V. BÉRARD. — II
274 LKS PIIÉMCIENS ET L'ODYSSÉE.
celle épilhMe dans son périple. Aujourd'hui, sur les caries de Télat-major ilalicn, l'intérieur de ce pays apparaît tout rayé de chemins rcctilignes qui, de la nier, montent à rinlérieur cl qu'aucun accident de terrain ne vient forcer au moindre coude. Route des Pécheurs, Stvada d' i Pescatori, le nom, que portent plusieurs de c/;s chemins, indique suffisamment leur usage : c'est par là que les gens de la mer montent vendre leur poisson aux bourgs et villes de rinlérieur. Ces chemins ne sont aujourd'hui que des sentiers : ce ne sont plus les a larges routes » de celle plaine. Depuis l'antiquité romaine, ce n'est plus à travers la forêt et les maquis, ce n'est plus vers la mer occidentale, vers la côte du large et vers l'ilot montagneux, que descendent les grands chemins des indigènes. Tout au contraire : Via Appia, Linea Pia ou chemin de fer Rome- Terracine, depuis les Romains jusqu'à nos jours, les roules évitent celte traversée des Marais Pontins ; elles se tiennent au delà du marais, sur le dernier talus des monts, et elles viennent aboutir au mouillage de Terracine. Mais aux temps primitifs il en allait tout diflcremment : la colonie romaine de Circei. disait la tradition, remontait jusqu'aux premiers temps de la République, peutêtre môme jusqu'à la Royauté*; l'existence de cette colonie et son rôle dans le commerce des premiers siècles nous prouvent qu'avant l'établissement des routes vers Terracine, c'est à Circei qu'aboutissaient les grands chemins de l'intérieur. En cet état du commerce primitif et de la civilisation, notre ile parasitaire servait de station aux Peuples de la mer : c'est vers cet entrepôl des étrangers que descendaient tout droit les « larges voies » des indigènes. Les archéologues, d'ailleurs, semblent avoir retrouvé les preuves qu'avant l'époque romaine cette région des Terres Pontines connut des jours prospères et put nourrir des populations nombreuses. Avant la conquête de ce pays par les Romains, aux premiers siècles de l'époque classique, au temps de VOdyssée, cette Plaine Poutine était couverte de routes, sillonnée de canaux et de drainages. C'est un fait que Moulin de la Blanchère a bien mis en lumière par son mémoire intitulé Un Chapitre d'Histoire Pontine*.
Par un beau jour du coinmencement d'avril, l'obsenateur qui, tournant le dos à Vellclri et à ses vignes, monte sur un des tombeaux de l' Appia et regarde la campagne vide, voit un spectacle singulier. L'asphodèle (Asphodelus ramosus), « porrazzo » des Romains, règne sur les collines latines. Partout où le sol n'a pas été remué, où la nature n'a pas brisé le tuf, les touffes de la plante se dressent, emplissant l'air de leur odeur. En cette saison, du milieu de chacune, s'élève une tige haute et robuste, portani les fleurs d'un blanc à peine rosé, rayé de violet pAle. Semée un peu partout, au hasard, couvrant d'un lapis plus épais les pentes où le roc n'est garni que d'une faible • épaisseur de terre, l'asphodèle affectionne certains endroits particuliers. On la voit croître, plus serrée le long de plusieurs grandes lignes qui courent à travers la campagne tanlcM sinueuses, tantôt droites ; ses hautes fleurs, qui ont parfois 1 mètre, permettent A h l'œil de suivre ces tracés, qu'autrement rien ne distinguerait dans le paysage uni-