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Otlyss., XIII, 406-iOO

45i LES PHÉNICIENS ET L'ODYSSÉE.

Voilà bien, je crois, la forêt de loiile essence, itav-oirj GXyj, el les ruisseaux constants, àpojjLol €7rr,eTavot, dont le poète nous parlait plus haut, dans le texte que je veux corriger : ces eaux et ces forùts du Sud font dithaque une « nourricièie de porcs ». <t'j6oto;, — et non pas une « nourricière de bœufs », ^ou6oto^ D'autre part, les roches du centre en font une « nourricière de chèvres », vAêoTo;. Ithaque, parmi les marins d'aloi*s, est une terre chevrière et cochonnière, toute semblable à ces îles Cochonnières, Sybota^ ï'jêoTa, que les marines de tous les temps, et les nôtres encore, connaissent en ces mômes parages de la Grèce occidentale.

Malgré cette richesse en petit Inîtail, il est trop évident que, dans le royaume des Quatre Iles, Ithaque ne doit pas sa prééminence à ses ressources agricoles ni à son étendue. Auprès de la spacieuse, fertile et riche Képhalonic, le rocher d'Ithaque serait sans valeur à des yeux de paysans : depuis les temps homériques jusqu'à nous, les colons helléniques ou vénitiens, méprisant cette pauvre terre, n'ont vu en elle que lape///^^ Képhalonie. Comparée à Zante, à « File d'or » des Vénitiens, à la « fleur du levant » des Francs, Ithaque, dans l'estime des laboureurs, est encore bien moins importante. Aujourd'hui, après trois mille ans d'obscurité, si le nom d'Ithaque et le rôle des Ithaciens reparaissent au jour, c'est grâce à leur marine. Aux temps odyssécns, dt^à, il en était ainsi. Ulysse est le chef souverain du Royaume-Uni, parce que tout ce royaume, sauf les laboureurs de Doulichion, laboure surtout les champs humides. Ithaque, au bord de son canal, est la mieux située des Quatre Iles pour l'exploitation des passages du Nord-Ouest, comme elle est aussi la mieux pourvue de mouillages s'ouvrant vers les quatre coins de l'horizon.

Sui' le pourtour d'Ithaque, nos cartes marines et nos histructious nautiques connaissent un golfe, deux ou trois baies el quatre ports. Prenons bien garde à ces diflerents mots : dans notre langue de terriens, ils sont à peu près synonymes et nous irions volontiers chercher un port dans toutes les échancrures, anses, baies ou golfes d'une côte. Les marins sont payés par l'expérience pour être plus circonspects dans le choix de leurs mouillages, et plus précis dans l'onomastique de leurs descriptions. Un golfe pour eux n'est pas toujours un port. Les Instructions nautiques^ nous décrivent Ithaque de la manière que voici :

Ithaque a 15 milles de longueur du Nord au Sud el une largeur niaxima de 4 milles. Elle est montagneuse et presque divisée en deux parties par le golfe de Molo qui s'enfonce dans sa côte Est : la partie Nord a [Sl.'îO mètres de hauteur et la partie Sud, 650 mètres. Les raisins de Corinlhe, qui y croissent en abondance, forment, avec le vin

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FIG. 97. — ITHAQUE Pliolopravurc d'apiès la carte marine n" 5210.

qui est excellent, les seuls objets d'exportation. Les habitants, au nombre d'environ loOOO, sont marins pour la plupart.

En général, les côtes sont rocheuses et offrent plusieurs enfoncements où les bateaux du pays trouvent d'excellents abris. La côte Ouest court presque en ligne droite et parallèlement à la côte N.-E. de Céphalonie, dont elle est séparée par le chenal d'Ithaque qui varie en largeur de 1 mille J à 2 milles J. La côte Kst est irrégulière; à peu près en son milieu, le golfe de Molo s'enfonce environ 5 milles | au S.-()., part<igeant Tlle presque en deux parties réunies par un isthme large de -j^ de mille.

Les rives du golfe de Molo sont accores et rocheuses; l'eau y est profonde. Par les coups de vents du S.-E. au N.-O., les grains tombent à travers les coupures de la haute terre avec une violence extrême. Pendant ces grains, les navires qui ne peuvent entrer à Port Yathy trouveront mouillage dans la baie Ex-Aito, dans le fond du golfe où les coups de vent sont moins violents.

Par le golfe de Molo et par l'isthme déprimé, qui sépare ce golfe du détroit de Samè, Tîle d'Ithaque est coupée, comme on voit, en deux blocs montagneux. A nos marins, Tile apparaît double, faite de deux montagnes jumelles. La montagne du Sud a 650 mètres. La montagne du Nord a plus de 800 mètres. Pour les marins homériques déjà, deux montagnes, les deux monts Nériton et Keion, dominaient la masse insulaire : parmi les mouillages de l'Ithaque odysséenne, les uns étaient au-dessous du Nériton, les autres au-dessous du Neion.

Le golfe de Molo, lui-môme, n'est pas un mouillage. Ouvert, comme nous (lisent les Inshnictions, à tous les coups de vent entre le Sud-Est et le Nord- Ouest, il est sans utilité pour les navires qui, dans ces parages, redoutent précisément les rafales de Zéphyrc (N.-O.), de Boréas (N.-E.) et de Notes (S.-E ). Les marins en ce golfe resteraient exposés à toutes les tempêtes, et la côte rocheuse, aiguë, réserverait un triste sort aux bâtiments qui s'y laisseraient porter. Au fond du golfe seulement, un cul-de-sac, nommé baie Ex-Ailo, peut servir de mouillage temporaire, provisoire, aux navigateurs qui, par un beau temps, ne veulent pas ou ne peuvent pas gagner le vrai refuge de cette région, le Port Profond, Port Vathy. Les Instnictions décrivent ces dangers du golfe de Molo : « La cote Est du golfe est haute, rectiligne et partout accore et s'élève eu collines avec des ravins profonds. » Elles ajoutent : « Sur la côte Sud, il y a trois mouillages distincts : la baie de Skino, le port de Vathi et la baie Ex-Aito ».

Ces trois mouillages n'ont pas la même valeur. La baie d'Ex-Aito est célèbre par une colline en forme de cône sur laquelle les explorateurs croient avoir retrouvé le Château (t'Uhjsse : d'où la renommée de cette baie parmi nos marins. Mais nous en savons le peu de sûreté :•

Cette baie d'Kx-Aito, troisième mouillage du golfe de Molo, se trouve à son extrémité S.-O., au pied d'une colline circulaire haute de 122 mètres, s'élevant au milieu de r isthme qui réunit les deux parties de l'île. Au fond de la baie règne une grande plage de sable, à 2 encablures ou 2 t»ncablures J au large de laquelle il y a mouillage par 26 à 55 mètres d'eau, sable; plus au large, les fonds sont grands. Sur le sonnnet de la colline, se trouvent les ruines du château (VVltjsse.

De mémo, la baie Skino resle ouverte aux veuts du Nord, au Zéphyre ol an Borée, comme h la grande houle du large qu'ils soulèvent. Bellin, dans sa DcHcriplion du Golphc de Venise, nous dit :

I/isle, qui' nous nommons la petite Cêplialoniis est apjH'lêe par les (irecs Tiarhi d par les Turcs Phiachi. Elle a eu presque autant de noms (|u'il y a eu d'auteurs qui en ont parlé.... Cette isie est plus longue que large et d'une figure irrêgulière. Elle esl fort [Maipléc et Ton y compte près de 15 000 habitants, dont la plupai*t sont des gens qui ont été baimis de Zante, de Corfou et de Cêphalonie.

11 y a (pielqnes ports dans cette isle, ou plutôt dans ce mouillage; [mais^ ce sont des endroits fort ouverts où Ton court risque d'être relenu longtemps sans pouvoir appareiller pour en sortir, étant sujets à des ralTales fort violentes qui en empêchent. Ce mouillage est dans la partie de l'Est de l'isle. C'est une grande baie [notre golfe de Molo] ouverte aux vents d'Est, du N.-E. et de Nord, dans laquelle il y a deux enfoncements. Le premier en entrant est ce qu'on appelle le port de Squino ou Squinosa^.

En réalité, dans ce golfe de Molo, le seul Port Vathy « est un petit bassin commode et entouré par les terres ». Derrière Tilot de Katzurbo-nisi, il se compose d'un double refuge : à droite, tout près de Tentrée, est une petite anse, mal fermée, que Ton nomme baie Dexia; à gauche, au bout d'un long couloir très leserré, en une sorte de lac ti'iangulaire, est Port Vathy. La baie Dexia, comme la baie Skino, n est qu'un médiocre reposoir : les vents et la houle du Nord y fatiguent les navires; ce n'est qu'un avant-port presque forain, si peu utile aux navigateurs que, jusqu'en ces derniers temps, Icui-s cartes même détaillées ne le mentionnaient pas: ni Bellin, ni Grasset Saint-Sauveur ne le dessinent sur leurs plans à grande échelle. Dans Port Vathy même, il faut pénétrer assez avant pour être tout à fait au calme. Les Instructions nous disent :

Mouillage. — Les l)àlimenls de guerre mouillent ordinairement par 2i à 27 mètres d'eau, dans le N.-E. du lazaret. Les petits bâtiments mouillent plus près, par des fonds de 5'",5 à 7'",5. A certains moments, on reçoit à ce mouillage des rafales de N.-O. d'une violence extrême et contre lesquelles un navire doit être en garde.

Voilà donc un premier port des Ithaciens : le Port Profond.

Au Nord du Golfe de Molo, cette même cote orientale d'Ithaque ollre aux caboteurs un second refuge, beaucoup moins sur, mais composé lui aussi de plusieurs mouillages. Port San Nicolo, Port Frikais, Port Kioni : nos cartes et nos Instructions donnent le nom de ports aux trois anses de ce refuge, dont lensemblc forme la baie de Frikais. En réalité. Port Nicolo et Port Kioni n'offrent, comme les baies de Skino et Dexia, que des anses ouvertes, des abris médiocres en étendue et plus médiocres encore pour la sécurité : ce ne sont, à vrai dire, que des avant-ports clôturés de roches abruptes et communiquant difficilemenl avec le reste du pays. Le port véritable, le mieux abrité de tous ces mouillages,

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