Michelot, Portulan, p
I/ILE Dlî SOLKIL. 7m
à Messine) nous montre encore celte couronne de brouillards et de nuées audessus de Scylla. Le poète a raison de nous dire « qu'un noir nuage entoure constamment le sommet de la roche, sans que jamais, [durant toute la saison navigante], été ni automne, Tazur n'y vienne paraître ».
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XS'lvO'J £'/£'. XOp'J'^YiV O'Jt' £V 6£p£l O'Jt' £V O^Zbipr^.
Sur place, cette description odysséennc dépouille toute apparence légendaire; les détails les plus « poétiques » reprennent un air de vraisemblance. Il y reste quelques embellissements sans doute, quelques arrangements « littéraires », soit dans le choix des mots, soit dans la disposition des épisodes. Mais il y reste bien plus encore de vérité géographique, scientifique, précise. En un seul point, le poète semble tourner le dos à cette vérité : dans son récit, il ne maintient pas toujours les intervalles exacts, les distances réelles qui, sur le terrain, existent entre les différents théâtres d'une même aventure. Je reviendrai là-dessus quand je traiterai la Composition de rOdyssée. Ce détroit de Charybde, comme le détroit de Lestrygons, comme le détroit de Kalypso, nous montre bien que le poète n'a pas vu en place, de ses yeux vu les sites qu'il décrivait : il n'a pas franchi à la voile ou à la rame la distance qui séparait, par exemple, l'Ours du Puits, Perejil du Cap de la Vigne, ou le Port-Creux de l'Anse du Soleil. En ses vers donc les distances s'effacent et disparaissent, comme elles s'effacent aujourd'hui encore et disparaissent aux yeux d'un lecteur qui, pour connaître ces parages, prendrait, non pas « les chemins de la mer nébuleuse », mais les descriptions des Instructions nautiques. Comparez donc les vers odysséens, non pas directement à la réalité matérielle, à la réalité des choses môme, mais à la réalité décrite, à la réalité des livres et portulans : vous verrez qu'on ce Nostos d'Ulysse il n'est pas un détail entièrement imaginé, faux; les moindres expressions, quand nous pouvons les comprendre et quand nous avons quelque texte à quoi les comparer, redeviennent à nos yeux ce qu'elles étaient dans l'esprit du poète ou dans les oreilles de ses auditeurs, des expressions exactes, précises, techniques, et non pas des « tératologies » poétiques....
Le soleil s'est couché. Brusquement le crépuscule tombe. Nous revenons vers Messine au long du détroit qui peu à peu se couvre d'ombre. Les dernières lueurs du couchant incendient les nuages qui couronnent Scylla de leurs masses cuivrées. Nous rentrons à Messine « quand toutes les rues sont pleines d'ombre ». Sur le vaisseau, qui doit nous conduire à Lipari, nous dormirons dans le Port- Creux. Messine pour Ulysse était déjà le port du sommeil. Le sommeil tient une grande place dans cet épisode du Nostos, A peine arrivé au mouillage, l'équipage achécn s'est endormi :
Puis c'est riysse qui a succombé au sommeil, à l'heure môme où sa présence éveillée eût été le plus nécessaire pour empêcher le massacre des troupeaux sacrés. Mais les dieux versi>rent le sommeil sur les paupières du héros :
ol o' àpa [JLOI yA'jx'jv Gir^ov £7:1 ^AeipàpoiTiv eyeuav.
Notre poète aurait-il dans son périple rencontré quelque mot qui lui fit imaginer en ces parages ce rôle prépondérant du sommeil? Toutes les langues sémitiques ont le verbe ]V^, /. .v. n, pour signifier dormir : la forme piW se rencontre dans l'Écriture pour signifier faire dormir; le participe de cette forme nous donnerait ]W^)2, messan. Je soupçonne en celte dernière histoire du iVo^/o* quelque explication du mot Messana ou Messènè, toute semblable aux explications de Sikelia, Sardoi, Korsoi, etc., que nous avons rencontrées plus haut.
A mesure que Ton étudie plus minutieusement ce texte odysséen, il semble (|ue la broderie poétique y devienne plus légère, moins compacte, et que, par derrière, la trame solide et continue du périple réel transparaisse à de plus nombreux endroits. Bien avant Tarrivée des colons messéniens, le nom de Messana devait être attaché à ce Port Creux. La tradition voulait que la ville eût élé fondée d'abord par des pirates venus de Kume. Thucydide nous dit que celle première fondation avait été antérieure à la colonisation chalcidienne sur celte façade orientale de la Sicile : Z7^pi\r^ oï ty,v jjlsv àpyr^v aTîo K'jijlt,; Trj; èv 'O-ixia Xa).xi3',xf,; 7to).£(i); ).T,aTiov à'^txo[JL£VCi>v tùxivhr^ : jTrepov oe xal ino XaAxtôo^ xal Tr,<; àA)/f,; Eùêota; ttÀYjGo; sXOov çuyxaTsvstiJLavTO Tf,v y-r,v*. Nous savons que le poète odysséen connut celle Kume des Opiques sous le nom dTIypérie. Nous savons que des gens dlFypérie aux Vastes Campagnes, des Kuméens de Campanie, « fuyant les Kyklopes qui les Iracassaient » sont venus à la côte de Corfou fonder la ville d'Alkinoos. Entre Kume et la Phéacie, nous avons retrouvé quelques traces onomastiques ou légendaires qui, sur le contour des terres italiennes, nous gardaient, semble-t-il, un souvenir de ce passage des Phéaciens*. Messine dut être Tun des points principaux de cel itinéraire.
Nous voici maintenant au terme du Xostos, De Kalypso chez Alkinoos, du détroit de Gibraltar à Tenlrée de l'Adriatique, on voit que le récit d'Ulysse nous fournit cinq ou six grandes étapes. Il est à noter que la plupart de ces étapes sont à quelque porte de la Mer Occidentale : les Phéaciens gardent le Canal d'Otrante ; les Lotophages ouvrent le passage entre la Sicile et l'Afrique ; Charybde et Skylla veillent au Fare de Messine, les Sirènes aux Bouches de Capri. les Kyklopes au détroit de Nisida, les Lestrygons aux Bouches de Bonifacio et Kalypso aux Colonnes d'Hercule. Dans la mer redoutable, qui s'ouvre au delà d'Ithaque, le poète connaît en résumé sept grandes portes, qui toutes présen-