‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 233 sur 343 · De Foresla, Lettres sur la Sicile, I, p, 122 el suiv · texte numérisé non relu

De Foresla, Lettres sur la Sicile, I, p, 122 el suiv

I/ILK DU SOLEIL. 31»!

li'explicalion que notre voyageur nous donne du mot Tauro-menium n'a que la valeur d'un mauvais calembour. Elle doit pourtant nous arrêter, car les voyageurs et périples de tous les temps ont procédé par calembour. Avant la fondation de Tauromenium, la falaise portait le nom de Tauros, tôv X6»ov tov xaAoû- [xsvov TaGpov, et les Anciens lui gardèrent toujours ce nom : ils prétendirent que, pour avoir séjourné sur le Tauros, les fondateurs de la ville l'appelèrent Séjour du Tauros, Tauro-ménion, oia to [Aslvat. sttI tov TaJpov ïaupojjievicv wvouao'av'. C'est peut-être un jeu de mots tout semblable qui décida notre poèUî à mettre les troupeaux du Soleil sous cette Roche du Taureau, au long de celltî Plage du Fumier :

... £vOa o' sVav xaAal [ïos^ *'jp'j|jL£Tto7:o'..

Non loin des rives du Canlara, le Fiume Freddo roule tuuiullueusemeiil ses ondes sur un lit de rochers, de cailloux et de lave. Alimentées par les neiges de l'Etna, elles conservent une fraîcheur glaciale qui les rend, dit-on, très dangereuses à boire. Les pâtres ont grand soin d'éloigner leurs troupeaux des funestes rivages de ce petit fleuve... . Le pays de Mascali s'étend des rives du Fiume Freddo jusqu'au pied de la région moyenne de l'Etna et comprend onze quartiers ou paroisses. Les clochers, au milieu des vignobles, des jardins, des vergers et des prairies, forment un tableau aussi riche que pittoresque. Ici, d'immenses draperies de pampres tapissent le coteau; là, ce sont de vastes champs de pastèques et de melons. Les lianes grimpent au sonunet des sycomores. Ailleurs, vous apercevez comme une pépinière inextricable de jeunes peupliers . Approchez-vous-en, vos regards étonnés verront une [)lantation de chanvre dont les tiges vigoureuses s'élancent à plus de six pieds. Partout d'énormes mûriers d'Espagne ombragent les chemins, décorent les avenues, entourent les habitations, séparent les cultures. Un pasteur conduit-il près de vous son riche troupeau pour l'abreuver dans le courant d'une eau limpide? à l'aspect de ces grosses brebis noires, habillées dune épaisse toison, vous concevez fiicilement comment Ulysse, pour s'échapper de la caverne du Cyclope, put s'attacher sous le ventre d'un bélier*.

C'est en ce pays de l'Etna, près des eaux sacrées de l'Akis, que Théocrite fait chanter ses bouviers et ses bergers :

O'jo' Aïr/a; o-xoTcàv oOo' "Axioo; Upov -jotup''.

Nous sommes revenus vers la station de Giardini à travers les sables. Toute une flottille vient encore d'y chercher un refuge contre le vent du Nord qui fraîchit de plus en plus. La plage est encombrée de cargaisons que les matelots débarquent et que les indigènes viennent marchander. Aux temps odysséens, cette plage voyait déjà de pareils bazars temporaires. Non loin du village, un chargement d'amphores est à vendre. Dans la verdure de leurs orangers, de

t. Diod. Sic, XIV, 59.

*2. De Foresta, Lettres, rtc, I. p. Iti8.

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