Aen
LA NEKYIA. 323
Les Philistins se rassemblent et viennent camper à Sonam. Saûl rassemble tout Israël et campe à Gilboa.
Saùl, ayant vu le camp des Philistins, craignit et son cœur s'épouvanta.
Safil consulta le Seigneur. Le Seigneur ne répondit ni par des songes, ni par des présages, ni par des prophètes.
Saùl dit à ses gens : « Cherchez-moi une femme nécromancienne, et j*irai Tinterroger ».
Ses gens lui répondirent : « Il y a une femme nécromancienne à Aïn-Dor ».
Saûl se travestit et se couvrit de vêtements étrangers. Il alla avec deux hommes. Il vint chez cette femme la nuit et lui dit : « Prophétise-moi par la nécromancie et fais-moi monter [de Tenfer] celui que je te dirai ».
La femme répondit : « Ne sais-tu pas ce qu'a fait Saùl et comme il a supprimé les magiciens et sorciers; pourquoi séduis-tu mon âme pour me mettre en péril? »
Saùl lui jura par le Seigneur et lui dit : « Dieu vive, si quelque mal sortira pour toi de CCS paroles ».
La femme lui dit : « Qui te ferai-je monter? » Saùl répondit : « C'est Samuel qu'il faut me faire monter ».
La femme vil Samuel et poussa un grand cri et dit : « Pourquoi me tromper ? Tu es Saùl » .
Saùl dit : « Ne crains rien. Mais qui as-tu vu? » Elle dit : « Je vois des dieux qui montent de la terre ».
Saùl dit : « Qui aperçois-tu? » Elle dit : « Un vieillard qui monte : il est couvert de la robe ». Saùl reconnut Samuel et se prosternant à terre, il l'adora.
Samuel dit : « Pourquoi m'as-lu troublé en me faisant monter? » Saùl dit : « Je suis dans l'angoisse. Les Philistins combattent contre moi. Le Seigneur s'est détourné de moi ; il ne me répond plus, ni par des prophètes, ni par des songes. J'ai crié vers toi pour que tu me fasses connaître ce que j'ai à faire*. »
Dans ce texte biblique, il est des mots d'une explication diflicile. Cette femme, qui fait « monter » les morts, est appelée par l'Écriture une aiNTi^ya, baalat-ob; j'ai traduit par « nécromancienne » ; les Septante et la Vulgate disent « ventriloque », svyaTTptjjL'jôo;, ventnloqua. On aperçoit les raisons de cette traduction : aiN, oby signifie Voutre; six îhn, haalat-ob, la femme à V outre ^ au ventre, devient la ventriloque. Il est probable qu'au temps des Septante ces vieilles pratiques de magie avaient disparu et que ces termes anciens n'étaient plus compris: celte traduction de baalat-ob me parait un simple calembour. En arabe, la racine m«, oub, signifie retourner, revenir; aïK, oft, serait le retour, ci la nécromancienne, la baalat-ob, serait la femme du revenant^. Quant au mot qui signifie consulter les morts , c'est dans l'Écriture le verbe t?n, rf. r, s : si le poète odysséen a choisi Tiresias pour intermédiaire entre Ulysse et les morts,
je ne puis m'cmpecher de croire que peut-ûtre le rf. r. s. sémitique ne fut pas étranger à ce choix.
Il est bien regrettable que nous connaissions si mal les pratiques des nécro-
i. I Samuel, XXVIII, 5-15.