‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 184 sur 343 · M. de la Blanchêre, Terracine, p · texte numérisé non relu

M. de la Blanchêre, Terracine, p

Dans le récit odyssécn, nous sommes en été, au cours ou vers la lin de la saison navigante. Car Ulysse et ses compagnons, depuis leur départ de Troie, ont déjà dépensé plusieurs mois chez les Lotophages, les Kyklopes, Aiolos et les Lestrygons. La saison est avancée; ils vont hiverner chez Kirkè où, toute une année, ils resteront à manger, à boire, à faire la fête :

evOa [jièv TjjjiaTa Tiàvra TeXea-^pôpov tU svtautov T,[jL69a oatv'jjjLSvo». xpéa t aTiteTa xa». [léOu r^où.

Nous connaissons ces hivernages et nous avons décrit les interminables séjours des marins francs à Milo, Nio ou Mycono.... Nous sommes donc en été : la forêt est déserte. On n'entend que le chant des oiseaux dans les arbres, le cri des aigles et des éperviers, les fuites de sangliers ou de cochons dans le taillis :

KlpxTi; 3' evSov àxouov àetSouTTjÇ ottI xaXr;.

Euryloque et sa bande ne sont pas trop rassurés.... Mais la forêt s'éclaircit. On atteint le marais. On approche des monts. On aperçoit des traces de Faclivilé humaine. Voici une maison de pierre :

Nous étions à cent pas de Terre Paterne. Nous avançons. Nos guides nous précèdent h travers la forêt. Il était nuit close. Nous arrivons à une maison. Notre escorte nous dit d'attendre, non à la porte, — il n'y en avait point, — mais au bas de Tescalier : « Pourquoi attendre? — Pour savoir si nous sommes reçus. » Nous voilà donc seuls dans la forêt, au hasard dépasser une nuit assez froide, couchés sur un sol en quelques endroits pestilentiel, auprès de ces pécheui-s napolitains inconnus, sans autre asile que celui des sangliers et des porcs-épics ou des troupeaux sauvages que nous entendions s'agiter dans le taillis. Le plus grand et le seul véritable danger nous était inconnu : les Barbaresques croisaient près de nous, avec une flottille, et enlevaient jusqu'aux petits enfants qu'ils trouvaient sur cette côte.... Enfin le cliquetis des armes pesantes de nos gardes, qui descendaient les escaliers, nous annonça la réponse du berger. On nous dit de monter....

Avant de me coucher, je conversai avec mes hôtes, dont la chasse paraissait être la principale occupation. Ils me parlèrent des bêtes sauvages qui habitaient les forêts de Laurente. Il y a beaucoup de porcs-épics sur toute celte côte. Les sangliers sont communs et l'ont toujours été. 11 paraît que même au temps de Pline, où la population avait atteint son plus haut terme, les collines voisines étaient couvertes de bois. Les sangliers s'accouplent fréquemment avec les truies et l'on aime la race qui en provient. Virgile parle des sangliers de Laurente,

muUosque palus Laurentia sylva paslus arundinea.

Les loups ne sont que trop communs dans ces bois, disaient les bergers. Les cerfs, assez communs dans les environs de Laurentum, rappellent le charmant tableau du cerf de Silvia dans le septième livre de l'Enéide*....

Page 1