‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 25 sur 343 · D'Arvieux, 11, p. li · texte numérisé non relu

D'Arvieux, 11, p. li

leur rendez- vous ; le Delta est leur paradis : « Tout ce triangle d'Egypte, qu'on appelle le Delta, n'est qu'une vaste plaine grasse et fertile au delà de l'imagination. Ce païs est extrêmement peuplé et produit presque sans culture toutes sortes de fruits, de graines et de légumes.... On navigue sur le fleuve fort à son aise pendant quatre jours. Nous avions le plaisir de voir un très beau païs, uni, cultivé, et si rempli de villages qu'il semble qu'ils se touchent et ne fassent qu'une ville de plusieurs lieues de longueur de chaque côté de la rivière. Tout ce païs fourmille de monde*. 3) Cette population rurale a toujours vécu sans armes, en proie aux pirates de la mer ou du désert :

Si on alloit de Rosset à Damiette en traversant le Delta par sa base, ajoute d'Arvieux, on n'auroil qu'environ trente lieues à faire. Mais ce chemin est trop dangereux pour s'y exposer. Les Turcs même n'osent le faire, à cause de la quantité de voleurs Arabes dont le Delta est rempli.... Damiette est la ville de tout l'Empire ottoman où les Francs sont plus universellement haïs et le plus mortellement. Cette haine n'est pas sans fondement. Ils sont tous les jours pillés par les corsaires chrétiens. Les côtes en sont continuellement infectées. Ce sont pour la plupart des corsaires maltois ou livouruois, qui courent indifTéremment sur les Chrétiens du pays et sur les Tiircs, et quand les prises sont à Malte ou à Livourne et que les propriétaires les réclament, quelques preuves qu'ils aient que les bâtiments et les marchandises leur appartiennent, ils n'en peuvent rien retirer. Cela indispose tout le monde contre les Francs et c'est souvent la cause des mauvais traitements et des avanies qu'on leur fait*.

A travers trente ou quarante siècles, l'histoire de ce Delta recommence toujours la môme. Chaque fois que l'Egypte n'est pas souveraine des côtes levantines et des « lies de la Très Verte » (comme disent les inscriptions hiéroglyphiques), ou chaque fois qu'inversement les Peuples de la mer. Grecs, Romains, Arabes, Anglais, etc., ne détiennent pas la garde et protection de l'Egypte, le Delta vit dans la terreur des corsaires. Les inscriptions de Minephtah, pour l'Egypte pharaonique, et les récits des voyageurs francs, pour l'Egypte turque, nous font admirablement connaître cet état de choses avec « les postes fortifiés, les citadelles fermées, les rondes de police, les sentinelles hurlant dans la nuit : « Halte-là! toi qui viens sous un faux nom! au large! », et les racontars de chaque matin : « Cette nuit, on a volé tel et tel », et les maraudeurs franchissant la rivière, et les gens de la plaine pleurant leurs bestiaux enlevés ». C'est Minephtah qui parle ainsi dans une inscription de Karnak', et tel détail de cette description nous serait amplement commenté par d'Arvieux, Thévenot ou les autres voyageurs francs. D'Arvieux a connu les maraudeurs du Delta :

Ce sont les plus adroits voleurs du monde. Ils donneroient des leçons aux Espagnols. Ils viennent ordinairement tout nuds, bien frottés d'huile et de graisse, afin

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