V. BEBAUD. — JI
LA COUKSE. 19
village qui reste au Nord-Nord-Ouest et dont les murailles sont blanches; il est h une demi-lieue des pêcheries, dans la plaine. Pour aller à la ville capitale, appelée Gavergine (Gumurdzina), il y a trois heures de chemin; c'est là où sont les officiers du Grand Seigneur*. »
Nos corsaires homériques trouvent une semblable installation des Kikones : à la côte, est un petit village sans défense qu'ils pillent; à Fintérieur, à deux ou trois lieues de la mer, est le centre de la nation, la ville où sont les officiers et les soldats, qui vont accourir pendant la nuit. Mais, à Tinverse des Francs, les compagnons d'Ulysse viennent de l'Est, puisqu'ils arrivent de Troie. Ils abordent le delta, non pas aux roches de l'Ouest, mais aux roches de l'Orient. Les montagnes, qui limitent aussi vers l'Est la plaine marécageuse, offrent un mouillage symétrique, mais opposé à Kavala. De ce côté, la plaine se termine par une haute montagne, « très remarquable », disent les Instructions nautiques, et qui surgit sur le bord de la falaise à 663 mètres : nos marines l'appellent Marona. C'est dans ces parages qu'Ulysse a rencontré Maron, fils d'Evantheus, prêtre d'Apollon qui veille sur Ismare. Dans l'un de ces bouquets d'arbres, que nous décrivent encore les Instructions au-devant du delta, le prêtre habitait le bois sacré du dieu (les Turcs ont sur cette côte leurs ports de l'Arbre, agatcli, Kara-Agatch et Dede-Agatch ; les Grecs y avaient leur station du Bois Essarté,
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Nos corsaires pillent « l'habitation », comme dit Thévenot, c'est-à-dire les fermes et les villages des environs; mais Ulysse fait respecter le temple et Thomme de Dieu. On ne viole ni la femme ni les filles du prêtre; on ne le tue même pas. Car on a beau être corsaire : on n'en garde que mieux le respect des prêtres et la crainte du Seigneur. Parmi l'état-major de nos corsaires francs, figure toujours l'aumônier, et nous savons comment ces pieux bandits révèrent tous les saints, catholiques et orthodoxes, turcs et syriens; ils dotent les couvents de capucins; ils construisent des églises. Chez les Grecs, la piété n'est pas moins grande :
Il n'y a pas, dit Choiseul-Gouffier, de pirates qui n'aient avec eux un catoyer ou un papasy pour les absoudre du crime à fiiistant même où ils le commettent. Ces misérables ne manquent jamais de massacrer l'équipage des bâtiments qu'ils surprennent et, après les avoir pillés, ils les coulent à fond pour soutraire tout indice de leurs attentats. Mais aussitôt, prosternés aux pieds du ministre, quelques mots les réconcilient avec la divinité, calment leur conscience et les encouragent à de nouveaux crimes, en leur offrant une ressource assurée contre de nouveaux remords. Ces absolutions sont taxées. Chaque prêtre a un tarif de péchés. [Quelques-uns] vendent d'avance le pardon des atrocités que les pirates méditent. Toute la Grèce est remplie de ces moines, dont