Gesenius, Thésaurus, s. v
manls hébreux ou phéniciens : je crois que bien d'autres détails en notre conte odysséen nous ramèneraient à ces pratiques sémitiques. De même, si nous connaissions mieux les rites particuliers de TAverne, nous verrions peut-être que les sacrifices d'Ulysse en cet endroit se rapprochent singulièrement des vieux rites italiques. Les textes latins ne font que nous mentionner la « lustration sur le chemin de TAverne »♦ lusirat-io ad iter Averni^. L'un des sacrifices les plus employés pour la lustration italique est le sacrifice du porc, du mouton et du taureau, snovetaurilia*. C'est précisément le sacrifice que Tirésias recommande à Ulysse pour expier le meurtre de Polyphème :
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àpvetov TaGpov te 0"jc5v t' èirtSrjTopa xaTrpov.
Ce sacrifice du porc, du mouton et du taureau n'est pas dans les mœurs homériques; il n'est mentionné qu'en ce passage du chant XI de V Odyssée et en un autre passage du chant XXIII (v. 277) : en ces deux passages, ce n'est toujours que la môme lustration, recommandée par Tirésias, pour expier le meurtre de Polyphème.
Malgré l'insuffisance de nos moyens de comparaison, une conclusion apparaît, je crois : c'est une évocation à la mode des Sémiles que décrivait le périple original et que copia fidèlement le poète odysséen ; ce n'était pas une dp«cew/<' à la mode des Hellènes. Les aèdes postérieurs, qui sans doute n'avaient plus devant les yeux ni dans l'esprit l'exacte représentation de ces évocations sémitiques, retouchèrent, développèrent, dénaturèrent le poème original et le mirent en l'état où nous le voyons aujourd'hui : de ce pèlerinage d'Ulysse vere les nécromants de l'Averne, ils firent un singulier mélange d'évocation et de descente. En ce mélange, certains éléments restent distincts, facilement discernables. Je crois, pour mon compte, que tout le début de notre chant XI appartient au poème primitif : les 225 premiers vers (voyage d'Ulysse; sacrifice; Elpénor; Tirésias; Antikléia) me paraissent n'avoir subi aucune altération. Par contre, du vers 225 au vers 655, il me semble que le texte actuel n'a rien de commun avec le texte primitif; ici, tout ou presque tout me semble d'invention postérieure: je crois du moins impossible de faire la part certaine des interpolations : ces quatre cent dix vers me sont tous presque également suspects. Au fond, ne poursuivant qu'un but précis, l'identification du Pays des Morts odysséen avec l'Averne, j'estime que ces vers rejetés ou acceptés n'ont pas grande importance. L'incertitude du texte fait seulement que, pour la Nekyia, nous ne saurions pousser cette identification des lieux dans le môme détail que pour les autres aventures odysséennes. Mais l'ensemble subsiste : l'Averne nous rend, en ses grandes lignes notre Pays des Morts odysséen. Et peut-êlre, en ce nom môme de l'Averne, trouverions-nous un dernier argument.