‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 181 sur 343 · Cf. Pauly-Wissowa. s. v. Ctrcei · texte numérisé non relu

Cf. Pauly-Wissowa. s. v. Ctrcei

2. Mémoires présentés à l'Académie (tes Inscriptions et Belles-Lettres, X, p. 33 et suiv.

forme. Or ces tracés, ce sont des routes. Aimant les terres peu épaisses sous lesquelles la pierre est presque à fleur de sol, Tasphodèle suit les voies romaines. L'Appia ellemême en est couverte, et jamais on n'explore les lignes sur lesquelles la plante croît abondante, sans retrouver sous ses toufl^es les dalles de lave d'un pavage : tantôt elles sont à peine cachées, tantôt elles se voient à nu; d'autres fois on n'aperçoit rien, mais toujours, en fouillant un peu, on les trouve. Quand ces solitudes étaient vierges, il y a cent ans, ou même cinquante, Fabretti, Kircher, Pratilli, Westphal, Gell et Nibby auraient pu, du haut du monument dont nous n'avons plus à Sole e Luna que la trace, suivre de l'œil tout un réseau se déroulant sur le vert d'alentour, en longues [traînées] d'asphodèles....

Ces vieux chemins, que seule l'asphodèle dessine encore à nos yeux, remontent bien au delà de l'époque romaine. Ils sont antérieurs à Tàge classique. Ils furent abandonnés dès la première conquête de ces réigons par les Romains :

Aujourd'hui, ce n'est que par tronçons que ces vieux chemins apparaissent. En suivant ces routes antiques, on en reconnaît deux espèces. Les unes vont à une ville voisine, comme celle de Velitrae à Antium, ou comme VAntiatinaj qui rattache celle même cité à l'Appia : c'étaient, sinon des roules consulaires, au moins des chemins importants, des voies de grande communication. D'autres, au contraire, non moins belles, non moins bien faites en apparence, quoique souvent moins larges et toujours privées de trottoirs, se dirigent à travers la campagne vers des endroits parfois sans nom. Celle qui se détache de l'Appia après le Ponte di Miele est une des plus curieuses h suivre. Elle subsiste presque en entier et a plus d'un mille de longueur sur 2 m. 40 de large. Elle se compose d'une simple chaussée faite en blocs de lave tout semblables à ceux de la route principale : ils viennent de la même carrière, qui est au Ponte di Miele. A 900 mètres environ, elle passe le long d'une magnifique citerne, qu'on appelle les Cento Archi et aussi les Cento Colonne. En réalité il y a trente-six arcades et vingthuit piliers formant cinq longues travées voûtées de 3 m. 50 environ de haut : la contenance du réservoir approche de 5 000 000 de litres. Comment, par où se remplissaitil, c'est ce que son état de ruine ne permet pas de reconnaître; mais on voit le déversoir sous la route. Peut-être y avait-il une construction sur la plate-forme. En tout cas, c'est un très bel ouvrage, qui fait penser à la Pi$cina Mirabilis de Bauli. La route le côtoie, suit la crête du mamelon où il s'enfonce, et arrive enfin, au bout de de celle-ci, au lieu nommé la Civitana. Située à 163 mètres d'altitude, la Civitana domine au loin le pays; seules, les crêtes de San Gennaro, au-dessus de la source de la Parata, limitent son horizon au nord-ouest; partout ailleurs, il est sans bornes. La nature semble avoir fait ce point pour être le centre, le chef-lieu de toute la campagne voisine.

La Plaine Poutine, dans ses parties les moins basses, présente en grand nombre ces embranchements et bifurcations de routes ruinées, qui semblent ne mener nulle part ou dont les directions, tout au moins, semblent n'avoir jamais concordé avec les sites des villes classiques.

Presque au même point où se détache la route de la Civitana, d'autres chemins s'embranchent. L'un d'eux est dirigé sur Lazzaria. On le nomme la Selciatella, bien qu'on retrouve à peine quelques débris de « selci » sur ses trois premiei-s kilomètres ;

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mais ensuite le dallage apparaît, intact et avec sa bordure, et se continue vers la ferme. C'est la roule de Yelitrae à Antium par (>ampomorto, où peut-être fut Satricuin. Westplial, qui a vu toutes ces chaussées moins ruinées, pense que la était une bifurcation, une branche courant sur Antium, Tautre sur Astura. Une autre voie se détache après le Fosso di Civitana; venue de Velletri, elle s'en allait à Conca, où une enceinte semblable à celle d'Ardée marque la place d'une vieille cité, et de là peut-^lre à Astura. Non loin du monument de Sole eLuna, une route encore s'éloigne de l'Appia, dans la direction du sud-est; j'en ai relevé des tronçons jusqu'auprès du Formai del Bove. La description de la Voie Appienne dans cette première section nous en a fait rencontrer sept ou huit qui la coupent. Enfin il paraît fort probable, bien que les indices soient moins sûrs, qu'une voie venue de Cora croisait l'Appia en avant de Cisterna, et allait, transversalement aux autres, vers Presciano et au delà. Entre ces routes et l'Appia, des chemins existaient encore, viae privatae, analogues à celle qui mène à la Civitana ; et l'on trouve dans ce même espace aussi d'autres indices de l'industrie humaine. La Selciatella di Lazzaria est bordée de vrais champs de moellons, qui marquent la place d'édifices, de tombeaux. Une vaste citerne, au bord de la chaussée, présente quatre grandes chambres, dont deux divisées par des arcs; elle pouvait contenir plus de 900000 litres.

Cette abondance de routes ne se peut comprendre qu'en un pays peuplé, bien cultivé, fertile, prospère. Les textes et les traditions de lepoque primitive nous disent qu'en réalité la Plaine Poutine connut une période de grande richesse.

Il y a eu un temps où les campagnes latines étaient peuplées, étaient fertiles et où les plus riches de toutes furent celles du bassin Pontin. L'histoire la plus ancienne de Rome contient peu de faits positifs. Mais il en sort des données générales, des impressions d'ensemble que le bon sens peut contrôler et que des indices archéologiques sanctionnent. Que les Terres Pontines fussent, dans les légendes, présentées comme un riche pays, comme la partie la plus fertile du Latium, cela ressort de nombreux textes. Dans l'histoire primitive de Rome, la famine revient à chaque instant, et c'est alors dans les Terres Pontines que les Romains vont demander du blé*. On les voit, pressés par la faim, y faire la guerre pour se ravitailler'. Ce pays est à peine conquis par les légions que le peuple y demande des champs, et les tribuns lui en promettent ^ Enfin, dès l'âge le plus antique, la légende des Rois y place une cité extraordinairenient florissante : ses voisins en sont épouvantés ; Tarquin y trouve, quand il l'a prise, un butin fabuleux*. Cette Suessa Pometia a du être sur le bord oriental de la région qui nous occupe; certainement son territoire s'étendait en partie dans le bassin de l'Astura.

L'étude de la viabilité n'a été faite qu'en gros dans ces campagnes. Westphal luimême, qu'on ne saurait trop louer, n'a guère vu que les principales voies. Il a trop pris pour point de départ l'Appia et n'a pas souligné l'importance historique des petits chemins. La voie Appienne passe au travers de tous ces systèmes locaux comme elle passe près ou loin des villes, sans en tenir le moindre compte. Elle est le produit dune autre époque et de besoins tout différents : elle n'a pour but ni de relier les uns ni de desservir les autres. Elle ne peut rien apprendre sur l'état du pays. In lacis serré de voies locak^s montre, au contraire, ce qu'il était. Les chemins privés qui mènent aux

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