‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 185 sur 343 · V. (le Bonsjlelten, Voyage, p · texte numérisé non relu

V. (le Bonsjlelten, Voyage, p

LÉPERVIKRE. 285

Nos Achéens arrivent de même auprès d'une haute maison de pierre, oii une belle femme chantait en travaillant : « Est-ce une déesse? est-ce une mortelle? crions pour voir », et tous se mettent à crier :

^11; ip' è'^covrjtrev, toI 8s oôéyyovro xaXe'Jvre;.

Cette maison est en dehors du marais, dans les premiers vallons de la montagne, en une clairière dégagée. Ce n'est pas une cabane provisoire, une hutte de branchages, une pauvre staccionata, comme dans leurs lestras en font les charbonniers et les pâtres. C'est une maison véritable, durable, une haute et grande maison de pierres travaillées, un palais ou un temple, une sainte demeure, Uph. otojjtaTa :

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ÇsaTOÏTiv XàetTo-'., TrepiTxl^rrci) èvl '/copw.

Au seuil du « vallon sacré », qui maintenant encore est un vallon béni, la Valle de San Benedetto,

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cette « demeure sacrée », peuplée de bêtes fauves,

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n'est que le sanctuaire de Feronia. Tout concorde à cette identification. Prenez les descriptions des archéologues :

« Feronia avait son sanctuaire à l'entrée de la Valle, au pied de la Punta di Leano, à trois milles de Terracine. Là étaient son bois sacré, sa fontaine, son temple, dont le soubassement en gros blocs a subsisté jusqu'à nos jours. Son culte est l'une des plus vieilles religions rustiques de l'Italie. Rome le reçut des Falisques. On sait aujourd'hui que Feronia n'était point une Junon, comme l'avait dit Servius, mais bien une divinité chthonienne, parente de Maaia et de Tellus, compagne de Soranus dans le fameux sanctuaire du Soracte. On lui rendait un culte barbare dans des bois généralement redoutés. On trouve des Lnci Feroniœ chez les Sabins, chez les Volsques. Mais les sanctuaires les plus célèbres étaient celui du mont Soracte et celui-ci, que quelques auteurs placent à tort dans le pays circéien. Avec les idées gréco-romaines, Feronia fut assimilée à Proserpine. On lui donnait les épithètes grecques de 'AvOrjçipo;, <ï>iXoa-:i©avo; : on l'identifiait avec la Korè de Syracuse, avec la Vierge, fille de Démèter, non encore ravie par Pluton. La seule représentation certaine que l'on ait d'elle est sur les médailles de la gens Petronia. famille d'origine sabine. La tôte est d'une jeune fille couronnée, comme Fa démontré Borghesi, de fleurs de grenadier en boutons. Dans ce sanctuaire, la déesse présidait aux afi'ranchissements. On faisait asseoir Fesclave sur une certaine pierre dans le temple; on lui couvrait la télé du

honnet pileus et l'on prononçait la formule : Bene merili servi sedeant, suivant liber iK »

De Kirkè à Feronia, du récit odysséen aux rites de ce sanctuaire italique, il est bien des points de ressemblance. Feronia, la déesse des forôls, est la déesse des Fauves : les fauves, fer-i, ont Fer-onia, comme Bell-um a Bell-ona, Pom-a Pom-onUf les Bov-es Bub-ona, etc.; Petr-onia de Peirus^Fid-onia de Fidus^eic, nous expliquent Fer-onia de Férus, Dans le conte odysséen, ces fauves, lions et loups des montagnes, apparaissent et font cortège à la déesse. Mais ils n'apparaissent qu'un instant et ce n'est pas en fauves, mais en cochons, que vont être changés les compagnons d'Ulysse. Cette apparente anomalie ne doit pas nous surprendre : les récits des voyageurs nous ont fait connaître, auprès des fauves de la montagne, les troupes de sangliers et de cochons sauvages, qui abondent à travers le maquis, couchant dans le fourré et vivant, non de pâtée, mais de fruits, glands ou cornouilles :

... ToÏTt oà KtpXTj

Tîàp p' àx'jXov pà).avôv T£ pàXev xapTrov ts xpavs»//;;

EOjjLSvai, ola T'je^ yaixaieuvàSe; aUv sSo'jtnv.

L'onomastique de ce pays a fourni — nous le verrons bientôt — la matière de notre conte odysséen : l'abondance des pourceaux, que signalent les voyageurs, avait déjà valu, dès la première antiquité, les noms de Suessa et Selia h des villes toutes proches de Feronia.

Feronia, déesse des fauves comme Kirkè, est en outre la déesse de Taffranchissement. 11 suffit de lire avec attention le texte odysséen pour retrouver dans le palais de Kirkè les mêmes cérémonies et jusqu'aux mêmes formules rituelles. Feronia délivre, libère les esclaves; Kirkè devra délivrer, libérer les compagnons d'Ulysse :

Oîppa x£ TOI AiicYi 0' ÉTàpO'j;

uplv XutTacÔ' ÊTapou;...

Délivrés de la servitude, les affranchis de Feronia changent leur condition de brutes humaines pour la condition d'hommes véritables : « Ils se dressent libres », surgunt liberi. Mot pour mot, c'est pareillement que, délivrés de leur servitude bestiale, les compagnons d'Ulysse vont « se dresser », eaTT^a-av èvavT'loi, quand Ulysse aura forcé la déesse à les délier, à leur ouvrir la porte de Fétable, à les délivrei' de leurs formes de cochons :

ex S' eÀa<Tev (XiiXotTiv èoixoTa; ewciopoiciv • ol pièv ettêit' iTTTjCav svavTioi

Chez Feronia, la résurrection de l'esclavage vers la liberté est précédée pour

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