‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 198 sur 343 · Slrab., XVr, p · texte numérisé non relu

Slrab., XVr, p

318 LKS PHfiMCIENS KT I/ODYSSÊE.

à l'Okéanos ilali(»n, au Sinus Utcvinus, Ces épilliMes ne sauraient exaclenienl convenir au Lucrin. Ce n'est pas que le Lucrin soit partout une nappe sans profondeur, ni qu'il n'ait aucun courant : ses émissaires se déversent dans la mer par des chenaux d'eau courante et tourbillonnante. (Juand Strabon nous dit que les plans d'Agrippa échouèrent à cause de l'interposition, entre l'Avenic profond et la nier libre, du Kolpos Locrinos « marécageux et nombreux ». TrpoTêpayYjxalTtoX'jv, il faut bien noter d'abord qu'en ce passage mutilé ou gâté, une correction s'impose : nombreux, iroAyv, ne veut rien dire. Même si on la prend dans le sens de Uinje, grand, spacieux (tîoXù; ttovto;, dit Hésiode), cette seconde épithete ne concorde pas avec le reste du texte; donc, une correction s'impose, telle que à7:Ao*jv, non navigable. II faut noter ensuite que cette indication de Strabon ne concorde pas avec les renseignements de nos marins :

Environ deux milles et demi du fort de Baye, dit Micholot, est la ville de Pouzzole. Entre les deux, il y a un grand enfoncement... et une plage de sables, derrière laquelle est un petit étang qu'on appelle le lac de Lucrine, au milieu duquel il y a trente brasses de profondeur d'eau*.

Le lac Lucrin a des profondeurs de 5 mètres'. Il est possible que le voisinage et les alternatives des volcans Phlégréens aient souvent fait varier cette profondeur. Ces volcans, en particulier le Monte Nuovo, ont, depuis l'antiquité, gravement altéi'é l'aspect extérieur et Tarchitecture de cette région. Et de ceci découle la grosse difficulté que nous ne rencontrions pas dans l'explication des autres aventures odysséennes. Partout ailleurs, depuis les âges homériques jusqu'à nos jours, nous avons pu constater que nul changement profond, radical, ne s'était produit dans la nature môme des sites ni dans les grandes lignes des paysages décrits par le périple odysséen. Ici, au contraire, nous savons de science certaine qu'une montagne tout entière a poussé au milieu de cette plaine, oii jadis le Lucrin étendait peut-être son marécage. Avant l'éruption de ce Mont Neuf, la plaine abondait en sources chaudes et froides. Le petit village de Tripergole, qui s'élevait en cet endroit, était rempli d'étuves et peuplé de baigneui*s'*. Durant l'antiquité romaine, toute cette région de l'Averne « fumait de sources sulfureuses »,

is locus Cumws apud, acri sulphure montes oppleti, calidis ubi fumant fontibus aucti^.

Aujourd'hui, sur la rive occidentale du Lucrin, jaillit encore une énorme source chaude, qui forme aussitôt un petit fleuve et déverse dans le Lucrin une « rivière de feu », un pyriphlëgéthon . comme dit le |)oète odysséen. Durant l'an-

i. Micholot, Vortulan. p. 270.

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