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Sirabon, X

rembouchure de rAchcIoos, parmi les Échinades, et que le royaume des Taphiens est Tune ou l'ensemble des îles qui surgissent un peu plus au Nord, au-devant de Port Drepano, entre Leucade et TAcarnanie (aujourd'hui, nous appelons ces dernières îles Meganisi, Kalomo et Kastos). La décision de Strabon est généralement admise par les Modernes : Partsch et Oberhiimmer, en particulier, ne mettent pas en doute que Meganisi soit l'ancienne Taphos. Je ne puis partager cette opinion. Je vois bien les raisons ou les apparences déraisons qui décidèrent le choix du géographe ancien. Mais j'aperçois plus clairement encore les incompatibilités entre cette théorie de Strabon et le texte homérique.

Strabon décide que Doulichion est parmi les îles Échinades parce que, de son temps, les marins connaissent dans cet archipel côtier un îlot nommé Dolicha, wv t6 ts AowXiy lov èari • xaXouat 3è vGv AoXiyav. C'est pour une raison toute pareille que le môme Strabon retrouvait déjà parmi les mômes Échinades les Iles Pointues de la Télémakheia : ces Iles Pointues, que le Poêle nomme Nèsoi Thoaiy dit Strabon. sont les Iles Oxeiai des géographes plus récents; car oxeiai et thoai sont termes synonymes. Nous savons que cette dernière hypothèse de Strabon est tout à fait fantaisiste. Nous avons retrouvé les véritables Iles Pointues, les Roches Montagne, sur la route maritime que Télémaque et les navigateurs suivent réellement entre l'Elide et Ithaque, dans le canal de Zante. L'erreur du géographe au sujet de l'île Longue me paraît aussi évidente.

Les cartes de nos marins connaissent encore parmi ces îles de l'Achélôos, Vile Large, Petala, Ylle Pointue, Oxia, et Ylle Longue, Makri. Mais Large, Pointue ou Longue, toutes ces îles Échinades ne sont que de pauvres rochers. Strabon nous le disait déjà : toutes sont rocheuses et stériles, Tradat, Xuirpal xaï Tpa'^sïai, Ouvrez les Instructions nautiques :

L'île de Petala, longue de 2 milles |, haute de 260 mètres en son milieu, rocheuse et stérile, est séparée des plateaux et des marais du continent par un chenal êlroil, n'offrant passage qu'à un canot. Sa côte Ouest est irrégulière, accore et rocheuse. Devant son exlrémité Nord gît le rocher Shag et plus loin, dans le N.-N.-E.,le haut-fond signalé plus haut.

L'île Makri a 2 milles de longueur du N.-O. au S.-K., 3 encablures environ comme plus grande largeur; elle est montagneuse, haute de 127 mètres et cultivée. A environ 1 encablure dans l'Est de son extrémité Sud, gît l'îlot Kunelli, de roche, accore, haut de 30 mètres et long d'environ | de mille. L'eau est profonde autour de ces deux dernières îles, dont on peut s'approcher à distance raisonnable.

L'île Oxia a près de 2 milles J de longueur du Nord au Sud; sa forme est irréguliêre, car elle est coupée en son milieu par un isthme baigné par une baie des deux côtés. Cette île se reconnaît facilement à son aspect sauvage et accidenté et, de plus, elle parait coupée en deux parties ; celle du Nord, de beaucoup la plus haute, est formée par un pic élevé de i26 mètres, presque aussi haut que le mont Kutzulari. Sur le côté Nord de l'île, se trouve une petite baie, profonde de i de mille avec une plage, offrant mouillage aux caboteurs par 20 mètres d'eau. L'île Oxia, habitée seulement par des bergers, est accore tout autour, et séparée du continent par un chenal profond, large de ^ milUî.

i58 LKS PIIÉMCIENS ET L'ODYSSÉE.

Ces Iles rochcusos et sauvages sont, comme on voit, incapables de nourrir une nombreuse population agricole : quelques troupeaux dans Oxia, quelques champs dans Makri et le désert dans Petala, voilà tout ce qu elles peuvent offrir. Or, la Doulichion odysséenne est une terre de culture et d'élevage : elle est « riche en froment », izolÙTZ'jpo^; elle est « herbue » Tzovr^ti^. I^s gens de Doulichion vivent de leurs terres et non de leurs vaisseaux. Ils n'ont pas dû partir à la croisade avec Ulysse. Mais, restés chez eux pendant que les marins du royaume s'en allaient à Troie, ils ont pu fournir cinquante-deux beaux fils à la troupe des prétendants. Samè n'en a fourni que vingt-quatre, Zakynthos vingt, et Ithaque elle-même douze : ces trois îles de navigateurs avaient envoyé leui-s princes à l'armée dTlysse'; Doulichion avait gardé les siens pour ces galantes aventures.

Parmi les autres îles qui entourent Ithaque à Vanrore, dans le golfe acarnanien, il en est qui ressemblent aux Kchinades par leur stérilité* :

ï/île Arkoudi est séparée de la pointe Lipso par un passage large de 2 milles J, ol de l'extrémité iNord dlthnque par un passage large de 5 milles. Elle a près de Î2 milles de longueur du Nord au Sud, i mille de largeur et 137) mètres d'élévation dans sa partie Ouest. Klle s'abaisse dans sa partie Ksi. Les rivages sont rocheux et accores, mais une roche noyée se trouve, dit-on, à environ 2 encablures devant sa pointe S.-E. L'ile a du pâturage pour quelques chèvres.

D autres moins désolées nourrissent quelques troupeaux :

L'Ile Atoko, de forme triangulaire et accore tout autour, a 2 milles de longueur du N.-E. au S.-O. et i mille \ comme plus grande largeur, dans sa partie S.-O., où l'un des trois pics qui s'y trouvent atteint 504 mètres d'élévation. Cette île est couverte de buissons et cultivée çà et là. Des chèvres et des moutons y trouvent un excellent pâturage. Sur la côte S.-E., il y a une baie avec un puits d'eau et une petite église. On rencontre sur la plage beaucoup de corail brisé.

D'autres enfin ont un peu de vignes et quelques champs bien cultivés :

L'île Kalonio a C milles de longueur du N.-E. au S.-O. et une largeur maxima de 2 milles J ; mais à i mille \ de son extrémité Sud, elle est presque coupée en deux parties par un isthme étroit. La partie du Nord, de forme ovale, est traversée dans toute sa longueur par une chaîne de montagnes s'élevant, dans sa partie centrale, à 600 mètres au-dessus de la mer. La partie située au Sud de l'isthme n'est haute que de 200 mètres. La côte est escarpée et accore tout autour, si l'on excepte un pâté de

\. Dans le Calalojriic dos Vaisseaux Ihad., ïï, eîrMMO). il est question de Mépès qui commande les quarante vaisseaux * venus de Doulichion et des Écljinades sacrées »,

.... €x AouXiyîoio 'E/iviwv 6' lEpiwv,

tandis qu Tlysse commande les douze vaisseaux de Képhallènie, d'îlhaque, de Krokyleia, dWipilips. de

Zakynthos, de Samos, etc. Tout ce passag:e est sûrement apocryphe : il n'en faut tenir aucun compte.

Dans toute VOdynsée, Ulysse est roi de Doulichion aussi bien que de Samè, de Zakynthos et d'Ithaque.

2. Toutes les citations suivantes sont empruntées aux Inslnictioiis nautiques, n* 778, p. 55 et suiv.

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T aK J« *^ '^*' '^^

KIG. 9i. — L ILK LONGUE

Pliologravure de la carte marine n" 3297.

b"\b qui gîl à loucher le coude N.-O. de l'ile et un pâté de 9 mètres, un peu plus dans rtst. L'ile est cultivée et produit d'excellent vin. La ville de Kalomo se trouve sur sa côte Est ; un môle, en dedans duquel il y a 5'",5 d'eau, abrite commodément les petits navires.

L'île Kastos, étroile, boisée, bien cultivée, a 4 milles de longueur, une côte irréguliére et 106 mètres de hauteur à son extrémité Nord. Il y a un petit village sur l'île, qui est peu habitée. Sur sa côte Ouest, se trouve une petite crique s'avançant de 3 encablures dans les terres, ouverte au Nord, avec un rocher découvert au milieu de l'entrée, en dedans de laquelle les petits caboteurs mouillent par 5", 5 d'eau. Dans l'Est de l'entrée, il y a un moulin.

Mais, cultivées ou désertes, aucune de ces lies ne peut encore mériter les épithèles homériques « riches en froment », iroXtiTîupo;, et « herbue », iroi'/isi;, — aucune, sauf pourtant la dernière, Meganisi, rile Grande :

L'île Meganisi a une forme très irrégulière. Sa partie principale a 3 milles f de longueur de l'E.-N.-E. à l'O.-S.-O. et une largeur moyenne de 2 milles; mais, à son extrémité S.-O., une bande de terre, longue et étroite, qui s'avance à près de 4 milles dans le S.-E.-q.-E., va se terminer au cap Kephali et forme avec la partie principale de l'île une baie profonde. L'île est couverte de collines, avec des vallées cultivées; les collines ont environ 140 mètres d'élévation dans la partie N.-E., 265 mètres dans la partie S.-O. et une centaine de mètres dans la partie centrale. Sur les côtes Nord et N.-E., il y a plusieurs criques profondes, bonnes pour les caboteurs. Les deux points princi[)aux sont les ports de Spiglia et de Vathy, au fond desquels se trouvent les villages de Spartokori et de Vathy; il y a sur le côté S.-E. un autre village qui contient un millier d'habitants. L'eau est rare.

L'ile Kithro a 1 mille de longueur, 4 encablures dans sa plus grande largeur et une élévation de 91 mètres. Sa côte est irrégulière, accore et entourée par un banc, qui s'avance à { de mille devant sa pointe Ouest, et sur lequel on a des fonds de 9 à 30 mètres. L'île produit un peu de blé.

Cette page des hislructiois nautiques nous montre bien, je crois, que cette Ile Grande est, en réalité, une Ile Longue. Sur la carte marine, on aperçoit mieux encore « cette bande de terre longue et étroite, qui s'avance à près de i milles dans le Sud-Est ». S'il est une terre qui mérite Tépithète dolichos, ookv/oq, — la mônic épilhète que la lance homérique, — c'est assurément celle-là, grâce au long bras dont elle est pourvue. Sur la carte marine aussi, l'on peut voir que Meganisi, comme Tilc Kithro, est une terre à blé. A la différence des autres roches que nous venons de passer en revue, Meganisi n'est pas encombrée de montagnes abruptes. Doucement ondulée de collines sans raideur et de vallées bien ouvertes, Meganisi offre vraiment de grandes étendues cultivables. La carte nous montre les vallées carrelées de cultures, autour des villages Vathy et Spartokhori, et le nom môme de ce dernier village, le Bourg des Moissons, nous en dépeint la situation au bord des terres ensemencées. Les blés de Meganisi ou de Kalomo, sa voisine, ont toujours été réputés parmi les insu-

laircs. Dodwell pense que les blés de Kalonio sont < les plus beaux du inonde ». Mais Leake donne la préférence aux blés de Meganisi^

Voilà, je crois, la Doulichion Iioméri(iue. Slrabon et la plupart des géographes y veulent reconnaître l'île des Tapbiens. Apte à noin*rir une population agricole, Meganisi nie semble mal située pour servir au commerce ou aux pirateries de ces navigateurs célèbres que sont les Tapbiens de V Odyssée. Les Tapbiens* vivent de la rame, çOvTipeTjjiot. Ils sont corsaires, ÀrjtoToos; àvops;. Mais ils sont convoyeurs aussi, et convoyeurs de matières premières; ils vont cbcrcher à Témésa du cuivre et ils y portent du fer :

è; TsjjLSo-yiV [leTa yaAxov àycu 5' aïOwva ^toTjpov.

\^\\ pareil métier implique un certain genre d'établissement. A cette époque, les communautés commei^'antes s'installent soit aux détroits, soit aux liouches des fleuves. L'Acbéloos est le plus grand fleuve de la Grèce. Sa longue vallée ouvre un cbemin commode jusqu'au cœur des montagnes. Cette vallée fut toujours la voie du commerce entre les gens de la mer et les paysans ou pâtres de rinlcrieur. Aujourd'bui, c'est Missolongbi, en face de Patras, qui détourne vers l'Est tout le trafic de cette vallée. J'imagine qu'aux temps homériques dt^à, l'Achélôos devait avoir son port, son grand port. A la mode de ces temps, ce port pouvait et devait être quelque Tyr, Milet, Syracuse ou Marseille, je veux dire quelque îlot cotier, dont les thalassocrates avaient fait une ville bien bâtie,

OÎ X£ TC^tV Xal VTTOV èuXTLUlSVTiV èxàjxovTo'^.

En face des boucbes de l'Acbélôos, parmi les îles Écbinades, les Insiruclions nous signalent l'île Dragonière, Dragonara :

Dragonara, la plus grande du groupe, avec l mille -J de longueur, i57 mètres d'élévation et des bords irrêguliere et accores, est bien plantée d'oliviers et forme à son extrémité N.-O. une petite anse pour les bateaux. Elle forme, avec l'Ilot Kaloyero, le côté Sud de l'entrée Nord de la baie de Dragamesti.

Dragonara dans la mer fait face à deux ou trois mouillages continentaux que nos marines fréquentent aujourd'hui en ces bouches occidentales de TAcbéloos. Au rebord du delta, en dehors des alluvions, ces mouillages se creusent et s'abritent entre les promontoires rocheux d'anciennes îles soudées aujourd'hui à la cote :

Dans le S.-S.-E. de la baie de Dragamesti, et protégé dans l'Ouest par les îles Échinades, on rencontre le port de Platea, commode, enfoncé dans les terres et ouvert au

1. DodweU, Classical Tour, I, p. 61 : • Kulomo, wliich is llie next in size, is weU peopled and cultivatcd, and produces thc linest flour perhaps in the woi Id, wliicli is sent lo Corfu and sold es a luxun-. Near it, is liie smaU island of Arkodi, wliich produces corn and a few shecp, but lias no tiied iiihabitanls. D

2. Les Anciens assimilent ces Tapinens aiix Télélwcns; mais le poète odysséen ne connaît que les Taptiiens et je ne parlerai de ceux-ci que d'après le poète odysséen.

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