‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 256 sur 343 · Uelliii, Description du Goîphe. p · texte numérisé non relu

Uelliii, Description du Goîphe. p

le Port de Frikais proprement dit, n'est inùinc devenu, en ces dernières années, un assez bon reposoir de caïques et de petits voiliers que grûce à une jetée artificielle qui le ferme aux houles du large et aux rafales de FEst et du Nord. Mais ce port de Frikais a toujours eu quelque importance à cause de plusieurs vallées insulaires qui y descendent : Fun des ruisseaux, le plus grand ruisseau ou plutôt le seul torrent de File tout entière, y aboutit. Nos caries marines nous indiquent ce « courant » de Frikais, dans lequel il y a d'ordinaire moins d'eaux courantes que de pierres roulées. Mais c'est là ce que tous les Grecs ont toujours appelé un « courant : rhevma, ps-jjjia, disent les Grecs modernes; nous voyons que les Achéens disaient rheilhron, psïSpov. « Courant » au temps des pluies ou après les orages, ce couloir est en temps ordinaire, durant la IkîIIc saison, une route commode entre le port et l'intérieur.

La côte Nord d'Ithaque présente la baie d'Aphalais qui s'enfonce au loin entre la Pointe Marmaka et la Pointe Oxoi. Cette baie n'a aucun mouillage. Elle est ouverte en plein aux rafales du Zéphyre et aux lointaines houles du large. Les tempêtes de l'Adriatique poussent ici, par le détroit du Nord-Ouest, par la porte de la Pierre Blanche, de violentes rafales et des vagues irritées : môme en calme plat, un courant « appréciable », disent les Instructions, balaie ce détroit. Le pourtour de la baie d'Aphalais est en outre inhospitalier; sauf une toute petite plage de sable qui occupe le fond, ce ne sont partout que pierres aiguës et roches accorcs.

Sur le canal de Samè, « la côte Ouest d'Ithaque court presque en ligne droite et parallèlement à la côte de Képhalonie », disent les Instructions. Tout du long, c'est une muraille ou plutôt un talus rectiligne. Symétrique au golfe de Molo et à la baie d'Ex-Aito, une petite baie, la baie d'Opis-Aito, « a une petite plage de sable » ; mais, ouverte à tous les vents de terre et de mer, comme à tous les courants du détroit, elle ne peut être d'aucun service pour les marins. Elle n'a d'utilité que pour les insulaires actuels qui ont ici leur passage, leur « gué », vers Képhalonie. Les gens de Vathy viennent ici pour passer à Pylaros ou Samos sur de frêles barques, quand le temps est tout à fait beau. C'est un peu plus au Nord, sur ce môme détroit, qu'Ithaque a son port véritable dans une anse commode : nous Favons décrit plus haut; les indigènes l'appellent toujours le Port de la Ville, Port Polis. Nous avons énuméré les avantages que ce Port de la Ville, bien couvert, bien pourvu de plages et muni d'une aiguade, peut offrir aux navigateurs, — surtout aux navigateurs primitifs. Ils y trouvent en outre une route isthmique pour passer en travers de File, de la côte du détroit à la côte du large, du Port de la Ville au Port du Courant, de Port Polis à Port Frikais.

Reste la dernière façade d'Ithaque, la façade méridionale, et le dernier port que nous y décrivent les Instructions. Au Sud, en ellet, nos marins signalent un refuge fort important à connaître pour les voiliers qui, venus du S.-E., de Patras et des côtes péloponnésiennes, trouvent des vents contraires, à cette

4r>0 LES PHÉNICIENS ET L'ODYSSÉE.

entrée méridion.ile «In canal (Hlhaque. C est le « Port S. Andréa », disent les uns, « Port Andri », disent les autres :

La pointe S. Andréa, extréniilê Sud d'lllia(|ue, forme la pointe Ouest de l'enlnV du petit port de S. Andréa, larjçe de I enc;d)lun» et s'enfonçant de 4 encablures vci-s le Nord juscju'à une ïM»tite plafçe dt» sable. Les petits caboteurs trouvent niouillajîe dans ce port qui a 6(> mètres d'eau à l'entrée : les profondeurs diminuent jusqu'à h'^Ji près du fond du port.... La pointe S. Andréa forme avec le Ciip hekalia de Céphalonie rentrée Sud du canal dllbaque, qui a près de 2 milles de largeur, des bords élevés des deux côtés et de grands fonds.

En résumé, sur tout le pourtour d'Ithaque, nos marins ne connaissent que quatre poils à peu près assurés : Port Vathy et Port Fiikais à la cote du large. Port Polis sur le détroit, et Port S. Andréa ou Andri à la cote méridionale.

Dans son Ithaque odysséenne, le poète homérique connaît quatre mouillages et il nous raconte quatre histoires, dont chacune se déroule en l'un de ses ports :

Télémaque, partant pour Pylos, s'embarque au pied de la ville.

Télémaque, revenant de Pylos, débarque en pleine campagne, à la première pointe du Sud.

Ulysse, ramené par les Phéaciens, débarque, lui aussi, loin de la ville, dans le port de Phorkys.

Enfin, nous avons vu Mentes, roi des Taphiens, débarquer au Port du Courant, à Port Rheithron.

Un par un, les quatre mouillages du poème correspondent, je crois, aux quatre ports de nos Instructions. Si Ton compare en effet le texte homérique aux cartes et descriptions de nos marins, il me semble que nous pouvons à coup sûr retrouver pour chacune de ces histoires le théâtre décrit par VOHyssée.

I. — Sur nos caries, le plus facile à reconnaître est le mouillage où Téb'»maque aborde en revenant de Pylos. Alhèna, prévoyant les embûches des prétendants, a conseillé au jeune homme de ne pas s'engager dans le détroit, mais de débarquer à la première pointe do Tile : « Les prétendants te guettent dans le détroit qui sépare d'Ithaque Samè la rocailleuse.

Navigue de nuit : le dieu qui le protège et veille sur toi t'enverra un hon vent arrière. Quand lu auras atteint la première pointe d'Ithaque,

a-jTàp ÈTT^iV irpwTTjV àxTT,v 'lôàxr,^ àc5'lxy,a'., expédie vers la ville ton navire et Ion équipage; mais loi, va chez le porcher.

qui est homme de bon conseil* » Télémaque suit de point en point les ordres de la déesse. Parti le soir de Pylos, il vogue toute la nuit, en prenant bien garde aux Iles Pointues qui sont dans le canal de Zante. Quand vient l'aurore, il est en vue d'Ithaque. A la première pointe, ses compagnons carguent les voiles et démâtent rapidement :

ol o* £t:1 yép(70\j

Tr^eiki'^OD sTapoi Xiiov [t'zLol xàô 3' sXov iorov

xap7îaAt[JLa);.

Puis, saisissant leurs rames, ils entrent dans le port et poussent jusqu'au mouillage du fond, où ils jettent l'ancre, portent l'amarre à terre et viennent eux-mêmes débarquer sur une plage :

T/jv o' sic opiJLOV Tipoépsa-a-av èp£T[jLOÎ;- £x 3' s'jvàç eêaXov, xaTa 3s Tcp^jAv/jCi' eoTi^JOLy èx 3s xai auTol ^aïvov iizl pr^y^\yl ôa^ào-OTiç'.

Prenez la carte avec les Instructions. Elles nous ont décrit déjà la pointe méridionale d'Ithaque : c'est la première que Ton rencontre en venant du Péloponnèse et des ports péloponnésiens, de Patras aujourd'hui, de Pylos aux temps homériques. Les Instructions nomment cette pointe Cap S. Andréa : si c'est là son nom véritable, il faut savoir que saint André est le grand protecteur des gens de Patras : « La pointe S. Andréa, extrémité sud d'Ithaque [irpwTTiv àxTYjv] forme l'entrée du petit port de S. Andréa, large d'une encablure [en ce couloir étroit tout vent tombe : il faut démâter], et s'enfonçant de quatre encablures vers le Nord [puis il faut pousser le navire à la rame], jusqu'à une plage de sable [stI prjyjjLwi GaT^ào-oT);]. Les petits caboteurs trouvent mouillage dans ce port [stçopjjiov Tupospsdaav] . » Toujours respectueux des ordres d'Athèna, Télémaque renvoie par mer son équipage vers la ville :

6[A6tç [JLSV v'jv à(TTu3' sXauvsTS v^a jjiiXatvav.

Sans mater à nouveau, les rameurs poussent le vaisseau hors du mouillage, puis ils rament dans la direction de la ville, en remontant le canal de Samè, où les guettent les prétendants. Quant à Télémaque, il va « monter » aux champs, près des bergers; il ne redescendra en ville que le soir, après sa tournée d'inspection :

a'jTap sywv àypoùç STrisiTOjJiat Tj.3s ^OTYÎpaç'

STiispio; 3' £i<; Îtzu i3(jjv Sjjià spya xàT£t[Ai*'.

Télémaque « monte » chez les bergers; il va chez Eumée, qui garde les

Page 1