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V. BéRARD. — II. "ÎK

570 LKS PHÉMCIKNS ET L'ODYSSÉK.

Taoriuiiia o\ Schisso. Sur lo rivajçe, au milieu do la haie, se trouve le village de Giardini, dans la partie Sud duquel est êrif^ée la slatue eu marbre de saint Pancrace, le premier évèque de Sicile. Le chemin de fer de Messine, qui horde la baie, passe en arrièn? et près du villaf^e.

C'est en celte baie de Taormiiia ou de Giardini que les navigateurs venus du Nord trouvent enlln le premier mouillage après Messine. Dans rinlervalle. la |)lage, raide et balayée des vents, dominée par de hautes montagnes et eou[)ée de falaises, est dangereuse aux bateaux comme aux hommes. Les coups de veut y font rage; du Sud et du Nord, de TOuest et de TEst, de la mer et des montagnes, les rafales accourent; en ce couloir du détroit, les courants d'air se succèdent et se contrarient. Kt sur toutes les pointes, les indigènes ont toujours eu des guettes, des embuscades ou des forteresses menaçantes pour l'étranger. Il faut donc aller en droite ligne, sans relâche, de Messine jusqu'aux parages de Taormine :

La roule de Messine à l'ancienne Tauromeniuni n'olTranl pas le moindre objel qui soit digne de la fiUigue qu'elle coule, nous louâmes une de ces barques que les Siciliens nonmient spéronares, sorte de petit bâtiment d'autant plus convenable h un semblable voyage que, connue ils vont à la rame et à la voile, on est à peu près certain d'avancer contre vent et marée. Notre projet était donc de franchir dans notre esquif les dix ou douze lieues qui séparent Messine de la moderne Taormine, de débarquer dans cette ville et d'aller ensuite par terre jusqu'à Catane même, où le spéronare devait transporter notre gros bagage.

Nous partîmes de Messine vers la fin du mois de septembre à neuf heures du niatin. Le vent nous fut d'abord assez favorable et, dans l'espace de quatre à cinq heures, nous nous trouvâmes à la hauteur de la petite ville d'Ali, c'es!-à-dire, à environ quatre à cinq lieues du point de notre départ.

Ici, les vents qui nous avaient si bien servis semblent vouloir s'opposer à notre marche et bientôt nous deviennent si contraires que nous en sommes réduits à caiyuer notre voile et à fendre, à force de rames, une mer houleuse et de mauvaise humeur. A la hauteur de la petite ville de Hocca Lumara, nos matelots extéimés s'approchent du rivage le [)lus près possible et, à notre grande surprise, l'un d'eux saute à la mer et nage vers la rive. A peine eut-il gagné la terre, qu'au moyen d'une coi*de qu'il avait entrahîée avec lui, nous le vîmes attacher la barque à quatre énormes bœufs, chargés de suppléer ici au caprice du veut et à l'inutilité de la rame....

Après douze heures de marche, pendant lesquelles nous avons fait un peu plus de dix lieues, ce n'est qu'à la nuit close que nous gagnons la ville de Taormina. Pour comble de malheur, le bureau de santé est fermé : nous ne pouvons mettre pied à terre, ni rester dans le port, vu le peu de sûreté du refuge. La crique où nous nous jetons est à une lieue au delà... : nous sonnnes maintenant entre l'ancien port de Vénus et l'autel d'Apollon Archagétès'.

C/est, en effet, dans cet ancien port de Vénus que la baie de Taormina oITre son ancrage le plus assuré, ou plutôt son seul mouillage constant. La baie est

1. A. de (joui'billon, Voijagc critique à l'Etna, l. p. 281) cl suiv.

FIG. 7i. — DE MESSINE A TAORMI.NE

Pholog:i*avure d'après la carte marine ii» 5790.

L'ILE DU SOLEIL. :)7r»

l'oinprise entre le cap de ïaormine, au Nord, el le cap Schiso, au Sud. Autour du cap de Taormine, il existe bien quelques mouillages. Mais, encombrés de rochers et de hauts fonds, bordés de falaises menaçantes que couronnent les forteresses et guettes des indigènes, ces mouillages présentent aux navigateurs tous les risques et tous les dangers. Sur la plage sablonneuse de Giardini,qui fait suite, a il est encore dangereux de débarquer avec les vents d'Est », disent les

Fie. 75. — La baie de Taormine*.

Instructions. Les roches du cap Schiso offrent au contraire une station commode et couverte, el ce promontoire avancé est conforme, surtout, aux besoins des premiers navigateurs :

Le cap Schiso, bas et noir, a été formé pai- le plus ancien el le plus grand torrent de lave connu; il porte un vieux château el d'autres ruines : c'est remplacement de l'ancienne ville de Naxos. Son extrémité est bordée de roches. Mais, en dedans, à

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