Odyss., IX
presque aucun ne sait lire. Ils ont assujetti la foule crédule qu'ils gouvernent à leur gré et, souvent complices de ses crimes, ils en partagent, ils en absorbent le profit*.
L'indignation philosophique de Choiseul-Gouflier (encore ai-je retranché quelques éloquentes tirades) eût fait sourire le prudent Ulysse. Il avait respecté cette famille sacerdotale. Mais il s'était fait donner, — et dans sa bouche on entend ce que ce mot peut dire, — une jolie rançon : sept talents d'or et d'argent, un cratère d'argent et douze amphores de vieux vin. Le bon prêtre, pour sauver sa vie et sa famille, avait dû indiquer les souterrains, dont Cousinéry nous parlait plus haut et dans lesquels étaient enfouies la fortune et les provisions : qu'eut vraiment gagné le sage Ulysse à tuer le saint homme, à commettre un sacrilège, pour ne pas savoir ensuite où trouver la cave aux richesses?... « Il m'offrit de riches cadeaux, sept talents d'or bien travaillé, un cratère d'argent massif, douze amphores de vin sucré, pur jus, breuvage divin. Nul dans sa maison, ni serviteurs ni esclaves, n'en savait la place : lui seul, sa femme et leur intendante la connaissaient »,
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Le vin de cette côte resta célèbre à travers toute l'antiquité, sous le nom de vin de Maronée. Les Grecs eurent en cet endroit une ville de Maroneia qui, en réalité, dit Hérodote, était sur le territoire des Kikones' et dont le plus vieux nom était, suivant la tradition, Ismaros.
Nous sommes habitués à ces doubles onomastiques. Elles dénotent le plus souvent la fréquentation d'une côte ou d'un port par deux marines, qui successivement dénommèrent les mouillages, les caps, les fleuves, etc. Avant les Hellènes, il est vraisemblable que d'autres Peuples de la mer étaient venus exploiter ces marchés de Thrace. Nous sommes en face de Thasos dont les mines d'or furent découvertes par les Phéniciens : « Le Phénicien Thasos, qui donna son nom à l'île, établit une colonie et exploita les mines que l'on voit encore sur la côte orientale entre les lieux dits Koinura et Ainura' ». En face de leur île, les Hellènes de Thasos possédèrent une pérée, c'est-à-dire une bande de côtes : ils exploitaient les plaines et les mines du pays thrace, dit Hérodote; ils y avaient élevé des villes et des forteresses*; sur le front du delta, ils fréquentaient le mouillage d'Abdère. Il est probable que les Phéniciens, leurs prédécesseurs, avaient suivi les mêmes errements. Abdère^ "AêSrjpa, est l'un de ces noms de lieux sans élymologie grecque, qui se retrouvent parmi les colonies phéniciennes de l'Espagne. Abderos était, dit-on, un suivant d'Héraklès qui fut tué sur cette côte thrace et en souvenir duquel Héraklès fonda la ville. Il est possible que ce nom rentre dans la catégorie des noms sémitiques Abd-Melek, Abd-NegOy
\. Choisciil-Gouffier, I, p. 163.