Liv., Vi
4. Liv., I, 55; Dioiivs., III, 50. Voir Terrarinr. essai d'histoire locale, Paris, Tliorin, 1883, cliap. in, p. 39-40.
L'KPERVIÈRE. ^277
villae, les chemins vicinaux ou d'inlérél commun, les roules de grande et de moyenne communication sont des témoins d'une valeur immense. J'ai déjà dit quelle destruction a effacé la plupart de ces voies, celles surtout qui n'étaient pas dallées ou qui ne Tétaient pas en lave. Toutefois la présence de tombeaux, de monuments rangés en lignes, la persistance des passages suivis, plus grande et aussi remarquable que celle des lieux habités, la nécessité que ceux-ci fussent réunis aux places voisines, tous ces indices mettent sur la trace des vestiges archéologiques, et quelquefois même y suppléent. On arrive, par la pratique, à saisir les lois qui président à la disposition des réseaux et qui rarement sont violées. De chaque ville [préromaine], des routes s'en vont en étoile dans plusieurs directions. Il faut remarquer que ces routes ne vont jamais à un point éloigné; encore moins ont-elles pour objectif Rome, ou même la Voie, sauf quand celle-ci est proche. La limite est la ville voisine, ou plutôt le système voisin.
Si réellement les Terres Ponlines ont, avant les temps romains, connu une période de richesse et de peuplement, leur reseau de routes dut être fort complet. Car, à travers ces eaux et ces terres diluées, on n'imagine pas que Thomme et les bestiaux pussent aisément circuler sans un système de chaussées artificielles. Pour unir à la côte ces villes prcromaines, il fallait de « larges voies » dallées. Du haut de son observatoire, Ulysse n'apercevrait plus aujourd'hui ces € larges roules i> ; il n'en faut pas conclure que l'épithèle odysséenne sùpuoSsÎTj fût alors inexacte. Les villes, fermes et roules primitives ont disparu ; mais le sous-sol a gardé jusqu'à nous un réseau de drainage, qui fut antérieur, lui aussi, à l'époque romaine, et qui, dès l'époque romaine, commença d'ôlre négligé. Les premiers Romains eux-mêmes semblent n'avoir plus entretenu ce réseau. Les auteurs anciens ne nous en ont jamais parlé. Les seuls travaux des archéologues ont réussi à le remettre au jour :
La raison en est fort simple. Ce système correspond à un temps très différent de Tàge littéraire. Celui-ci se place vers l'époque où les campagnes latines sont en pleine décadence : le lalifundium est partout, le désert se crée, l'abandon atteint de plus en plus toutes les terres. Évidemment ce n'est pas alors que se fit un travail d'ensemble plus analogue, ai-je dit ailleurs, « à l'œuvre instinctive et parfaite d'une colonie de castors ou d'une république de fourmis qu'aux produits de l'expérience humaine » . Et ce n'est pas non plus à l'ûge précédent, où les moissons cèdent la place aux prés, où la culture diminue peu à peu avec la population libre, où la guerre dévaste, où la conquête dépeuple les pays Latin et Pontin, où il n'existe plus de groupement des forces permettant môme de concevoir des opérations pareilles. Il faut donc remonter d'un saut aux premiers âges agricoles de Rome, de l'Italie, du Latium. Les communautés rustiques de l'époque primitive peuvent seules donner assez de bras à une œuvre commune de ce genre : chacune, se mettant au travail, en fait ce qui lui est utile, et le pays est bonifié. Il va de soi que ce moyen coûteux ne put pas rester en usage dans les temps où l'on ne chercha plus qu'à dépenser le moins possible, où la pâture donna un revenu sans exiger presque aucune mise de fonds, où la culture périt, écrasée par ses frais. Voilà pourquoi les agronomes romains, soit qu'ils connussent ce drainage, soit qu'ils l'eussent déjà oublié, se sont bien gardés de le donner en exemple dans leurs manuels pratiques*.