Airien, Indic, il ; Gcog. Grâce. Min., I
FIG. 93. — AMAXIKI ET LFAîKAS
Pliotogi'axTire de la carie marine n<* 3297.
Irois pieds et sa largeur de quelques mètres : les Hellènes, en ces dernières années, se remettant à l'œuvre, l'ont amené, avec grand'peine, à trois mètres de profondeur.
Au bord de leur fossé, les colons corinthiens installèrent leur ville sur les premières collines insulaires, entre deux vallées d'olivettes, auprès de sources abondantes. La capitale actuelle, Santa Maura des Vénitiens, Amaxiki des Grecs, n'occupe pas le site de la ville antique. Nous retrouvons ici encore l'alternance des capitales insulaires que nous avons signalée partout. Ici, les deux capitales successives répondirent pourtant aux mômes besoins. C'étaient moins des villes de navigateurs, de rameurs, que des villes de colons, de cham^eiiersy amaxa, amaxikè. Toutes deux s'établirent à portée de la mer, mais non sur le rivage. Toutes deux, dans la grande plaine de l'île, parmi les champs et les olivettes, vécurent ou vivent de la vente de leurs produits agricoles, non pas de la navigation. Toutes deux, pour la commodité de ce commerce, creusèrent un canal permettant à leurs propres barques d'atteindre la mer libre ou aux embarcations des navigateurs de remonter jusqu'à leurs agoras. Mais toutes deux restèrent des villes isthmiques, continentales, bien plutôt que des ports.
La seule difiérence entre leurs deux sites tint à la différence de leurs temps et de leurs thalassocraties. Sainte-Maure vénitienne s'est fondée aussi près que possible de la rade septentrionale, parce que les thalassocrates lui venaient et lui viennent encore du Nord, de l'Adriatique, de Corfou. Leukas dorienne* s'était fondée aussi près que possible du port méridional, parce que les thalassocrates venaient alors du Sud, des mers grecques, de Corinthe. Leukas avait juché son acropole et ses murailles sur une haute butte, d'où elle faisait front aux Barbares de la côte opposée : Sainte-Maure, établie dans la plaine, eut soin de construire une citadelle en travers de l'épi de sable qui lui amenait les incursions des terriens*. Leukas, sous ses murs ou même à l'intérieur, avait sans doute un port, des quais, des bassins et des entrepôts bâtis de main d'homme, — comme Sainte-Maure aujourd'hui. Leukas pouvait avoir son avant-port sur la mer du Sud, comme Sainte-Maure a son avant-port à la côte septentrionale. Leukas avait aussi creusé un canal de communication directe entre son port intérieur et l'ancrage forain, pour permettre aux grands bateaux de monter jusqu'à elle : par les dernières corrections de nos cartes marines, nous voyons comment
1. Los ruines de Leukas sont indiquées sur notre carte marine : à 121 mètres d'altitude, sur la rive insulaire du chenal, elles font- face à la moderne Palco-Khalia.
2. Cf. Bellin, Descript. du Golphe de Venise, p. 157 et suiv. : Celte isle est l'ancienne Leucade. Les Grecs modernes l'appellent encore I^cucada et n'appellent proprement Sainte-Maure que la citadelle où il y a une église de ce nom. La^ situation de cette forteresse est singulière, étant entourée d'eau de tous les cotes et assez bien fortifiée. Mais ce qui contribue à sa sûreté, c'est qu'on n'y peut aborder que par de petits bateaux plats, qui ne tirent qu'un pied d'eau, que les Grecs appellent monnxyla : ils sont faits d'un tronc d'arbre creusé. Celte isle a été successivement sous la domination des Vénitiens et sous celle des Turcs. Ensuite, elle devint une retraite de scélérats odieux à toute la chrétienté par leurs brigandages [cf. les Taphiens de VOdyssée]. En 1G84, les Vénitiens résolurent de détruire ces corsaires et ils y réussirent en se rendant maîtres de l'ile et de la forteresse, qu'ils ont gardée depuis.
les Grecs aujourd'hui ont, depuis Ainaxiki jusqu'à la mer libre, creusé un canal qui a 7 mètres de profondeur dans Tavant-port et 5 mètres aux quais de la ville. Mais nous voyons aussi qu'avec toutes les ressources de nos ingénieurs modernes, les Giecs n'ont pas encore réussi à creuser, en travers de l'isthme tout entier, de la rade du Nord au port méridional, un véritable passage de navigation : ils se sont contentés d'approfondir un peu le chenal boueux des Anglais, le draguant à trois mètres de fond.
La lopologie de Leukas, comme la topologie de Sainte-Maure, ne se peut donc expliquer que si les colons corinthiens trouvèrent ici les mêmes conditions déjà que les colons vénitiens, la même lagune sans profondeur, le môme isthme marécageux, la môme interruption entre la mer du Nord et la mer du Sud, la môme continuité entre la masse insulaire et la rive continentale. Le nom que les colons corinthiens donnèrent à leur ville nous est un nouvel indice.
Les colons doriens appelèrent leur ville la Blanche, Leukas. Les Anciens ajoutent que ce nom, emprunté d'un autre site, fut sans raison appliqué par les Doriens à leur site nouveau. Les premiers navigateurs, en efl'et, n'avaient doimé le nom de Blanche qu'à la Pierre qui termine la pointe extrême de cette même « île » sur la mer méridionale, sur la porte homérique du Nord-Ouest, en face d'Ithaque et de Képhalonie. Les Instructions nous décrivent « le remarquable pâté blanc » de ce promontoire Leukatasy dont un beau calembour italien a fait aujourd'hui le capDiikato. Strabon nous dit : « iei/Aas était d'alwrd la Pierre Blanche, le Cap Leukatas. La pierre mérite vraiment ce nom par sa couleur, TtsTpa yàp Itzi Xs'jxtj tyjV ypoav. On transpoi'ta plus tard le nom à la ville*. » De la Pierre, en effet, il est probable que le nom fut étendue à la région voisine, puis à l'île tout entière. Les colons corinthiens, survenant, donnèrent à leur ville nouvelle le nom de l'île dont elle devenait la capitale. Ce sont là opérations onomastiques qui nous sont familières : nous savons comment la plupart des îles grecques prennent le nom de leur capitale ou inversement. Sans même sortir de nos îles odysséennes, nous voyons comment, à l'époque homérique, les vocables Zakynthosy Ithaque et i^amè sont tout à la fois les noms des îles et des villes. Mais la comparaison même avec Zakynthos, Ithaque et Samù, peut nous apprendre quelque chose de plus sur la date et l'origine de notre nom Leukas.
Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, à travers les changements de conquêtes et de civilisations, ces noms insulaires eurent des sorts très différents : Zakynthos est toujours le nom de l'île et de sa capitale; Samè (ou son équivalent grec Képhalonie) et Ithaque ne sont plus que les noms des deux îles qui, pour capitales modernes, ont l'une Argostoli, l'autre Port Vathy. Cette différence de destinées onomastiques nous est expliquée par les différences des sites. X travers