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LES SIRK.NES

inexpérimenté risquerait (ressuyer quelque tempête terrible; un ouragan soudain jetterait son bateau contre les rocs des îlots ou de la cote sauvage : « les peaux de ses matelots iraient pourrir, et leurs os blanchir » autour des Sirènes, sur la Prairie de TEnchantement.

Pour les premiers thalassocrates, les Sirènes tenaient donc le rôle qui éclnit plus lard à la Paestum des Hellènes, à la Salerne ou à TAmalfi des Italiens. Venues du détroitde Sicile, les barques phéniciennes arrivaient ici, soit en cabotant au long de la grande terre, soit en courant tout droit à travers la mer, depuis ri le Haute, Ai-oliè. Tel de ces îlots, Gallo Lungo ou Castellucia, leur ollVait Taiguade, auprès des ruines qui marquent aujourd'hui remplacement des anciennes forteresses byzantines et normandes. Car, au Moyen Age et jusqu'à nos jours, les maîtres de la cote italienne, pour défendre ces îlots contre les corsaires de Sicile ou dWfrique, durent construire des guettes et entretenir dans chacune « quatre invalides et un sergent » : les Arabes et Barbaresques se faisaient volontiers de ces îles une station, un point d'appui. C'est que ce détroit de Capri et cette presqu'île sorrentine marquent une division naturelle dans les côtes et mers italiennes. On peut dire que le climat, les vents et les flottes de l'Afrique montent jusqu'aux palmiers d'Amalfi. Sur la façade Nord de la presqu'île, le golfe de Naples est européen. Sur la façade Sud, le golfe de Salerne est semi-africain : Salerne fut une université aral)e, fondée par Constantinus Africanus; toute l'histoire d'Amalfi n'est qu'une lutte contre Pise pour garder le monopole commercial de l'Afrique et du Levant.

Je n'ai pas visité l'archipel des Sirènes. Mais M. Attilio Mori a bien voulu fouiller pour moi les archives cartographiques de l'Institut géographique de Florence, et M. N. Mansi (de Ilavello), très familier avec les pêcheurs et chasseurs de cette côte, m'a fourni de minutieux détails sur ces trois îlots. Les Galli sont au nombre de trois. Deux ne sont que des roches coniques, élevées de 50 à r>i mètres au-dessus de la mer : elles se nomment la Castelluccia et la lioionda. La troisième, il Gallo Lungo, beaucoup plus grande, a la forme d'une longue faucille, dont la concavité, tournée vers la Castelluccia et la lioionda, détermine une rade assez bien close par ces deux îlots. Sur la face convexe de Gallo Lungo, se creuse une petite anse, nommée la Praja, qui offre un mouillage assez commode, avec une plage très courte, au pied d'un morne de r>4 mètres : une maisonnette moderne est contruite au fond de cette anse; les ruines d'une ancienne tour occupent le sommet du morne.

« Ces rochers, m'écrit M. Mansi, sont couverts d'herbe et de taillis rabougris : par endroits, c'est un véritable pré de narcisses. En 1848, la famille des (îomtes de Guissi essaya de construire une ferme pour l'élevage des lapins: la tentative réussit d'abord; mais, en 1873, une tempête terrible balaya tout l'archipel et noya les lapins. Aujourd'hui, les îlots ne sont guère visités qu'au mois de mai par les nombreux chasseurs de la côte, qui y viennent pour le passage des cailles. »

5it> LKS l»IIKM(:iK>S KT LM)I)\SSÉK.

Ce « \nv (le nairiss(»s » est loul semblable nu pré <l(» persil et de \iolelles (pie nous avous rencoulié sur le roelier de Kalypso; de |)arl et d'autre, le po(»le odyssiMMi a traduit eu prairie, A£'.;jlwv, le uiot s(»uiiti(pie Vin, abel : les Sin*nes habitent dans une prairie de fleurs. A£'.;jiiov' àvOsjjiôsvTa, dans ini pré de nairisses.

Au delà des Sir(*nes, Kirk(' laisse à l'Iysse le ebuix entre deux routes. lUnix routes, en ellet, s'ouvrent aux navif^ateurs (pii, veiuis d(»s Bouches de Capri. veulent j(agner les mers du Sud en contournant la Sicile. Suivant (piils se dirigent vers Carthai^e ou vers la GnVcvers les merslevantinc^s ou vers les mers africaines, les vaisseaux doivent aller à droite ou à gauche, passer k l'Ouest ou à l'Est de la Sicile, devant Trapani ou (l(»vant Messine :

Lors(pie (es compagnons t'auront l'ait dépasser les SirèiH's, je ne le dirai pas, de point en point, laipieib* des deux routes lu devras choisir : c'est à toi de voir. Mais je te les décrirai toutes deux.

De ces deux routes, c'est la seconde (pie choisit l'Iysse. Pour gagner au plus l(3t les mers grec(iues, il prend le chemin de M(»ssine, la roule entre Charybde et Skylla : nous allons suivie le héros sur ce chemin. Mais Kirkc» n(nis décrit aussi Tautre route; du moins elle nous en indi(pie le principal repJ'ie, avec assez d'exactitude pour (pie nous puissions le retrouver :

[)\i ce cùté, se dressent hvs Tierres en d()nie, autour des(pielles nuigil la grande houle d'Aniphilrite au regard bleu. Les dicuix bienheureux les appellent Pianklai. Jamais les oiseaux ni les coloinb(\s, rpii portent à Z<nis le père l'anibroisie, no dépassent la })reinière ; mais, cha(pie fois, la pierre chauve enlève une do ces colombes el Zeus en doit renvoyer une autre pour refaire le nond)re intégral. Près de l'autre pieire, jamais un vaisseau n'est passé sans naufrage : planches de navires et corps de matelots, tout succombe sons les flots de la mer el sous les rafales du f(»u dévastateur *.

Depuis les Bouches de Capri, (juand on navigue vers le Sud, Spallanzani nous lacontait plus haut (p. I8tî) comment, sur l'Ile Haute, Ai-olic, le conc et le panache de Stromboli olTrent un repère certain aux navires cpii veulent atteindre Messine. Si Ton veut au contraire diîscendre vers Trapani, il faut appuyer un peu à droite : ce n'est [dus Stromboli (jui sert de guide; mais une autre des îles Lipari dresse plus haut encore son profil aussi caractéristique. Car à droite de Stromboli, un peu derrière, les navigateurs, (jui viennent du Nord, apei*^'oivenl nie Salina dont l'altitude dépasse 9()0 mètres, alors que Stromboli iratleint guère (pie 940 mètres. Cette île s'appelait dans l'antiquité Didymè, la Jumelle, ou Didymoi, les Jumeaux, Aiouixoi. Ses deux hautes montagnes, en forme de

1. I.es (jualre vci-s qui suivoiil, cl où il esl queslidii de Jasoii, sont, je crois, une interpolât ion qu'il faut retrancher. Pour noî? études, d'ailleurs, ces vers n'entrent i>as en lijfnc de compte (XII, 09-72 .

LKS SIRENES.

r»ir>

(loines ou de mamelles, lui mériteul bien ce uoin. Les Insiructious nautiques nous (lisent* :

s es

Salina (Didijme ou les Jumeaua). — dette île» reconnaissahle à deux hauts sommets coniques, paraît tHre d'origine entièrement volcanique ; on y voit encore les traces d cratères qui ont dû s'éteindre dans les temps préhistoriques et qui sont maintenant les endroits les plus riants et les plus fertiles de tout le groupe des îles Lipari. Entre le n)ont dei Porri, élevé de 860 mètres et situé dans la partie Ouest, et le mont San

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Soliitii

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FiG. 70. — l/lle Saliiia^.

Salvalore, haut de 960 mètres et situé dans la partie S.-K., une vallée s'étend de chaque côté vers la mer : elle est riche et productive et mérite le nom qui lui est donné de Fossa Felice ou Vallée Heureuse.

Voilà, je crois, Tun des plus jolis calembours que jamais aient inventés les navigateurs. L'île Salina a bien deux montagnes, que sépare une riante et fertile vallée. Mais cette vallée s'appelle le Val de TÉglise, Val di Chiesa, Le nom Fossa Felice, la « Vallée Heureuse », est une faute de transcription pour Fossa délie Felci, le « Trou des Fougères ». C'est, non pas la vallée, mais la plus haute des montagnes qui porte ce dernier nom à cause de son cratère éteint, tout rempli de fougères. Nous allons trouver dans notre t'jxte odysséen un calembour presque aussi joli.

i. Instruct. tiauL, n" 731, p. 228.

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