‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 17 sur 343 · P. Lucas, I, p. 8 et suiv · texte numérisé non relu

P. Lucas, I, p. 8 et suiv

LA COUKSE. i3

égaux. Le chef n'est point un maître entouré de serviteurs. Ce n'est qu'un magistrat électif, aux ordres duquel on obéit, quand on les approuve. Mais on les discute d'abord. Sur les croiseurs francs, le capitaine dispose en maître absolu de tout et de tous. Sauf les comptes et les rentes qu41 doit à ses armateurs, — il les paie surtout en esclaves, — le capitaine franc fait à son bord ce qui lui plait. La fortune et la vie de ses matelots lui appartiennent comme les agrès de son navire :

Quand nous voulions, dit Robert*, rançonner quelque vaisseau, nous venions aussitôt à labordage avec nos chaloupes et nous avions tout le temps qu'il falloit pour le bien piller. Ensuite nous retournions à bord avec tout notre butin sans que personne s'en formalisât. Mais trois ou quatre jours après on nous appelloit tous sur le tillac. Alors le lieutenant, le second contre-maître et celui qui avoit soin des esclaves descendoient à fond de cale où ils renversoient tous nos sacs et paniers (car pour des colTres, il n'y en avoit qu'un seul pour tout le vaisseau) et portoient à M. le Capitaine tout ce qu'ils avoient trouvé. S'il y avoit quelque chose de la moindre valeur, ne fût-ce que d'un écu, et qu'un pauvre matelot le réclamât, le capitaine avoit la bonté de lui dire qu'il ordonneroit au maître-valet de le garder pour son usage. Mais celui-ci le gardoit si bien que l'autre ne le voyoit plus de sa vie.

C'est que corsaires homériques et corsaires francs recrutent leur équipage d'une façon bien différente. A bord des vaisseaux achéens, il n'y a que des volontaires, comme disent les gens du xvn"" siècle, et le mot lui-môme se trouve dans VOdyssée : « Je vais, dit Mentor à Télémaquc, te recruter un équipage de volontaires ».

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A Livourne, où s'arment la plupart des corsaires francs, on use d'un autre recrutement. Les volontaires ne sont jamais assez nombreux.

Voici de quelle manière un vaisseau pirate s'équipe à Livourne. Le capitaine, par ses intrigues ou ^ses amis , tire quelques scélérats de la prison, d'autres des étuves, quelques fugitifs de Gènes et plusieurs de Corse. Il se met ensuite en rade avec ces volontaires^ qui sont presque la moitié de son équipage. Quelques-uns de ceux-ci, qui peuvent aller à terre sans beaucoup de risque, s'y rendent et vont de cabaret en cabaret pour engager les novices ou les fainéants qu'ils y trouvent, de quelque nation qu'ils y soient. Dès qu'ils ont attrapé quelqu'un de ces pigeonneaux, ils le présentent à M. le Capitaine, qui le reçoit fort civilement, lui donne un verre de vin avec une serviette blanche pour s'essuyer les lèvres, lui vante la force de son bateau, ajoute qu'il ne veut rester en mer que trois ans au plus et qu'il espère qu'au bout de ce temps il y aura 2 ou 5000 piastres de bénéfice pour chacun. Il vient ensuite à conclure le marché et, s'il a besoin de faux témoignages à cet égard, les volontaires sont toujours prêts à lui en fournir tant qu'il voudra. Là-dessus le pauvre malheureux s'en va très satisfait.

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