‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 18 sur 343 · Op. laud.y p · texte numérisé non relu

Op. laud.y p

'L Odyss.j II, 291-292.

Mais il no doit pas s*inia^iner de pouvoir lovor le piquet h la sourdine et manquer de parole. S'il veut gagner du pied, il y a des sbirn ou des sergeants, tout pr*^ts, qui le saisissent et le mènent en prison où il est retenu jusqu'au départ du vaisseau. D'ailleurs s'il agit de bonne foi et que deux ou trois joui*s après, il vienne réclamer [sa prime d'engagement, le capitaine" dit à haute voix au maître de la chaloupe que le nouvel hùte peut retourner à la ville quand il lui plaira, quoiqu'il y ait des ordres secrets pour le retenir et que la pauvre dupe ne voie plus la terre ni un double de son argent *.

A Sidon, si Ton on croit un récit d'Ulysse, les capitaines trompaient aussi et embarquaient les pauvres « pigonneaux », de quelque nation qu'ils fussent. Les Phéniciens allaient même chercher en Egypte les hommes de tête et de main, comme les Livournois vont à Gènes ou en Corse : « J'étais en Egypte depuis sept ans, dit Ulysse à Eumée, quand un Phénicien survint. C'était un rusé coquin, un (ilou (|ui avait dû rouler déjà bien des gens. Il sut m'enjoler et m emmener en Phénicie, où il avait des maisons et des biens. Je restai chez lui toute une année. Puis il me décida à passer en Libye, sous promesse de commercer à part égale : en réalité il voulait m'y vendre et tirer de moi un bon prix. Je le suivis sur son navire, malgré mes soupçons, mais par force »,

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Ce dernier vers laisse entendre qu'à Sidon, comme à Livourne, il y avait des sbivri ou sergeants pour ramener les déserteurs, si, de gré ou de fraude, rengagement avait été conclu. Chez les Achéens, il n'est pas besoin d'une pareille pression : le capitaine d'un corsaire en armement n'a que l'embarras du choix. Ouand il s'est acquis une renommée de bravoure et de justice, les volontaires sont toujours trop nombreux. Mais le capitaine achéen ne doit compter aussi (|ue sur sa bravoure et son juste maniement des hommes pour obtenir l'obéissance. Le capitaine franc est assisté de son lieutenant, de son contre-maitre, de son aumônier et de ses volontaires, qui lui servent de « mouches » et qui lui rapportent tout ce qui se dit et se fait à bord. Il règne par la terreur sur son équipage, qu'il tyrannise, qu'il abrutit de coups et de punitions atroces : cinq cents coups de corde, six semaines de chaîne à fond de cale, estrapade, privation d'eau et de nourriture, oreilles, nez ou poing coupés, il faut lire dans Robert et les autres auteurs les supplices encourus à bord d'un navire franc pour le moindre manquement, pour une plainte ou pour une plaisanterie, sur la dénonciation du maître-valet ou pour le simple plaisir du capitaine et de sa bande. Les corsaires homériques sont déjà des Hellènes. Ils vivent sous le régime démocratique. Ils sont des hommes libres qui discutent, parlent et obéissent librement. Tous sont égaux, camarades, associés, s-raipot. Tous naviguent à « part entière ». Ils obéissent au chef de leur choix, tant qu'il a leur confiance. Mais le gouvernement de leurs escadrilles est en quelque favon parlementaire. A côté

i. Robert, p. tiOl.

± 0(iy»s., XIV, ^280-298.

(lu pouvoir établi, qui est le chef, il y a toujours une sorte d'opposition avec son meneur, son leader : dans VOdijssée, Ulysse, chef de l'escadrille, a toujours en face de lui le chef des mécontents, Euryloque. A part cette différence dans la discipline, corsaires homériques et corsaires francs opèrent de la même façon et dans les mêmes parages.

Sur mer, nous savons déjà que les corsaires se postent aux détroits, aux bouches, pour guetter les voiliers de commerce. Sur terre, ce sont les plaines qui les attirent : on devine facilement les raisons de cette préféi'ence.

Une grande plaine, avec ses champs cultivés, ses récoltes, ses troupeaux, ses riches propriétaires et ses populations pacifiques, assure d'avance le maximum de bénéfices et le minimum de risques. Il est surtout plus facile d'y bien réussir une descente. Au long d'une côte rocheuse, les tours de guette surveillent au loin la mer; les signaux de cris ou de feux préviennent l'indigène : dès qu'une voile suspecte apparaît à l'horizon, l'alarme se répand; les villages se barricadent; les hommes sont armés; les femmes et les troupeaux s'enfuient vers rintérieur. Et qui dit rochers et montagnes, dit aussi populations pastorales, habituées à la chasse et à la lutte, courageuses, hardies. En plaine, au contraire, il est facile au pirate d'aborder sans être aperçu, surtout quand la plaine, — et c'est toujours le cas des plaines levantines, — est un delta de fleuve ou de rivière, une étendue marécageuse, semée de flaques et de lagons, couverte ou bordée de forêts, de joncs, de broussailles et d'arbustes aquatiques, avec une façade de haute verdure derrière laquelle la descente peut se cacher et l'embuscade être tendue sans donner l'éveil.

Sur les rivages de Thrace, c'est Tune de ces plaines fluviales, la plaine des Kikones, quTlysse et ses compagnons sont venus piller. Ce pays des Kikones, à Textrémité Nord de l'Archipel, sur la rive actuelle de Macédoine, borde le canal de Thasos. Derrière une longue plage de sables, ce pays présente à la mer une large étendue de terres basses, marécageuses, coupées par des embouchures ou des estuaires. Entre les promontoires rocheux de Kavala à l'Ouest et de Marona a l'Est, sur cent ou cent cinquante kilomètres de long, ce n'est en réalité qu'un grand delta. Un fleuve constant, un assez grand fleuve descendu du Rhodope, le Nestos des Anciens, le Kara-Sou des Turcs, y pousse ses méandres et ses embouchures changeantes. Quatre ou cinq autres rivières y confluent, dont les fontes du printemps ou les orages de l'été font des cours d'eau violents. La masse de leurs alluvions a déjà comblé la moitié d'un ancien golfe, qui jadis s'avançait au loin vers les montagnes de l'intérieur; l'autre moitié de cet ancien golfe n'est plus qu'une lagune, séparée de la haute mer par un cordon de sables et de boues. Au-devant même de ce delta*, la côte basse offre bien

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