V. BéRARD. — II
L'onomastique actuelle connaît en ces parages le Mont des Magiciennes, la Montagne des Fées, Monte délie Fale. Durant l'antiquité, les Marses, peuple du voisinage, étaient des charmeurs de serpents, des devins, des magiciens, des sorciers. Descendants d'un fils de Kirkë, les Marses conservaient les recettes et l'art de la déesse, Marsis, a filio ejus 01 ta gente^ quos esse domitores serpenlium constata Durant toute l'antiquité, les auteurs et poètes romains vantent les secrets merveilleux de ce peuple charmeur : le nom de marsus devint môme synonyme à Rome de devin et de sorcier. Aujourd'hui encore, les habitants de ce canton conservent leur vieille renommée :
On chasse ici \o blaireau, non seulement pour sa chair, qui est très délicate, mais aussi pour sa fourrure, qu'on regarde comme un préservatif puissant contre l'influence des mauvais esprits. Les jeunes gens portent souvent un morceau de cette peau sur leurs chapeaux ; les fenunes, et surtout celles qui sont mariées, en mettent sous leui-s corsets pour se garantir, ainsi que leurs enfants, des enchantements, car on croit encore que les habitants des montagnes, les anciens Marses, près du lac Fucino, sont adonnés à la sorcellerie. Aucun cheval ne serait réputé en sûreté si sa bride ne portail aucun ornement de peau de blaireau. Les mulets et les ânes même sont également pounus de ce charme puissant, qui acquiert une nouvelle force de la bénédiction annuelle de Saint Antoine*.
Les Marses ne sont pas un peuple maritime. Ils ont leur domaine dans les Apennins de l'intérieur, assez loin de la côte. Mais ils vivent, comme leurs voisins, de leurs troupeaux et surtout de leurs moutons : chaque année, ils descendent durant plusieurs mois, au bord de la mer, pour fuir la neige des Apennins et retrouver les pâturages d'hiver. Aux temps du périple odysséen, je crois que déjà il en était ainsi. Les premiers navigateurs eurent, comme les montagnards actuels, leur Mont ou Cap de « l'Enchantement >, Axour ou Anxour. Car ce nom de lieu est antérieur aux temps grecs et romains. Comme Ai-aièy c'est, je crois, un nom sémitique. Il est du même temps quAiaièy — de la même famille que l'Épervière, dirait le poète odysséen. Au long de cette cote italienne, l'Épervière n'est point isolée. Elle a toute une famille de proches parents, dont le poète odysséen fit ses père, mère, frère et sœur : Kirkë est fille de Perse, sœur d'Aiètès. Ce ne sont point là inventions du poète. L'onomastique de cette côte italienne va nous rendre tous ces personnages.
Pour les navigateurs partis de Kume (nous connaissons le rôle éminent de ce port aux temps de notre périple) et voguant vers le Nord, la côte italienne pré-
1. Cf. Plin., vu. 2, 7; XXV, 5, 2; XXVIU, 6, 1; XXI, 15, 3. Cicero, de Divin,. I, 58; U. 35. Virj?., VII, 749. Sel., VIII, 496. Hoiat.. £>., V, 76; XVII, 29.
2. )Iai*ie Grahain, Voyage dans les montagnes de Home (1819J. p. CG.