‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 19 sur 343 · Cf. Instruct. naut., ii« C9I. p. Ô8i et 42ti · texte numérisé non relu

Cf. Instruct. naut., ii« C9I. p. Ô8i et 42ti

us LES PHÉNICIENS ET L'ODYSSÉE.

quelques mouillages du type que voici : « Le porl, disent les Instructions nautiques, est situé en dedans d'un épi de sable, à l'extrémité duquel poussent deux bouquets d'arbres très rapprochés; abrité de toutes les directions, excepté de rOuest, ce port offre un bon point de débarquement auprès d'un village de douze maisons. » Mais ces mouillages sont menacés par les bancs d'alluvion, et les marines étrangères ont toujours préféré, ici comme auprès de tous les deltas, les ports rocheux en eau profonde. Les grands ports, — nous le savons, — s'installent non sur le front des deltas, mais à droite et à gauche, sur les flancs de la plaine, au pied des promontoires rocheux qui Tencadrent.

En ce delta de Thrace, nos marines occidentales sont allées sur les roches de l'Ouest fonder Kavala, dont le nom môme (la Cavale) garde le souvenir des navigations italiennes et franques. C'est en ce point que les Occidentaux eurent leur relâche. Les corsaires francs croisaient aux « bouches de Tasse », c'està-dire en ce détroit de Thasos, comme aux « bouches de Same ». En ces bouches de Thasos, la piraterie était facilitée par l'un de ces îlots barreurs de détroit, que nous avons étudiés longuement; l'îlot odysséen dWstéris nous en a fourni le meilleur exemple dans le détroit qui sépare Ithaque de Képhallénie : « Dans le canal de Thasos, qu'un banc de sable rend assez dangereux aux gros bâtiments quand le mauvais temps les empêche de gouverner, se trouve un îlot désert, nommé TAasoj»ou/o ou la Petite Thasos; une source thermale y jaillit sur la plage pour se perdre aussitôt dans la mer*. » Cousinéry, au début du xix*" siècle, nous décrit ainsi la vie des Thasiens :

Un wayvode turc gouverne l'île avec une garde de sept ou huit personnes. Assez puis.sant, au moyen de sa troupe, pour vexer les habiUmts, il est trop faible pour les garantir des pirates. Le péril est toujoui*s innninent et la terreur est permanente. Des vigies, payées par les connimnautés, sont debout, nuit et jour, pour signaler les arméniens suspects et pour sonner Talarme dans un cas d'attaque. Aux niomcns du danger, les bois sont les seuls abris des Thasiens; toutes les familles courent s'y réfugier; chacun emporte ce qu'il a de plus précieux; les femmes et les enfants s'enfoncent dans la forêt et les hommes se tiennent en embuscade avec la garde turque et l'aga lui-même. Pendant toute l'année le produit des récoltes est caché dans des souterrains où les voleurs n'oseraient faire des recherches.... Les montagnes de l'île sont les seuls remparts où les Thasiens puissent trouver quelque sécurité*.

Le commerce franc se risquait parfois à l'intérieur du delta, jusqu'au fond du plus grand lagon : le mouillage était sûr, mais on était sous la main du Turc. A l'entrée de l'ancien lac Bistonis, les Francs eurent dans la lagune leur Porto Lagos : « Des vaisseaux de cinq mille quintaux y ont resté deux mois entiers dans la rigueur de l'hiver pour y charger du blé. C'est un golfe où il y a beaucoup de poisson ; on en charge des bateaux en salaison pour venir le vendre dans l'Archipel; on y charge aussi du tabac. On y voit, étant mouillé, un gros

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