Odyss., XIV
aux temps de YOdyssée, c'est à Sidon qu'ils allaient chercher leurs maîtres et fournisseurs. A l'heure où l'agora commence à se remplir, vers sept heures du matin, nous avons quitté les platanes d'Amaxiki pour descendre sur une embarcation jusqu'à la rade foraine. Dans les sables, entre les vagues clapotantes et les lagunes empestées, sous la vieille citadelle échouée, qui semble achever de mourir en cette atmosphère de fièvre, nous avons attendu notre bateau. Il apparaît enfin, débouchant du détroit de Prévésa. Il n'aborde pas à quai. Il se tient à distance prudente, malgré les derniers dragages. Il repart presque aussitôt, sachant le peu de sécurité de cette rade où brises et courants, même par un temps presque calme, ont tôt fait de jeter un navire à la grève.
Nous partons. Nous descendons la côte occidentale de Leucade. C'est une falaise abrupte, poudrée de verdure au sommet. De loin en loin, une route descend à quelque plage de galets ou de sable par les lacets d'un zig-zag ou par la trouée d'un ravin. A mesure que l'on avance vers le Sud, les plages diminuent, puis disparaissent. La blancheur et l'àpreté de la falaise augmentent. Tout au bout, le capDukato des Italiens méritait vraiment son nom antique de Leukas, la Pierre Blanche, par l'éclatante candeur de ses roches verticales. Au détour de ce cap, le double canal d'Ithaque s'ouvre devant nous : canal du Nord entre Ithaque et Arkoudi; canal du Sud entre Ithaque et Képhalonie. C'est ce dernier passage que nous allons prendre : nous contournerons Ithaque tout entière par l'Ouest et par le Sud pour remonter ensuite la façade orientale jusqu'à Port Vathy.
Mais, avant d'enfiler le canal, nous allons relâcher d'abord sous Textréme pointe septentrionale de Képhalonie, à Porto Viscardo. Ce port, où vint mourir Robert Guiscard, — d'où son nom de Guiscardo, WuiscardOj Viscardo, Phiscardoy etc., — a toujours eu son importance et sa renommée parmi les marines qui durent emprunter ce chenal de Képhalonie, cette porte odysséenne du Nord-Ouest. Le nom môme de Viscardo fut appliqué au canal entier. Tous les voyageurs au Levant signalent ou décrivent ce refuge :
Nous entrâmes dans le détroit de Viscardo, qui sépare l'île de Céphalonie de celle de Thiaki : en beaucoup d'endroits, elles ne sont qu'à un mille de distance l'une de l'autre. Ces deux îles, Ithaque surtout, ne laissent voir ici que les flancs escarpés de leurs montagnes, sans aucune sorte de cultures ni d'arbres. De tristes et maigres arbustes dispersés çà et là sont les seuls ornements de cette haute nmraille. l'n vent favorable, qui s'était élevé, nous avait déjà portés à plus de quinze milles, lorsqu'une violente tempête vint nous menacer. Le batelier, ne voulant pas exposer sa petite barque sur le canal dangereux de Viscardo, s'empressa de gagner la baie située au bas du promontoire de ce nom. Cette précaution nous garantit des fureurs d'un ouragan terrible, qui se contenta de nous ballotter durement. Si notre frêle esquif fût resté dans le canal, la violence du courant l'eût jeté inévitablement contre les brisans d'Ithaque.
Le jour suivant, un vent de Nord violent ne permit point au batelier de lever l'ancre. Je profitai de cette circonstance pour faire une petite excursion sur les côtes voisines, dont les collines sont assez riantes. Au Nord de la baie, s'élève une petite colline par-