Instruct. naul., n» 691, p
5. Je n'ai pas mis le pied sur Daskalio. Depuis mon voyage de 1901, j'ai trouvé des collaborateurs inattendus, aux services desquels je n'avais aucun droit, mais qui, lecteurs de mon premier volume, sont venus m'olFrir leur aide pour le second. M. N. Paulatos (d'Ithaque), auteur de la dissertation 'H iXT.ÔT^; '16ixT|, m'a envoyé tous les renseignemenls que j'ai pu lui demander. M. et Mme F. Bois-
TceTor^sTTa, dont parle le poelc. La pierre est blanche, loiile nue sur le pourtour. Sou éclatante blancheur se détache sur Tazur de la mer profonde. Haute de quelques mètres à peine, file présente partout une bordure de roches décliiquelées et de brisants, dont les plus petites embaications n'approchent qu'avec prudence. L'extrémité Sud est entaillée d'une double brèche aux flancs d'une langue projetée. Cette double brèche ne saurait nous rendre les Ports Jumeaux du poète. Sans largeur, sans profondeur, sans grèves, chacun de ces culs-de-sac ne peut accueillir qu'une ou deux barques à flot. Le seul débarcadère de Tile est
FiG. loi. — Les rives d'Astéris.
en face de Képhalonie, à la cùte occidentale du rocher. Là, une étroite pente de sables descend à la mer. Ce n'est assurément pas un abri de marins. Le mot de « refuge », appliqué à ce trottoir de roche, serait exact, si Ton pensait aux refuges installés sur nos boulevards ou dans nos carrefours pour donner quelque sécurité aux piétons et couper le flot des voitures : Astéris ne peut servir qu'à couper aussi le flot des navires en ce chenal.
Sur la roche, longue de 150 mètres, large de 55 à 40 (chifl*res maxima), deux ruines d'églises parmi les broussailles, une tour croulante, une citerne taillée dans le roc et une sorte de tumulus ou de tertre en cailloux amoncelés ténioi-
soiinas (de (îenève;, s'élant rendus en Grèce au piinleinps de IWi*, oui pris la peine de visiler. do décrire et de pli()toj,Taphier tous les sites d'Ilhaque sur lesquels il me manquait des notes ou de> doruments. C'est prAce à leurs belles photographies que je puis donner nombre des illustrations de ce livre. C'est «îrâce à leur navijjalion et à leur séjour dans ces parages que je puis décrire Daskalio a\i\' quelque détail.
gnent cependant que Tilot, aujourd'hui désert, fut longtemps fréquenté des hommes. La tour pouvait servir de guide aux navigateurs, plus souvent encore de guette aux pirates. D'ici, l'on surveille tout le canal de Viscardo et la mer lihre des deux entrées. Vers le Nord, Thorizon n'est borné que par la Pierre Blanche de Leucade. Vers le Sud, par temps clair, il s'ouvre sans limite jusqu'aux monts côtiers du Péloponnèse. Le seul inconvénient de cette guette est sa hauteur insuffisante au-dessus de la vague. Par une mer un peu agitée, surtout par les fortes houles que l'Adriatique pousse en ce détroit, la vigie
FiG. 102. — Une tour croulante....
d'Asléris ne dislingue plus les embarcations ni même les petits voiliers. A ses yeux, les coques et les matures disparaissent dans les creux de la houle ou se détachent à peine au long des côtes sombres. Le vaisseau de Télémaque, une fois démâté et remorqué par ses rameurs, se faufile sous la masse ombreuse d'Ithaque et échappe aux guetteurs d'Antinoos. Il faut, pour compléter cette vigie d'Asléris, des guetteurs sur la grande terre voisine, stt' r^Tzelpou, au sommet de ces collines éventées, àxpiaç Yive[jL6£<r<Ta;, que balayent tout à la fois les brises du canal et les grands souffles de la mer libre sur l'autre façade de Képhalonie. La côte d'Ithaque sur le canal est presque rectiligne, sauf l'échancrure et le recul des terres à Port Polis. Elle est très haute, mais non pas abrupte. Elle a des talus fort raides, mais pas de falaises droites. Elle est pierreuse et rocailleuse; mais nulle part le rocher n'est accore ni tout à fait chauve. En maints
endroits, des terrasses de vignes et d'oliviers, ailleurs, quelques bouquets de cyprès et de grands arbres descendent jusqu'à la mer. Partout des broussailles et des buissons en fleurs, dont le vent nous apporte les senteurs balsamiques, revotent cette façade où vainement on cbercherait un site que les marins pussent dénommer la Pierre du Corbeau. Il n'y a pas de « roche en falaise » sur cette façade. La côte de Képhalonie est bien plus escarpée. « Semée de mornes et de falaises remarquables », disent les Instructions, elle est brusquement entaillée de la spacieuse, longue et large baie où les deux villes de Pylaros
FiG. 103. — Les talus d'Itliaquc (Port Polis).
aujourd'hui, de Samè dans l'antiquité, ont pu vivre de leur commerce et de leurs champs.
Sainte-Euphémie ou Pylaros — dont notre vapeur porte le nom — est dans la partie Nord de la baie. C'est la ville moderne, ou plutôt la ville future, car elle commence à peine à se bâtir. Sous la domination vénitienne, toute la vie insulaire s'était réfugiée à l'autre façade de Képhalonie, autour des murs d'Assos, de Lixouri et d'Argostoli, sur la route des flottes : le détroit et ses plaineltes côtières étaient entièrement délaissés. Sous les Anglais, les Grecs des îles renouèrent leurs plus habituelles relations de commerce avec leurs frères de la Morée et de l'Épire. Les gens de Képhalonie eurent alors besoin d'une échelle sur cette façade orientale de leur île, en face de Patras et de Missolonghi. Un bureau de douane s'ouvrit en cette baie de Sainte EuphémieS au pied de celle
i. A. Findlay, Sailing Directory, p. 245 : S. Euphemia, situated on a small creek on ihe N. VT. side
« Guelte de Jour » 'H[jLipoêî.yXvà, dont les indigènes actuels ont fait Merovigli. (Nous allons retrouver à Ithaque ce nom de lieu. 11 est fréquent en ces parages. Durant des siècles, les malheureux insulaires ont passé leurs jours, comme les guetteurs des prétendants, au sommet des collines éventées.) Puis une grand Voûte, grâce au long défilé que la riante vallée de Pylaros ouvre à tiavers Tile, d'une mer à l'autre *, mit cette échelle du levant en communication facile avec les capitales insulaires de la façade occidentale. Pylaros devient aujourd'hui le grand
Fie. i04. — Au long d'Ithaque.
emporion des navigateurs grecs, tandis qu'Argostoli et Lixouri restent les villes des colons, des cultivateurs gréco-italiens.
Durant la première antiquité, c'était Samè et non Pylaros qui tenait ce rôle. Les sites comparés des deux villes montrent suffisamment les raisons que les premiers thalassocrates avaient alors de préférer Samè. Si Pylaros, grâce à la vallée et à la route qui l'unissent aux villes et plaines de file, s'impose au choix
of the bay of Samos, appearcd (in 1850) but a misérable village and was tlie only port on Ihis side of Cephalonia allowed lo hâve connnunication wilh llie neighbouring continent. It lias a customhouse and a small party of military to enforce the observance of the quarantine laws. It is chiefly resorted to by srnall coasling vessels frorn the Morea and opposite coast of Greece, which bring over cattle of every description for the consuinption of the island.
1. 0. Riemann, Céphalonie, p. 5: La riante vallée de Pylaros coupe en deux la chanie de montagnes et .sépare la presqu'île d'Ériso du reste de l'Ile. Cette coupure naturelle a donné lieu de supposer que peut-être cette presqu'île formait à l'origine une île distincte, la Doulichion d'Homère. Mais il suffit de voir la vallée de Pylaros, dont le haut est encore assez élevé au-dessus d2 la mer, pour se rendre compte que celte hypothèse est tout à fait inadmissible.
m\ LES PHÉNICIENS ET L'ODYSSÉE.
des insulaires, Samè et sa « hauteur » isolée, sa plage, sa source au bord de la mer et sa plainette fertile répondaient mieux aux besoins des premiers navigateurs. Les voiliers, qui descendent le canal avec les vents du Nord favorables, arrivent tout droit à cette plage tournée vers le Nord-Est, comme les voiliers qui remontent le canal vont tout droit, grâce aux vents du Sud, relâcher sur la côte d'Ithaque, dans Port Polis tourné vers le Sud-Ouest. Pour les premiers thalassocrates, Same et la ville d'Ulysse se faisaient ainsi pendant. Aux deux extrémités de ce couloir, elles se complétaient Tune l'autre. Leurs intérêts et leur destinée étaient unis par leurs rôles complémentaires. Ulysse d'Ithaque, roi du port principal, était aussi le chef souverain de Samè. Sur place, cette géographie odysséenne s'éclaire et s'anime. Il est trop visible qu'en cette porte du Nord-Ouest, les voiliers et galères primitifs avaient besoin d'un reposoir :
L'île de Céphalonie commence au cap Fiscardo et forme, avec celle de Thiaqui, un canal d'environ sept lieues, courant S.-S.-E. et N.-N.-O. On ne peut y mouiller à cause de la grande profondeur du fond : les ancres ne prendroient pas et l'on seroit, de plus, exposé à des rafales extrêmement violentes que l'on éprouve avec tous les vents. Il no passe guère dans ce canal que de petits bâtiments, qui attendent même, pour cette travei-sée, un vent favorable et bien établi. Si cependant on étoit obligé d'y naviguer, il fau:lroit alors ranger la côte de Céphalonie sur laquelle il y a deux ports, llscardo et le Val d'Alexandrie (Sanios) ^
Il est non moins visible que nos reposoirs actuels en ces baies ouvertes de la grande île de Képhalonie avaient moins d'attrait pour les premiers uavigateui"s que la rade fermée de la petite île d'Ithaque. Sur place, à Port Polis, nous saisirons mieux encore les raisons de cette préférence; mais par le récit delà Télémakheia, nous avons déjà vu les galères odysséennes « ranger la côte » d'Ithaque et non celle de Képhalonie. Cette côte d'Ithaque n'a que le reposoir do Port Polis. Juste en face de Pylaros, cependant, une petite anse échancre la rive. C'est au pied d'une haute colline en dôme, que les insulaires appellent Aétos, l'anse Derrière- Aétos, Opiso-Aétos, La colline couvre de sa masse conique l'isthme étroit qui sépare le canal du golfe de Molo. Ce mont Aétos est couronné de ruines cyclopéennes. Certains voyageurs et \q^ Instructions y veulent retrouver le château d'Ulysse. C'est en réalité l'ancienne citadelle classique d'Alalkomenai. Au pied de cette citadelle, l'anse d'Opiso-Aétos n'a jamais tenu le rôle et ne mérite aucunement le nom de port. Dans une brèche des rochers, les arbres et les buissons descendent jusqu'au bord d'une mer semée d'écueils. Aucun abri ne couvre cette plage contre les vents ni la houle. Aucune grève ne peut accueillir ici les navires tirés à sec. L'anse d'Opiso-Aétos ne sert qu'aux embarcations des passeurs du détroit, qui amènent les gens d'Ithaque au port de Pylaros, quand ils veulent commercer avec les insulaires de Képhalonie ou
i. Grasset Saint-Sauveur, Voyage dans les Islcs. etc., III. p. ^i.
quand, de Pylaros, ils vont à travers File s'embarquer à Argostoli sur les vaisseaux des thalassocrates autrichiens.
Au Sud d'Opiso-Aétos, comme au Nord, la côte d'Ithaque prolonge ses talus de cailloux ou ses pentes de broussailles. L'extrémité méridionale de l'île est beaucoup plus basse. L'ancien Nériton, — autre Guette de Jour des insulaires actuels, Merovigliy — culmine à l'intérieur jusqu'à 071 mètres. Mais, par gradins, de terrasses en terrasses, il aboutit sur la mer en un plateau dont le
FiG. 105. — Le rivage d'Opiso-Aétos.
dernier escalier, quoique assez raide, est peu élevé. La rive est toujours habillée de verdure et de broussailles.
De Pylaros, nous sommes venus à l'échelle de Samos. A la limite d'une plainelte marécageuse, un quai étroit borde une ligne de maisons neuves. Par derrière, surgit presque à pic le morne rocheux de 275 mètres, sur lequel la haute Samè s'était juchée. Nombre de voyageurs ont décrit l'enceinte et les ruines qui subsistent en haut de ce morne : Partsch en donne un plan et un inventaire détaillés*. C'est le type môme des « hautes villes » à la mode homérique*.
Le cap Dekalia, qui ferme la baie de Samos, s'avance tout près de l'extrémité méridionale d'Ithaque. Pour contourner cette extrémité et gagner Port Vathy sur