‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 267 sur 343 · Odyês., XVI · texte numérisé non relu

Odyês., XVI

m) LES PHÉMCIENS ET L'ODYSSÉE.

ces ruelles, sous ces vieux platanes, dans ce bazar de bois. Partsch, au début de son mémoire sur Leukas^ fait remarquer avec raison combien cette ville et cette île, malgré leur proximité de la Grèce, restent en dehors des itinéraires el des études. Elle reste aussi en dehors du progrès qui entraîne vers la civilisalion européenne toutes les autres comnmnautés insulaires. Dès les premiers pas, on constate que ceci n'est pas un port dans une île hellénique, mais un bazar daiis une plaine albanaise. Les marais, qui ferment le détroit et rejoignent Leucade au continent, en font toujours un prolongement de la terre barbare. Les indigènes sont des terriens qui ne naviguent pas. Alors que les gens d'ithaque et de Képhalonie émigrent et vont chercher fortune aux quatre coins du monde» le Leucadien reste chez lui à greffer ses oliviers. Les routes grecques passent loujoui's à Técart de cette péninsule acarnanienne.

De la capitale actuelle, Amaxiki, à travers les platanes et les vieilles olivettes, nous sommes allés jusqu'à Tacropole de la capitale antique. De là, on aperçoit la mer du Sud, le Port Drepano et la grande lagune qui remplit tout le détroit de ses flaques, de ses bancs de sable et de ses marais salants. L'étroit canal à embarcations coupe du Sud au Nord cette lagune isthmique : son clair ruban d'eaux plus profondes coupe très nettement les écumes et les boues; quelques barques maniées à la perche s'y traînent, évoquant aux yeux un souvenir de Marais Pontins.

Nous avons passé à Sainte-Maure une terrible nuit de saleté et de vermine. Ces terriens de Leucade sont toujours les Épirotes crasseux qui de loin admiraient le linge blanc d'Alkinoos et les lessives de Nausikaa. Vivant dans l'huile, le beurre, le fromage aigre, le vin et les troupeaux, puant l'ail et le laitage, ils n'envoient pas, comme les marins de Phéacie, leurs vêtements à la fontaine, ils n'ont, comme le pauvre Eumée, qu'une misérable garde-robe :

où yàp TroW.al yT^aivat eTr/ijjLOtêoi ts y itwvs; evôàô' evv'ja-ôai,

ou plutôt chacun d'eux ne possède que le vêtement qu'il a sur le dos :

Dans les îles de navigateurs, Ithaque ou Képhalonie, nous allons trouver une propreté relative, un luxe de vêtements à la mode de Londres et de cravates à la mode de Paris, qui n'est qu'un visible témoignage de l'influence étrangère; mais Sainte-Maure, encore en cela, reste à l'écart du monde gi'ec

De Sainte-Maure, un charmant petit vapeur grec, le Pylaros, doit nous emmener vers Ithaque par le canal de Képhalonie. Ce petit yacht fut acheté en Angleterre où les Hellènes d'aujourd'hui se fournissent de bateaux et de modèles :

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