‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 241 sur 343 · II.K AT()K · texte numérisé non relu

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FIG. 91. — L,V VILLE d'iTHAQUE ET lA PORTE DU NORD-OUEST

Pliolo^ravure d'après la carte marine n*» ô'ilO.

Daskalio, etc., bien plus proches que Doulichion et, surtout, que Zakynthos. Ces trois grandes lies, en outre, ne sont pas au Nord-Ouest d'Ithaque, izpo^ wocpov : elles sont dans les deux « maisons » de l'aurore et du soleil,

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Pour employer une expression homérique qui nous est familière, elles ne sont pas derrière Ithaque, sur la route de l'ombre et (le la nuit : elles sont toutes devant Ithaque, sur la route de la lumière et du jour. Mais les unes sont dans la partie droite du devant^ au soleil, au midi; les autres sont dans la partie gauche, à l'aurore, à l'Est. Nous avons retrouvé deux de ces îles, Samè et Zakynthos. Ces deux-là sont au midi, au soleil d'Ithaque, izpo^ y.O.iov. Reste à découvrir la troisième, Doulichion, qui, seule par conséquent, peut et doit se retrouver dans la maison de l'aurore, ttoo; TjW, c'est-h-dire entre le Nord et l'Est.

Les Anciens déjà hésitaient sur le site véritable de cette « Ile Longue », Doulichion, SoyXtyoç, SoXt^o; : les marins de l'époque classique ne fréquentaient plus cette île odysséenne ou lui donnaient un autre nom; les géographes cherchèrent Doulichion dans tout le voisinage d'Ithaque. Les Modernes n'ont fait que reprendre les hypothèses des Anciens.

Parmi ces hypothèses, il en est une que nous écarterons tout d'abord. Sous prétexte qu'en face d'Ithaque et de Port Polis, la côte septentrionale de Képhalonie a un lieu dit Douliko, certains Modernes ont remis en vogue une théorie énoncée par Strabon, qui la rapportait à Hellanikos*. Profondément entamée par de longs golfes qui se font face, presque traversée de part en part, Képhalonie, disent-ils, est une double ile, une paire d'îles plutôt qu'une île unique : nos vieux géographes parlent souvent des deux Képhalonies. A l'époque homérique, Samè et Doulichion seraient celte double Képhalonie : Samè serait la Képhalonie du Sud-Est, autour de la baie et de la plaine de Samos; Doulichion serait la Képhalonie du Nord-Ouest, la longue presqu'île où, nous trouvons aujourd'hui le lieu dit Douliko.

Il suffit, je crois, d'exposer cette théorie pour en voir les incompatibilités avec le texte homérique, d'une part, avec les réalités géographiques de l'autre. Le texte nous apprend que Doulichion doit ôtre à Vaurore d'Ithaque, c'est-à-dire entre le Nord et l'Est : la presqu'île de Képhalonie est juste à l'opposé, non pas devant Ithaque, mais derrière, non pas à l'aurore ou au soleil, mais au couchant et même au zophos. Dans la réalité homérique, comme dans la réalité de tous les temps, Képhalonie ne pouvait pas être une double ile : les naviga-

i. Slrab., X, i56. Cf. Partsch, Kephallenia, p. 46.

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leurs, parlant des deux Képhaloiiies, entendonl la Grande el la Petite*, Ithaque et SainiS dirait le poiMe homérique. Les géographes, quand ils ont une carie sous les yeux, peuvent bien voir ces golfes profonds qui, des deux paris, pénè- Irent Tîle el semblent vouloir se rejoindre pour la couper en deux. Mais sur la mer, non plus sur la carie, les navigateurs ont une vue toule difTércnte, une vue exactement contraire. Sur la mer, Képhalonie borde le canal de sa haute chaîne continue. Le mont Kéro, de ses seize cents mètres, domine Textrémilé méridionale; les collines septentrionales de Douliko, plus basses, dépassent encore trois cents mètres. Dans Pintervalle, le navigateur, loin d'apercevoir une coupure, ne voit au contraire qu'un front de muraille abrupte, s'abaissanl régulièrement mais continûment. Partout, au long de ce rempart, la mer sans fond borde la côte escarpée. En un seul point, autour de la baie de Samos, les navigateurs aperçoivent une plaine et, dominant cette plaine, la ville dont les premiers thalassocrates appliquaient le nom à File tout entière : Samè. Mais celle plaine, profonde de quelques cents mètres seulement, est encore cerclée des mêmes montagnes abruptes. Elle ne s'étend pas d'une mer à Tautre, par le travers de l'Ile. Elle forme, non pas un isthuie, mais un cirque. Ce n'est pas une coupure ni môme une fente : ce n'est qu'un simple coude de la barrière montagneuse. Doulichion ne saurait donc être Képhalonie.

Autre théorie: au N.-N.-E. d'Ithaque, l'ile que les Anciens nommaient Leukas, les Vénitiens Santa Maura, et que nous appelons indifTéremment Leucade ou Sainte-Maure, darde vers Ithaque une longue pointe; parmi les premiers navigateurs, celte pointe aurait porté le nom de Doulichion. Cette seconde hypothèse, émise elle aussi dès l'antiquilé, reprise elle aussi par les Modernes, ne me semble pas moins inacceptable. Leucade, je crois, ne peut pas être l'Ile Longue du poète pour la bonne raisoa qu'aux temps homériques elle n'était pas une île; aujourd'hui encore, nous ne pouvons lui donner le nom d'île que par une singulière liberté de langage. Le vieux périple de Skylax a raison de nous dire que Leucade est une presqu'île, àx-rf, xal TtoXi? Asuxà;, qui lient à l'Acarnanie et s'avance dans la mer jusqu'au Promontoire Blanc, au cap Leucade, sur le canal d'Ithaque : ajTXj àvsysi st^I tov As'jxà-ûav, o sotiv àxpwrrlciov

Sur leurs caries, en effet, les marins nous montrent exactement ce qu'est Leucade, — non pas une île, mais un promontoire de la côte acarnanienne. Toule cette côte d'Acarnanie, entre le golfe d'Aria au Nord el les embouchures de l'Achélôos (Aspro-Polamo) au Sud, présente le même aspect el la même

1. (^f. Michelot, Portulan, p. 545 ot suiv. : a Avant do sortir du raiial des doux Céplialoiiies, du côlé du Sud de la Grande, il y a une vaste rade. La petite Céplialonie met toute la rade à couverl (c'est notre rade de Sanios) ; on y fait de l'eau sur le cftté Sud, où on trouve une fontaine au boni de la iner : il faut prendre garde aux bandits. Liste de la petite Céphalonie est à deux lieues de la grande : on y trouve un port nommé Itaquc. »

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