Ulysse a vogué six jours et six nuits avant d'atteindre la Laistrygonie : il arrive le septième jour, é6oo|jLaTç 5' IxojjLSffOa. Nous savons quelle place la semaine tient dans les mesures et périples sémitiques. Il est possible que la semaine ne soit ici qu'une façon de parler : nous disons aujourd'hui « une huitaine de jours », sans attacher à ce nombre l'idée de huit jours pleins. Entre l'île Aioliè, qui est la sortie du détroit sicilien, et la Laistrygonie, qui est l'entrée du détroit sarde, les périples phéniciens devaient compter une semaine environ. En droite ligne, à travers la haute mer, six cents kilomètres au plus séparent ces deux points. Mais les premiers navigateurs ne suivaient pas cette route droite. Ils allaient au long des côtes italiennes, qu'ils remontaient vers le Nord jusqu'à l'île de