‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 193 sur 343 · Cf. Geseii., Thcsawusj s. v. JINp · texte numérisé non relu

Cf. Geseii., Thcsawusj s. v. JINp

tement. Et je crois que dans son périple original notre poète odyssccn trouva le mot en cette double acception. C'est pourquoi il fit enfeinncr, lier, les compagnons dTlysse par lVnf/ia;ife?'es«(?. Kirkè les attache dans Télable; il faudra qu'Ulysse les délie, les détache :

pàêoco 7:e7:ÀT,v'jïa xaTa tj^soitiv sspyvj..., wç 01 [jLsv xXa'lovTS^ èspy aTO...,

... STapoi Se TOI oio' svi Ktpxr,;

El Kirkè les enchante par ses drogues, sOsXçsv, surtout par ses mélanges. Car elle mêle h la nourriture des drogues funestes :

àvéïAïa-ys oè t'Itw ©àp[jLaxa X'jypà,

et elle fabrique aussi avec du vin, du miel, de la farine et du fromage, une boisson mélangée^ un kykéon pernicieux :

èv Ss o"Oiv Tupov Te xal àX'^iTa xai [xsAi yXwpov oïv({) IlpaijLVS'lo) sxuxa...,

TcîiÇsi TOI X'jxew, ^a)is'. S' sv cpàpjjLaxa o"'1tci>..., Tsilye ùé [jlo^ x'jxeco yp'jTso) ôÉTrat....

Les Hébreux connaissent aussi des mélanges de vin, de miel et d'autres condiments*. Si les Hellènes ont, de leur verbe x'jxào), mélanger, brouiller, tiré le nom de leur kykéon, les Hébreux, du verbe "^dc, massak, mélanger, mêler, ont tiré leur substantif m.ss.k, -^00, que TÉcriture vocalise messek, mais dont la vocalisation primitive était massik. Le massik est une sorte de « vin mélangé » (de drogues ou de parfum), un vermouth'. Massikus ou Massikos, Mào-Ttxo?, est le nom de notre dernier promontoire italien : c'est une excellente transcription du IDC, massik, sémitique (les Hellènes ont fait du o leur $, dont les deux to* sont un habituel équivalent). Massikos est le Cap du Kykéon.

En cet épisode de Kirkè, comme dans les précédents, je crois qu'il nous est maintenant facile de retrouver le procédé habituel de notre poète et la nature des matériaux dont son œuvre fut composée : c'est toujours le môme anthropomorphisme, donnant la personnalité et la vie humaines à des mots, à des choses ou à des êtres que le périple original fournissait à notre auteur. Mais il est facile aussi de rétablir, sous les enjolivements de ces aventures, la réalité histo-

i. Cf. Gesenius, Tfi^saurus, s. v. TDQ.

2. Cf. les noms de liqueur empruntés par les Hellènes, dans le premier volume de cet ou\Tage, p. -403 et suiv.

riqiic (le celle description et la topologie primitive de cette cùte italienne. Aux temps où Hypérie, au bord de la Vaste Campagne, était une station des étrangers, rile de Kirkè dut tenir le môme rùle au l>ord de la Région Poutine et du pays albain, dans ce qui devint ensuite le pays du Latium et de Rome. Mieux encore quHypérie, voyez combien Kirkè devait servir aux flottes étrangères.

Pour la commodité de l'exposition, considérez comme un delta continu loulc la cote latine, qui va du promontoire de Terracine, où les Monts Lepini louchent la mer, jusqu'au promontoire de Civila-Vecchia où les montagnes et collines étrusques plongent aussi dans la mer leurs dernières avancées. Les bouches

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Fir.. 59. — Le Latium*.

du Tibre au Nord et les marais Pontins au Sud font de cette rive latine une étendue boueuse et malsaine, qui n'est pas moins inabordable du coté de la terre que du côté de la mer. Les bouches du Tibre et les marais Pontins, il est vrai, sont un peu séparés les uns des autres : les dernières pentes des monts Albains interposent ces quelques lieues de falaises dont nous avons parlé; mais ces falaises sont aussi peu abordables, aussi dépourvues de ports, k\l\kvn, disait Strabon. En résumé, de Terracine à Civila-Vecchia, la cote latine n'est qu'un front de delta. Aux temps historiques, les besoins de Rome firent créer en pleines bouches du Tibre, sur le fleuve môme, le port artificiel d'Ostie. Créé par la volonté humaine, contre toutes les lois naturelles que nous connaissons bien, ce port n'eut qu'une durée éphémère; encore sa création suppose-l-elle les ressources d'un empire universel comme l'était celui de la Rome impériale. Pour ce delta latin comme pour les autres deltas méditerranéens, la loi est toujours la même : les véritables ports ne peuvent se fonder qu'en dehors des

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