‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 187 sur 343 · Cf. Roscher, Lexic. Myth., s. v. Atixurus et Feronia · texte numérisé non relu

Cf. Roscher, Lexic. Myth., s. v. Atixurus et Feronia

Ulysse rencontre ce parèdre de Feronia à l'entrée du temple. Le dieu, pris de pitié, donne au héros une recette pour éviter les pièges de la magicienne : « H arracha de terre une plante et m'en fit connaître la nature. Elle était noire à la racine; mais elle avait des fleurs laiteuses. Les dieux la nomment molu et, pour des hommes mortels, elle est difficile à arracher; mais les dieux peuvent tout *,

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Ce nom de molu n'est pas grec: il ne se rencontre en aucun autre passage de la littérature grecque; l'auteur odysséen lui même le tient, non pour un mot hellénique et humain, mais pour un vocable « divin ». L'Écriture donne le nom de mHa, m. /. ou. A, à une plante des sables, dont les pauvres gens font parfois un mets, une salade, dirions-nous: le mot sémitique nSa» ^w. /. A, en effet, signifie sel. En grec, l'équivalent exact de ce nom de plante est aXtjxo; (îX?, sel). et la plante ainsi désignée est notre atriplex halimus. « Cette plante, disent les Dictionnaires de Botanique*, est appelée communément pow^T^iV?' de mer : elle se mange en salade ou confite dans du vinaigre. » C'est un arbuste, dont les feuilles seulement et les jeunes pousses sont comestibles. La fleur est d'un jaune laiteux. Cet arbuste se rencontre sur toutes les côtes méditerranéennes. Mon ami M. Caullery, professeur à la Faculté de Marseille, a bien voulu m'en procurer un plant. Il m'écrivait en même temps la lettre que voici :

Je vous envoie des rameaux et des feuilles. Quant aux fleurs, il n'y en a pas en cette saison et, pour la racine, il faut croire que ni moi ni le jardinier, qui m'a accompagné au parc Borelli, n'étions des dieux : nous n'avons pas réussi à en avoir une. V Atriplex halimus forme des arbrisseaux en touffes qui s'élèvent à un ou deux mètres et qui s'accroche>it aux rochers le long de la Corniche. Mais son véritable habitat est dans les terrains sablonneux. La racine est un pivot qui s'enfonce profondément dans les sables en se tordant progressivement en hélice. Il est par suite très difficile de l'extraire. D'après notre propre expérience, on ne réussit qu'à casser la souclie à ras déterre. Ce dernier résultat est accessible à un homme de force moyenne, quand il s'agit d'un arbrisseau moyen. La fleur est jaunAtre, disent les livres et les jardiniers. Elle est pâle, peu colorée, connne toutes les polygonées. La racine est jaunâtre, avec des radicelles plus sombres. Celle que je vous envoie n'est pas noire. Mais, dans certains terrains, il arrive forcément que la racine prenne une teinte plus foncée. La plante, dans son ensemble, est d'un vert glauque, qui, très clair, lui donne de loin l'aspect gris blanchâtre.

« L'halimos, dit Pline, a suscité bien des discussions parmi les auteurs. Les uns le décrivent comme une plante frutescente, touffue, blanche, sans épines, avec des feuilles comme celles de l'olivier, mais plus tendres : on les cuit et on

i. Bâillon, Dict. de Bol., p. 515, s. v. Atriplex. Je dois ces renseignements à mon ami L. Matruchot, professeur à l'Université de Paris.

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les mange; la racine, à la dose d'une drachme dans de l'eau miellée, dissipe les tranchées, les convulsions et les ruptures.... Les autres disent que c'est une plante maritime, salée, d'où son nom, avec des feuilles longues, arrondies et comestibles. On en connaît une espèce sauvage et une espèce cultivée : l'une et l'autre s'emploient avec du pain contre les dysenteries, avec du vinaigre contre les maux d'estomac. On applique les feuilles crues sur les ulcères invétérés, et elles adoucissent les élancements des plaies récentes, les douleurs de vessie et les foulures. L'espèce sauvage a des feuilles moins larges, mais des vertus plus actives, surtout contre la gale des bêtes et des gens. La racine est en outre employée en frictions pour blanchir la peau et les dents. La graine, mise sous la langue, empêche de sentir la soif. On mange aussi l'espèce sauvage et on les confit toutes deux.... Des auteurs pensent que, pour Hésiode, asphodèle et halimos sont synonymes.... On prétend que, semé devant la porte des métairies, l'asphodèle est un préservatif contre les maléfices. Nicandre ordonne la graine ou les bulbes contre les serpents et les scorpions, et il en fait mettre sous le chevet pour écarter ces bêtes malfaisantes. On s'en sert aussi contre les animaux marins venimeux et contre les scolopendres terrestres*. »

Je crois que molu est la transcription grecque du mot sémitique dont halimos serait la traduction. Nous avons, dans cette expression du poète, la môme marque d'origine que, plus haut, dans gauloi (yaGIXoi) et phokè («pcoxY^). Ce sont mots sémitiques qui passèrent du périple dans le poème, en ne prenant qu'un léger vêtement grec. Molu, {xwXj, me semble en effet la transcription de mSa> malouh ou molouh, étant donné que la dernière consonne n est une aspirée fjue seuls les Sémites arrivent à prononcer: nous savons qu'elle est très souvent négligée par les Hellènes et qu'ils ne savent au juste comment la rendre. Le jnolu ou molouh avait sa place dans le périple original. Entre la Forêt, "VV/i, et le Vallon, B-FjO-da, le périple devait décrire le Marais et la Plage sablonneuse, toute semée à'alriplex halhnus: « Le sol, dit Bonstetten en décrivant File du Tibre auprès d'Ostie, était couvert de marguerites blanches, de coquelicots rouges et surtout d'asphodèles, plante bulbeuse, haute de trois pieds, dont Tlle est presque entièrement couverte. Cette belle plante, qui porte une tige et des fleurs semblables à la hyacinthe, n'est d'aucune utilité pour le bétail qui n'y touche jamais; ses fleurs inodores, blanches et rayées de rose, sont d'un bel effet. Une variété est, dit-on, le fameux mo/w, donné h Ulysse par Mercure pour se garantir des charmes de Circé*. » Le périple original devait aussi raconter comment les indigènes se servent de cette plante contre les serpents qu'ils charment et contre les maléfices qu'ils redoutent. Hermès le donne à Ulysse pour cet usage :

clW àvs oyj fffi xaxwv sxAJo'Oixai 7,0e aatoo-o) • Trj, TOôe <pàp[jLaxov eo-OXov ey wv £ç ocbfjiaTx Kipxr,;; ep'^S'j, 0 x£v Tov xpaTo; àXàXxr,<jtv xaxov r,ijLao.

1. Plin., XXn, 32-33, et XXI, 68; d'après la traduction de Litirê.

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