I. Soiiii. éd. Mominsi'ii. p. »Vi
Après la traversée du village de Ganzirri, nous avons longé la rive continentale des lacs. Puis, à travers les vignes et les vergers en fleurs, nous sommes montés sur les collines couvertes d'arbousiers, de chênes et de figuiers. Nous dominons la Pelorias. Sous nos pieds, le lac rond miroite dans son cadre de verdures profondes. Au delà, les maisons blanches du village de Faro bordent la plage de sables fins et le détroit, qui bouillonne de gavofali. En face, sur la rive italienne, se dresse escarpée, coupée à pic, la haute pierre de Scylla avec sa double ville de la plage et du sommet : ses maisons et sa forteresse semblent accrochées au flanc abrupt de FAspro-Monlc. D'ici encore, on vérifie la justesse de l'expression Pierre Coupée: ce promontoire est taillé à pic; sa façade marine semble rabotée, iztpiléTzr^ elxi^ïa. Et d'ici toute la côte italienne du détroit, entre Scylla et Leucopetra, présente encore le môme profil de fronton, dont le sommet couronne Rhegium et dont les deux cornes reposent sur la mer : la corne de Leucopetra descend régulière et droite jusqu'au niveau des flots; la corne de Scylla cassée, coupée, tombe brusquement dans la vague.
Le lac rond est couvert de barques qui pochent au filet. Ces eaux grouillent de vie : de la surface, jaillissent en éclairs les poissons qui sautent hors de Teau pour happer les insectes. Entre le lac rond et la mer, le village de Faro n'est qu'une longue ruelle de pauvres cases. Les hommes sont en mer ou sur le lac, en train de pécher. Des nuées d'enfants sortent de tous les coins pour nous oflrir des hirondelles vivantes. Cette pointe du Faro est un grand reposoir des oiseaux de passage. Les premiers thalassocrates avaient déjà noté peut-être cette abondance « de poissons et d'oiseaux qui tombent sous la main »,
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Le nouveau phare est construit à l'extrémité de la plage. Sa dernière plateforme offre une admirable vue sur l'entrée du déti'oit. Le temps est clair. Une faible brise souffle du Nord-Ouest. La mer Tyrrhénienne étincelle de petites vagues; mais sans houle, sans moutons, sans écume, cette grande mer s'étend calme et plate jusqu'au dernier horizon. Dans le détroit, au contraire, les flots contrariés dansent et chevauchent. Tout le long de la côte sicilienne, depuis le Phare jusqu'à la Grotte, de grands remous bouillonnent çà et là. La plage est bordée de bas-fonds et de roches submergées. Quelques têtes d'écueils apparaissent sous l'eau claire. Voici la roche basse, o-xotteXov yôajjLaXwTepov, sous laquelle gronde Charybde. Sa tête émerge à peine, à quelques mètres de la rive, dans le Sud du phare. Avant la construction de la grosse lanterne actuelle, cette tête de roche portait une tourelle de briques et un fanal. Sur la plage même, le flot vient mourir sans écume et sans bruit. C'est à une certaine distance de la terre, presque au milieu du passage, parmi les roches basses, que les remous sautent, écument et tourbillonnent « comme une marmite d'eau bouillante ». Cette comparaison odysséenne est la première qui vienne à l'esprit. S'il en fallait une autre, on devrait penser au véritable fleuve de vagues tour-
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iioyarilcs, qui signale rentrée cl la sortie de la marre dans le Morbihan : ce sont les mômes « courants de fondre », comme disent nos marins.
Un vapeur anglais renouvelle, sous nos yeux, à lentrée du détroit, la manœuvre que Kirkè recommandait à llysse. Ce vapeur, qui vient de Païenne, se rend à Malte, en relâchant a Messine. Il a suivi la cote Nord de Sicile jusqujà la hauteur du cap Peloro. Là, au lieu de tourner vers le Sud, pour enfiler le détroit, il a contiiuié sa route vers TKst comme s'il voulait aborder Scylla et la cote italienne :
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C/est à quelques encablures seulement des rochers de Scylla que, brusquement, il change de route. Côtoyant alors la rive italienne, il évite la région des (jarofali. Puis, coupant à nouveau le détroit, il revient à la côte de Sicile pour entrer dans le Port-Creux. Sur la mer calme, son sillage moiré dessine longtemps la courbe savante que le pilote a décrit autour des bouillonnements de Charybde. C'est la manœuvre d'Ulysse :
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Michelot, dans son Portulan, nous dit : « On appelle Fare de Messine un détroit ou canal de mer resserré par la côte de Calabre et par le prochain terrain de risie de Sicile; il n'a environ qu'une lieue de largeur; la côte de Calabre est fort haute,
[ol o£ o-jto ffxoTteÂo»." 6 |i.£v O'jpavov eOcÙv ixàvci et celle de Sicile fort basse en cet endroit*. »
[tOV o' £T£pOV <Tx67:£AOV y 9ajJLa AtOTSpOV 0*i£'., '00'Ja'<7£'J.]
J'ai souvent descendu ou remonté ce détroit de Messine pour me rendre au Levant ou pour en revenir, au début de l'été, en plein mois d'août ou même à la fin d'octobre. J'ai toujours vu la côte de Sicile ensoleillée, riante, et la côte de Calabre brumeuse, couvei'te de gros nuages noirs ou de longues pannes blanches. Aujourd'hui, de nouveau, il en est ainsi. La sortie méridionale du détroit, à partir de Messine, s'ouvre sur un grand ciel dégagé. A l'entrée septentrionale au contraire, tandis que la côte sicilienne est éclairée du môme soleil, sous le môme azur pommelé, la côte calabraise est chargée de nues et de pluie. La figure 88 (c'est une photographie que je n'ai pas faite ce jour-là; je l'ai achetée