Instruci. naul., n» 805, p
2. FJym. Magn.. s. v., p. 560, II. Cf. IHoleni., Grog., éd. CMiUler, p. 581.
Kirkè et, de 15, coupant vers l'Ouest, ils arrivaient aux Bouches, ou bien, de Slromboli à Didymè et à Ustica, ils suivaient d'abord le pont des îles Éoliennes pour atteindre le bout méridional de la Sardaigne, dont ils longeaient ensuite la côte orientale. A ce trajet, ce n'est plus six cents kilomètres, mais c'est huit ou neuf cents pour le moins qu'il faut compter entre Stromboli et les Bouches de Bonifacio. Avec un bon vent continu, les bateaux homériques n'eussent pas mis une semaine à franchir cette distance. Mais, en ces parages, les vents de Nord régnent en maîtres et, pour venir des mers siciliennes aux Bouches, il faut lutter contre eux et souvent recourir au dur travail de la rame :
Avec ces vents contraires ou peu favorables, une semaine est tôt passée : le plus souvent, six jours et six nuits peuvent à peine suffire pour franchir ces neuf cents kilomètres.
La flotte d'Ulysse entre dans le Puits. Un seul vaisseau demeure sous les roches du goulet, sous la Guette escarpée. La rade et les environs sont déserts. Les indigènes n'habitent pas à la plage. A la mode du temps, leur ville haute est à l'intérieur. La piraterie règne alors sur les Bouches, comme elle y régnera jusqu'à nos jours. Il faudra la paix romaine pour permettre sur ces côtes l'établissement des villes maritimes à Tibula et à la Tour de Libyson; la paix anglaise a fait de nos jours revivre ces mouillages sous les noms de Santa- Teresa et de Porto-Torrès. Mais, dans l'intervalle de ces deux paix, treize ou quatorze siècles de pirateries gothiques, vandales, arabes, pisanes, génoises, catalanes, barbaresques et franques, chassent les habitations vers le haut pays. II y a un siècle à peine, les corsaires de Tunis et d'Alger arrivaient encore chaque printemps. La Sardaigne du Kord a encore aujourd'hui ses grandes villes, Tempio, Nulvi, Osilo, Sassari, etc., loin de la côte, au sommet des collines ou des montagnes.
La ville de Sulci s'était longtemps maintenue sur la mer du Sud, au bord de la lagune poissonneuse qui sépare de la grande terre la presqu'île de San- Antioco. Sulci était célèbre par ses salines, ses pêcheries et ses reliques de saint Antioche. Les pirates furent les plus forts. Au début du xvii^ siècle, les habitants de Sulci durent abandonner leur territoire. Ils montèrent avec leurs reliques à Iglesias. Mais ils eurent soin de dresser un contrat et de spécifier que, chaque année, le corps du saint irait en procession revoir son ancien domaine et qu'un jour il redescendrait s'y fixer de nouveau, quand les pirates disparus permettraient à Sulci de renaître. La conquête française de l'Algérie et la thalassocratie anglaise ayant, au cours du xix® siècle, supprimé les pirates, Sulci s'est relevée sous le nom de San-Antioco. Les habitants de la nouvelle ville ont alors réclamé leur saint. Mais les chanoines d'Iglesias refusaient de s'en dessaisir : ces reliques, entourées de la vénération populaire, étaient leur meilleure source de revenus. 11 fallut un décret royal pour leur faire exécuter le contrat et rendre
la châsse*. En 1812 encore, les Tunisiens ravagent le pourtour de la Sardaigne : nos îles des Bouches ont toujours leurs « Gardes des Turcs ». Durant ces siècles de piraterie, les grèves portent seulement quelques châteaux, où les thalassocrates installent une garnison et que les indigènes assiègent, tel ce Château des Sardes, à la porte occidentale des Bouches, qui n'a de sarde que le nom : « Castel Sardo, sur un rocher à Tembouchure du Frisono, fondé par les Doria vers 1102, a été successivement Castel Genovese, Aragonese, jusqu'à ce qu'il reçût, en 1769, le nom national de Sa?Y/o. Celte place, forte seulement par sa position au bord de la mer, qui, à Texception d'un isthme étroit, Tenvironne de toutes parts, n'est point réparée'. »
Au temps des pirates phéniciens, la ville des Lestrygons n'est donc pas à la côte. Mais une route y conduit de la mer. Débarqués au fond du port, les deux hommes et le héraut d'Ulysse trouvent aussitôt cette route charretière, qui du haut des montagnes amène à la ville les chars des bûcherons :
ol o' Cffav sxêàvTs; XeUjV ooov, fi^^ep àjjiaÇai à^T'jS' à©' O'ir.Xûv oo£CJV xaTa-^"lv£OV uArv.
Aujourd'hui Sassari est la grande ville des Sardes sur cette façade septentrionale de leur île. Assise à vingt kilomètres de la cùte, au sommet de hautes collines, Sassari est une Ville Haute avec une échelle à ses pieds, Porto-Torrès. Les Instructions nautiques nous décrivent l'échelle et la ville : « Ce petit porU de date ancienne, sert de port de commerce à Sassari et au district de ce nom. Le pays autour de Porto-Torrès est aride et n'offre à la vue que des bruyères et quelques palmiers épars :
[svÔa {xàv O'JTS powv O'jt' àvSpwv «paiveTO epya]
Une bonne route macadamisée conduit à Sassari, à 20 kilomètres, et de là à Cagliari, à 270 kilomètres; les communications entre ces villes sont régulières et constantes. Un chemin de fer de 20 kilomètres relie Porto-Torrès à Sassari. Seconde ville de l'ile (56 300 hab.), chef-lieu de province, siège d'un archevêché et d'une université, Sassari est à 220 mètres de hauteur. Elle est entourée de murs avec des tours, possède un vieux château fort, un palais du gouvernement et d'autres établissements publics. La fameuse fotitaine en marbre de Rosello est en dehors, près de la porte Macalla, au N.-E. de la ville'. » La Haute Ville des Lestrygons, avec son palais élevé et ses nobles demeures, u'iepecpè^ ow, xX'jTi owjxaTa, avec sa fontaine extérieure où viennent puiser les filles,
était de tous points semblable à Sassari. Mais, suivant cette loi de symétrie
1. De la Marinora, Itinéraire, 1, p. 200 ; H, p. 49. Valéry, Voyage, II, p. 272.