Tlioocr., Idyl., I, 05 of OU
leurs cyprès et de leurs vergers, les Jardins, Giardini, méritent vraiment leur nom. Derrière la ligne de leurs maisons blanches, qui bordent les sables, la falaise de Taormine s'élance, abrupte : une autre ligne de maisons blanches et de remparts la couronne; d'autres montagnes plus hautes encore s'étagent par derrière, et le fond du paysage est fait du cùne régulier, à la pointe duquel la
petite ville de Mola perche ses créneaux, à 635 mètres d'altitude. Taormine est par excellence une « ville haute » des terriens : les Peuples de la mer, Arabes ou Français, parvinrent à s'en emparer quelquefois; mais jamais ils ne purent s'y maintenir. Aussi longtemps que les coi^saires et les (lottes ennemies ont rendu la mer et la plage dangereuses, Taormine est restée la ville, la forteresse, le lieu de culte et de marché. Aujourd'hui Giardini, grûce à la station du chemin de fer, renaît sur la plage et grandit de jour en jour. Taormine n'est plus qu'une ville morte : elle
vit de ses ruines, de son théâtre et des archéologues, touristes et autivs pèlerins de cimetières.
FiG. 85. — Giardini ol Taormine.
Fni. 8i. — Le fronton ilo Leucopetra.
De Giardini à Messine, la voie ferrée n'est qu'une successions de tunnels, de ponts ou de brusques passages au bord de la grève.
Poussée par le vent du Nord, la mer semble coulei" comme un fleuve entre les deux rives du détroit. Vue d'ici (c'est la vue que les premiers thalassocrates, arrivant au long de ce rivage sicilien, avaient devant les yeux), la côte italienne du détroit ressemble à un grand fronton régulier, dont la plus haute pointe est faite, au-dessus de Reggio, par les sommets de l'Aspromonte et dont les deux cornes reposent sur la mer à Leucopetra et à Scylla. A Leucopetra, la corne du Sud descend régulière jusqu'au ras du flot, à peine entaillée d'un léger ressaut par les falaises de la Pierre Blanche. A Scylla au contraire, la corne du Nord est brusquement cassée, coupée à pic, et l'on
KiG. 85. — L(î quai de Messine.
comprend mieux encore le nom de Pierre Coupée que les premiers navigateurs donnèrent à ce haut cap.
A Messine, sur le port ou dans la gare, on retrouve aussitôt les attelages de grands bœufs lents aux cornes recourbées : ce sont eux qui font ici presque tous les charrois. Ce port de Messine, avec sa forme en croissant ou en faucille, nous rend bien le Port (]reux du poète odysséen.
Les Hellènes l'ont appelé Messène par calembour, je crois. Ici, comme à Kume, ils inventèrent une légende de colonisation et une arrivée de Messéniens pour expliquer le vieux nom de Messana qu'ils ne comprenaient plus. Si nous connaissions le sens réel de ce vocable, peut-être verrions-nous qu'il n'est pas grec : comme le nom de Kume, Messana est peut-être Tun des termes, sémitique ou sicilien, du doublet dont le Porl Creux est le terme hellénique : Messana-Zanklon-Limen Glaphyros, peut-être ces tiois mots sont-ils synonymes. Mais, grec, sicilien ou sémiti- ([ue? je ne vois pas à quelle étymologie il faudrait rapporter ce premier nom de Messana, Entre Messine et le Phare, la côte presque droite est une grève accueillante au pied de col- Fu. 80. — La Giolta. lines lleuries : toute celte
banlieue de Messine est peuplée de villas. La pointe de la (Irotta et son dôme bien dégagé déterminent seulement deux courbes très ouvertes. La Grotta ollVe ainsi deux mouillages aux bateaux qui viennent du Nord et du Sud. Sur le côté Nord, la courbure plus prononcée et la plage plus basse purent avoir plus d'attrait pour les barques primitives qui, sans peine, se balaient sur cette grève comme sur la plage de Giardini. La Grotta n'a plus de caverne : les habitations d'un gros village ont entièrement recouvert le promontoire; mais une fontaine abondante sourd au bord de la mer.
Après la Grotta, la côte jusqu'au Phare est un peu moins peuplée. Les jardins
LKS PIIÉMCIK.NS KT L'ODVSSKK.
et les veiduirs, descendant jusqu'au bord de la mer, ne laissent qu'une étroite plage de sables où des troupeaux de cbèvres gambadent parmi les cliardons et les fleurs marines. Les arbres en fleurs, les pins et les figuiers arrivent parfois jusqu'à la vague. Il ne faut pas mettre en doute, je crois, Texactitude du renseignement que nous a transmis le poète odysséen. Les premiers navigateurs devaient signaler sur cette rive basse un grand liguier sauvage qui leur servait a reconnaître et à éviter Charybde. Ce liguier avait poussé à Texlrême lisière de la plage; ses branches s'avançaient au-dessus du flot :
TOV 0 STcpOV TXÔTTSÂOV '/ QajJLaXwTîfOV O'isi, 'Oo'JTTS'ji,
Tout le long des côtes italieimes ou provençales, nos marins ont de pareilles pointes du Figuier. Dans les parages d'Ithaque nous allons trouver un cap Agriosyko,
qui n'est qu'un autre cap du Figuier Sauvage ou, comme dit le poète odysséen, de l'Érineos.
A mesure que Ton approche du Phare et de la bouche du détroit, les collines côtières s'écarlenl un peu de la plage et laissent à leurs pieds une plus large bande de sables, de lagunes et de fourrés. Cette bande du rivage sicilien, voisine du cap Peloros, fut célèbre dans l'antiquité sous le nom dePelorias, On vantait sa fertilité et ses terrains de chasse et de pèche tout ensemble :
La Pelorias est unique par l:i qualité de son terrain, qui n'est jamais humide au point de devenir de la houe, et qui n'est jamais sec au point de s'efl^i'iter en poussière. A l'endroit où elle s'élargit et s'épand, elle contient trois lacs. Le premier est fort poissonneux, rien d'étonnant en cela. Mais le second est enclos de fourrés tellement épais qu'il nourrit dans ses taillis un gibier nond)reux : les chasseurs y parviennent à pied sec et y trouvent h la fois, double volupté, le plaisir de la pèche et le plaisir de la chasse, dnplicem pisccmdi venandiqne prœheal voluptatcm^.
Les compagnons d'I'lysse ne goûtent pas cette double volupté. Ils chassent et pèchent pourtant en cette Pelorias. Mais c'est par nécessité, non par plaisir, car toujours, dans le poème, les indications du périple deviennent matière à récils décourageants et lamentables. Ayant donc épuisé toutes leurs provisions, près de nnmrir de faim, nos gens ont du se livrer à la chasse et à la pêche :
xal OTj àypr,v scssttetxov cô^r^':tùoY:t^ àvà-^jocrj, lyO'j; opvi6à;T£, '^'lÀa^ o ti ysïpa; îxoiTO.
KiG. 87. — Los arbres en Ihuirs.