D'yprés y Atlas Vidal -Lablac/ie, p. li
plages boueuses, à droite ou à gauche de la plaine d'alluvions, sur les premières pentes des montagnes. Et nous voyons bien qu'à travers l'histoire, Rome eut toujours ses embarcadères naturels soit au promontoire des Monts Lepini, à Terracine, soit au rebord du plateau étrusque, à Civita-Vecchia aujourd'hui, à Caere-Agylla durant les premiers siècles.
Le rôle actuel de Civita-Vecchia se comprend sans peine : c'est aux roches du Nord que nos marines venues du Nord, de Livourne,deGenesou de Marseille, abordent le delta. Le rôle ancien de Terracine est aussi rationnel : les marines antiques venaient du Sud, c'est aux roches du Sud, à Terracine, que s'installa leur grand emporium; la Via Appia vers Terracine tensiit pour la Rome classique le rôle que le chemin de fer vers Civita-Vecchia tient aujourd'hui pour la Rome papale et la Rome piémontaise. Si, plus haut que l'antiquité romaine, nous remontons jusqu'aux marines primitives et jusqu'aux siècles héroïques, nous voyons qu'à la rigueur les indigènes eurent quelques stations intermédiaires entre Civita-Vecchia et Terracine : sur les dernières falaises des monts Albains, grâce au halage des barques primitives, de « hautes villes » s'étaient bâties; la tradition légendaire connaît les flottilles de Laurentum, de Lavinium et d'Ardea. Ces « hautes villes », semi-légendaires, ont eu quelque importance longtemps avant la fondation de Rome : les récits de VÉnéide contiennent, en cela, une part de vérité. Mais nous savons que Lavinium et Ardca ne purent être que des stations indigènes.
Sur le front de la plaine Poutine, au contraire, les îlots parasitaires du Faucon et de l'Épervière, Astura et Kirkè, semblent disposés par la nature pour le service des navigateurs étrangers, qu'ils soient commerçants ou pirates ou tous les deux ensemble. Le Faucon pourtant n'est à vrai dire qu'une aiguille de roche sans ressources et sans étendue. L'Épervière, seule, peut ofi'rirauxthalassocrates primitifs les conditions de sécurité et de ravitaillement qu'ils cherchent en un bon mouillage. Avec sa haute guette que l'on aperçoit de loin et qui surveille la terre et la mer; avec son mouillage bien clos et pourtant déserté des indigènes, où l'on n'a rien à craindre de leur voisinage; avec ses plages de sable où Ton tire le vaisseau et où l'équipage se repose en un confortable campement; avec ses fontaines et ses cavernes; avec son gibier et ses forêts : cette île de Kirkè, mieux encore que l'île de Kalypso, est un paradis des marines primitives. C'est vraiment un poste de séjour, une station d'hivernage, un lieu de doux repos et de bombance. On y peut, toute une année, manger, boire et dormir sans crainte du lendemain. On tire le vaisseau à la grève. On remise les agrès et les marchandises dans quelque grotte. Au long de la façade continentale, le petit fleuve, les lagunes, le maquis, les forêts et les marécages établissent comme unfo:séetun rempart contre la terre ferme; les vaisseaux, magasins et campement sont à l'abri de toute surprise.
Il est pourtant facile de commercer avec les indigènes, car à douze ou quinze kilomètres d'ici, au pied des montagnes continentales, non loin du Cap de l'Eu-
chantement, le sanctuaire de Feronia est, grâce à ses sources abondantes et grâce à la trêve sacrée de la déesse, un lieu de foires et de marchés, un rendezvous des marins et des montagnards. Ce n'est pas faire une hypothèse bien hardie que d'imaginer auprès de ce sanctuaire les mêmes panégyries, les mêmes marchés, la môme affluence de dévots et de marchands, la môme rencontre d'indigènes et d'étrangers qu'auprès d'un autre sanctuaire de la même déesse, sur les frontières de l'Étrurie continentale. Là, au pied du Soracle, « les habitants des cités voisines accouraient en foule aux fêtes de la déesse, les uns par motif de piété, les autres par motif d'intérêt; commerçants, artisans, agriculteurs y tenaient les marchés les plus animés de toute l'Italie* », meicatuad Feroniae fanum frequenti negotiatores romanos deprehensos*. Le marché de Terracine remplace aujourd'hui ces antiques foires de Feronia.
L'agriculture [et la pâture] attirent beaucoup d'étrangers dans les marais Pontins. Comme il n'y a point de population dans ce milieu inhabitable, il faut chercher des bras ailleurs. C'est la montagne romaine et la montagne napolitaine qui fournissent les travailleurs dont on a besoin. Des provinces de Sora, d'ïsernia, d'Aquila, les travailleurs arrivent par bandes, bandes d'hommes, bandes de femmes, fannlles groupées en troupeaux, suivant le pays, les conventions et les convenances. Du labour jusqu'à la récolte, ce sont ces gens-là qui font tout. Les pays autour de iapalude envoient leurs femmes ou leurs hommes. Le territoire est un pays d'exploitation. On n'y habite pas; on y vient. Dans la ville même de Terracine, le besoin [de travailleurs étrangers] se fait sentir au même degré. Il y a de petits pays dont la population entière vil de Terracine et s'y transporte pour six ou huit mois. Terelle, petit bourg napolitain, y envoie ses femmes et ses hommes ; pas un être valide ne reste au logis, sauf les prêtres et quelques signori qui n'ont pas besoin de travail. Avant la fin de l'automne, les Terellans arrivent à Terracine. Ils occupent, au delà du canal, un village de gourbis, faits de bruyère, de branches et de vieux ais pourris, où ils nichent avec leurs cochons.... Pendant plus de la moitié de l'année, Terracine est submergée par la foule des gens du dehors. Tous les costumes se coudoient, l'indigène avec son cajwUo romain toujours doublé de molleton vert, l'Aquilan au carrick bleu sombre, l'Abruzzin dans sa mantella couleur terre.... Types, costumes, patois, intérêts viennent se rencontrer là, et de loin. Certaines gens ont à faire de vrais voyages d'émigrants, trois, quatre, cinq et six jours de marche, pour retourner d'où ils sont venus ^.
Terracine, sur le bord de la mer, ne put être fondée qu'à une date récente, après la disparition des pirates. Au temps des corsaires, c'est à l'écart de la plage, aux dernières pentes des monts continentaux, autour des sources et du sanctuaire de Feronia, que les mêmes populations de l'intérieur avaient leur bazar, non seulement les Volsques, pâtres et agriculteurs des Monts Lepini,
1. Dion. Hal., III, 32 : eU xà lepiv toûto TJvViiaav èx twv ireptoîxwv ic6Xc(i)v xa-cà «ràç ài:o8e5eiY|iivaç loptàç, itoÀXol jièv eù^*? irootSovTs; xal 8u<Jia; tt, ôew, icoX^ol 6è /pT,jiaxiou|X6vot 6ià xr|v icavfivupiv Ijxropoi Te xai yeipotéyvai xal yscjoyol, dropat Te aÔTÔOi Xajx'npoTaTai tûv iv dfXXoi; Tial TO-sroiç tt,; *lTa)ktaç àyoïié'^tù'^ èyÎYvovTO.