V. BÉRARD. — II. 'ir
7M LKS PIIÉMCIENS ET L'ODYSSÉE.
Si la terre des Leslrygons, des Fuyards, des Sardes, voil la Fuite d'Ulysse, si la terres des Sirènes, des Enchanteresses, des Lieuses, voit son Enchaînement, voici que la terre du Soleil, la rive sicilienne, voit son Isolement^ son Abandon, Ulysse ne débarque en Sicile que pour obéir aux réclamations do ses hommes « <|ui le violentent puisqu'il est seul de son avis »,
E'jp'jÂoy' ^7^ [jLàXa 3/ [jls {3s,àw6Tc jjlojvov eovra. Le héros se promène dans Tile à Vécart, loin de tous ses compagnons :
L'aventure se termine par la perte de tout l'équipage. Ulysse reste seul, privé de tous ses compagnons. p]n somme, Tépisode ne fut imaginé qu'à seule fin de nous expliquer pourquoi, .s^îi/, Ulysse a survécu. Kirkè et Tirésias lui avaient bien prédit que ses compagnons périraient et que, seul, il pourrait échapper :
£«. OS x£ a"iv-/;ai, tots toî. TSxjJLa'lpoa' oXsôpov vr/1 ts xal STaooi;' ajTo; o' tl izip xîv àXiçr,^ O'ià xaxw; vsXai oAso-a; àîro TràvTa; eTa'lpo'j;'.
C'est en Sicile, SixsAia, que le héros perd ainsi tous ses compagnons et reste seul, orbus diraient les Latins, orphelin, op^pavés, diraient les Hellènes. Car les Latins et les Grecs emploient les mots orbus ei orphanosy orphelin, pour désigner lenfant privé de ses parents, les parents privés de leur enfant ou l'ami privé de son ami : op'^avo; Tcaiowv xal sTaipwv, dit Platon*. Dans les langues sémitiques, c'est la racine s.fc./, ^3^» qui désigne cette privation des parents, des fils ou des amis : dans l'Ecriture Sisttr, sekoul, et D^blD^» sikoulim, désignent l'état d*uu homme ou d'un pays abandonnés, quittés de tous. A tort ou à raison, le périple devait enseigner à notre poète que File des Sikèles était la terre de l'Abandon et de risolement, VOrphelinat. Nous ne savons pas si tel fut vraiment le sens primitif du mot Sikelia ou si nous n'avons ici qu'un calembour des thalassocrates phéniciens : sur la côte d'Italie, qui fait face, les Romains découvrirent que rhegium était la ville des rois, regum; il est possible que l'étymologie sémitique de sikelia ait été de même valeur. Mais le fait certain est qu'Ulysse revient seul de cette île de Vabandon :
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1(5-18 avril 1901*. — Giardini, au pied des monts de Taormine, n'est qu'une longue rue étirée entre la plage de sable et la pente abrupte des monts. Le che-
!. Odyss., XI, 112-114.