Instritct. nauL, u» 778, p. 17 et 6i
3. Geoy. Graec. Min., I, p. 91 ; cf. le preuiier volume de cet ouvrage, p. 259.
nous décrit. Il n'a pas vu, de ses yeux vu, Ithaque, — pas plus qu'il n'a vu la grotte du Kyklope, dans la mer occidentale, ni la plage, l'acropole et le sanctuaire de Pylos, sur la côte péloponésienne. Mais il avait devant les yeux ou dans la mémoire des textes scientifiques ou littéraires, Périples ou Nostoi, qui lui donnaient une description aussi exacte de cette Porte du Nord-Ouest que de la Porte de Sicile ou de la Porte des Lestrygons. Les Instructions nautiques nous disent :
Lorsqu'on vient du N.-O. pour faire le chenal d'Ithaque, on apercevra d'abord la haute terre de Sainte-Maure, puis le remarquable pâté blanc du promontoire de Leucate (cap Dukato), le morne élevé de la pointe Oxoi d'Ithaque et eofin la pointe Nord de Céphalonie, qui est relativement basse. Les navires sous voile n'entreront pas dans le chenal d'Ithaque sans un bon vent, car il y a trop de fond pour mouiller ; si le vent tombe, les courants sont incertains et quelquefois des grains d'une violence extrême tombent de la haute terre.
Nos Instructions sont faites pour nos marines qui, venant du Nord-Ouest, vont au Sud-Est, en passant de l'Adriatique dans les eaux grecques. On voit que, pour elles l'entrée du canal a aussi sa rive basse et sa rive haute : « quand on vient du N.-O », c'est l'extrémité méridionale de Leucade qui est la <t haute terre », et c'est la pointe Nord de Képhalonie qui est la terre relativement basse». Pour les marines primitives qui, naviguant en sens opposé, venaient du Sud-Est vers le Nord-Ouest, c'était la pointe méridionale de Képhalonie avec son mont Néro (1590 m.) qui était la terre haute, Saniè, et la terre a relativement basse », y9a[jLaXrp c'était Ithaque avec ses collines de deux à trois cents mètres (Partsch ne donne que 280 mètres au plateau de Marathia qui teruiine Ithaque dans le Sud). Consultez nos cartes. Vous verrez qu'à nos marins actuels, la « rive haute », la terre de Leucade, présente les 1200 mètres du mont Stavrotas, et que la « rive relativement basse », la terre de Képhalonie, offre des collines abruptes dépassant trois et quatre cents mètres (Partsch donne 120, 242, 318 et 618 mètres aux collines qui se succèdent, sans interruption, sur cette pointe Nord de Képhalonie). Les rapports et contrastes d'altitude sont, on le voit, les mômes de part et d'autre.
Ce sont les mots vers le zophos, Tcpo; Çoîpov, que je traduis par Nord-Ouest, J'ai donne plus haut les raisons de cette traduction, quand, dans l'épisode de Kirkè, nous avons expliqué « les maisons de l'Aurore* ». Nous savons que le poète divise son horizon en quatre demeures : Yaurore tient la façade entre le Nord et TEst; le soleil (nous disons le midi) tient la façade entre l'Est et le Sud; le couchant (le poète dit aussi Vérèbe) tient la façade entre le Sud et l'Ouest; le zopfios enfin, c'est-à-dire les ténèbres et l'ombre, «ixià, <jxoto;, occupe entre l'Ouest et le Nord la quatrième et dernière façade que jamais ne visite le soleil
\. Cf. plus haut, p. 201 et suiv.
(les vivants, çasTijiêpoTo^, mais que longe, par derrière les limites de nos terres, invisible à nos yeux, visible seulement pour les défunts, le soleil des morts. Le détroit entre Ithaque et Képhalonie est pour les navigateurs de ce temps la dernière porte du Nord-Ouest. Quand les gens de Pylos s'aventurent vers la région de Tombrc, vers le zophos, ils font le voyage que nous a décrit la Télémakhcia. Ayant d'abord côtoyé les plages boueuses de TÉlide, ils traversent, comme Télémaque, la porte de Zakynthos, le canal entre Zanteel le Péloponnèse : dans cette porte, le poêle nous a prévenus que les Iles Pointues sont un dangereux écueil. Puis ils gagnent le cap Monda, Textréme pointe méridionale de Ké|)halonie. Côtoyant ensuite la rive sud-orientale de Képhalonie, ils s'engagent dans le canal entre Samè et Ithaque. Mais, pour être à couvert des vents du Nord qui font rage en ce couloir, ils quittent bientôt la côte de Képhalonie et viennent caboter au long môme d'Ithaque. Cette île « basse » (par contraste avec Samè, rile haute) est donc, après Zante et Képhalonie, la dernière, Tcavj-cpTar/;, qu'ils rencontrent dans la mer, eiv àXl, vers le Nord-Ouest, Tipo; Çô'^ov* :
aÙTT, oè yOajjLaXr, •navJTispTàrr, elv àXl xs iTai -rtpo; Çocpov.
Les deux îles Samè et Ithaque ne forment pas seulement les deux montants de celte porte du Nord-Ouest : elles en offrent encore les deux reposoirs dans leurs deux villes nommées, elles aussi, Samc et Ithaque.
A l'entrée méridionale du détroit, la côte de Képhalonie est échancrée d'une double baie aux deux côtés du cap Dekalia : baie de Samos et baie d'Anti- Samos, disent nos cartes, et les Inslruclions nautiques ajoutent* :
Le cap Dekalia forme la côte Est de la baie de Samos; il est rocheux, escarpé et nu, et facilement reconnaissable à un petit pic remarquable qui le surmonte. Ce pic, élevé de 160 mètres, est partiellement couvert de buissons. Le cap forme avec la poinle S. Andréa, extrémité Sud d'Ithaque, l'entrée Sud du canal d'Ithaque, large de près de 2 milles, avec des rivages escarpés des deux côtés et de grands fonds.
1. Il est une aiilrc épithèle que le poète applique constamment à Ithaque et dont je ne tiens |%is compte. C'est eùôeteXoî;. Personne ne peut nous dire exactement ce que cette épiUiète signifie. Elle est appliquée h d'autres îles. Elle semble parfois être réservée aux îles, leur servir de caractéristique (Xlll, 254-'255, :
T, iroû x;; v/jîwv eùoeîeXo; r^é xiç àxrVî
Les lexicographes et commentateurs, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, ont proposé trois ou quatre traductions également acceptables, qu'Ebcling, dans son Lexicon Borner., nous énumèrc à la queue leu-leu :
1» bene conspicuus, illuslris, gui bene cemilur (xaôô vf^^ôç êtci- icîaai 5â at vfjdot ffvvxpivojievit ijireîpo'.; 6'j6Tj>kd'cepa 2-^ouji xà opia);
2" alii ad ^iCkr\ referentes de situ occidenlali interpretantur i
.V apricus, esse enim Se^eXov solis calorem;
4" denique Schreiber meridiem versus declivis atque minus asper, quod probat Volcker etsi nunc mutata sit insulae natura.
De toutes ces interprétations, s'il fallait choisir, je préférerais encore la seconde : geieXo; dans les poèmes homériques désigne le couchant. Ithaque est bien l'Ile du Couchant sur la porte du zophot. Mais cette explication me parait aussi peu certaine que les trois autres : elle est probable; les autres le sont aussi.