Inslruct. naut., n» 778, p
2. Cf. là-dessus tout le chapitre d'Obeiiiûmmer, Akarnanien, p. -47 et suiv. 5. Fstym. Magn.^ s. v. Tdtoioi.
maints souvenirs du passage ou de rétablissement des Phéniciens. Son étude, Phoeniziev in Akarnanien, couiienl plusieurs remarques intéressantes, mais, à mon gré, peu ou pas de preuves certaines. Les cultes n'ont ici ni pratiques ni invocations indiscutablement sémitiques. Les noms de lieux n'offrent aucun doublet sémito-grec. Le seul nom de Taphos peut-être mériterait une attention minutieuse.
Ce nom insulaire, s'il n'est pas grec, peut rentrer dans la classe des Paros, Paxos, Pharos, Naxos, Kasos et autres noms insulaires dont le sens nous est expliqué par une étymologie sémitique. Si Taphos n'est pas grec, s'il ne veut pas dire 17/^' du Tombeau (et je croirais volontiers que le tombeau, Taspo;, grec n'a rien à voir ici), je ne vois qu'une racine sémitique où le rapporter, c'est aaï, t.b.b.y qui signifie ramper et dont un dérivé ay, lab, désigne un genre de reptile, crocodile ou dragon, à demi fabuleux. La transcription grecque de iah en tapli-os serait conforme à tous les exemples que nous avons rencontrés : le a? initial de ce mot est rendu par les Arabes en un dad, d'où la dentale, et non la sifflante, que les Hellènes ont employée; quant à l'équivalence 3 = ^^, elle est d'usage courant, — sans compter qu'un calembour populaire put incliner le tab, dragon, des Phéniciens vers le taphos, tombeau, des Hellènes. Dès la première antiquité, Taphos, l'île Dragonière de nos marines, aurait été Vile du Dragon.
Pour nous expliquer la pei'sistance de ce nom à travers les âges, je crois que le vocable grec. Echinas, dont les Hellènes, entre les Phéniciens et nos matelots, saluèrent cette môme île, n'était qu'un équivalent, un synonyme de Taphos et de Dragonara. Notre Dragonière fut pour les Hellènes une des Échinadesj 'Eyivàos;, ou Échines, 'Eylvat,une des Iles des Seiyents ou des Dragons: ï/iç, vipère, eyvova, vipèi^e et dragon fabuleux; Échion^ est l'un des géants kadméens, l'un des Spartes, nés des dents du dragon.
Si l'on adopte les sites que je propose pour Taphos et pour Doulichion, on comprendra sans peine tous les passages de VOdyssée qui font mention de ces deux îles.
Ulysse règne sur Zakynthos, Samè, Ithaque et DouHchion. Le poète cite les Quatre Iles de ce Royaume-Uni. Le royaume comprend d'autres îlots (nous étudierons par la suite l'îlot Astéris entre Ithaque et Samè). Mais le poète connaît surtout les quatre grandes îles, qui, seules, ont une population fixe et qui, toutes quatre d'ailleurs, doivent leur renommée à leur môme situation bordière de détroits. Car Doulichion, elle aussi, borde un chenal. Nos Instructions nautiques consacrent encore de longues pages à ce chenal de Meganisi qui
1. Cf. Roscher, Lexic. Myth,, s. v. Kchidna et Echion-Echitios.
féi.'.yi'tf
permet aux navires de passer entre la rive orientale de Leucade et notre lie Longue, pour pénétrer jusqu'au fond du golfe acarnanien dans le Port Drepano. Ce chenal de Meganisi n'a pas aux temps odysséens Timportance internationale, — nous dirions aujourd'hui : mondiale — des autres chenaux de Zante, d'Ithaque ou de la Pierre Blanche : ce n'est pas la route des thalassocrates entre le Levant achéen et le Couchant barbare. Mais ce passage doit grandement servir encore aux barques indigènes pour rayonner des ports et entrepôts d'Ithaque vers les champs et la clientèle de la terre ferme.
Doulichion figure dans l'une de nos histoires odysséennes*. Ulysse chez Eumée, avant de se faire reconnaître, raconte une histoire de naufrages et de brigands dans laquelle des marins thesprotes le devaient conduire à Doulichion. Nous avons étudié le début de ce conte. C'est l'histoire du corsaire Cretois : fait prisonnier, puis demeuré sept ans en Egypte, notre homme devient l'associé, puis la victime d'une canaille phénicienne qui l'embarque vers la Libye : tempête, naufrage, sauvetage sur le mât flottant; le prétendu Cretois est poussé aux rivages des Thesprotes. Accueilli et vêtu par le roi, il est embarqué sur un navire thesprote qui fait voile vers Doulichion :
TÙyT,ar£ yotp £pyo[X£VT, vTiG; àvBpwv St<nzpun<jî>y t^ Aou)ayi.ov Tzo'kùizupoy.
Mais, à peine en mer, les matelots le dépouillent et l'attachent sous les bancs avec l'intention de le vendre comme esclave. Le soir, ils débarquent dans une anse d'Ithaque,
ÉTTripiot 3' 'lôàxr,; £Ù8£i£).ou spy àçixovTO,
pour préparer le repas sur le rivage. Notre Cretois parvient alors à s'enfuir et à se cacher dans les taillis de la forêt côtière :
£vO' àvaÊà<;, oôt T€ Spioç TjV iroXuavôéoç SXt^ç
Car ce n'est pas à la côte habitée de l'île, au pied et dans le port de la capitale, que nos Thesprotes ont débarqué. La capitale odysséenne est sur la rive du détroit, à la côte nord-occidentale. Allant vers Doulichion, à Vaurore d'Ithaque, les Thesprotes, venus du zophos, ont doublé la Pierre Blanche, puis sont venus relâcher en quelque refuge de la côte orientale. Cette façade dTthaque est alors déserte, abandonnée aux troupeaux de cochons et aux forêts de chênes. C'est bien cette côte forestière que longeaient les bateaux pour aller vers Doulichion-Meganisi.
A cette côte orientale, viennent aussi les Taphiens et leur roi Mentes, dont Athèna prend la figure : « Je suis Mentes, fils du sage Anchialos (le Côtier). J'ai relâché ici avec mon navire et mon équipage. J'allais à Témésa chercher du