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V. BÉRARD. — II

>i08 LES PHÉNICIENS ET L'ODYSSÉE.

la façade de Torienl, nous traversons le détroit. Nous venons reconnaître le cap et le port Saint André. Dhns le talus assez raide, qui continue la rive d'Ithaque, Port Saint André creuse son long couloir : une grève de sable, dans le fond, blanchit les pieds des vertes collines. Ici Télémaque et son équipage vinrent débarquer à la première chaleur du matin, à l'heure où le calme plat succède aux brises de terre nocturnes et précède les brises maritimes du jour*. Ici, de tout temps, les voiliers venus du Sud ont cherché un refuge en cas de tempête ou de vents contrariés. Cette entrée du canal d'Ithaque est fort souvent obstruée par les vents du Nord. Il y faut un refuge ou, du moins, un reposoir même pour les petits vaisseaux qui, voiles carguées, essaieraient de lutter contre la brise et

de remonter le détroit à la

rame :

Nous levâmes l'ancre (de Missolonghi) à dix heures du malin el fîmes route, par un vent de N.-O. assez frais, vers le canal qui sépare l'île de Géphalonie et celle d'Ithaque.

\ous passâmes au Sud des îles Oxiae : ce sont deux rochers inhabités, où se trouvent trois ports que Ton dit être fort bons el où se réfugient les pirales, FiG. 106. — Le. Cap Jlaj^ios loaimis». dont la ciMe d'Étolie est infes-

tée. [Ces pirates] montent au nombre de dix, douze ou quinze tout au plus, des bateaux fort légers, qui vont à la rame et à la voile, et ils attaquent avec audace les navires qu'ils voient mal armés [ou] qu'ils jugent n'être pas sur leur garde.

Le vent ne nous permettant pas d'entrer dans le canal [de Céphalonie], nous louvoyâmes toute la journée et revînmes vers les deux rochers pour y mouiller. Ne pouvant les atteindre, nous gagnâmes la côte et jetâmes l'ancre un peu au-dessus du cap que nous avions devant nous le matin, de sorte qu'après avoir resté en mer toute la journée, nous n'avions fait le soir que deux lieues.

Le 20, avant le jour, nous levâmes l'ancre et nous nous dirigeâmes une seconde fois vers le canal de Céphalonie. A trois heures après midi, nous étions à une heure seulerencontre un mouillage nommé Samos. Ce n'est proprement qu'une rade couverte uniquement au Sud par un promontoire qui s'avance en mer. La tenue y est bonne et de gros bâtiments peuvent y mouiller; mais on ne doit prendre ce mouillage que dans la belle saison,... les vents de S.-E. et de N.-O. soufOanl dans ce port avec de très fortes rafales. On n'a de ressource pour l'eau que les puits, qui ne sont pas abondants. Assez près du rivage, il y a un village qui est dominé par une colline avec une église desservie par dix-liuit religieux. Ces moines habitent un couvent auprès duquel est une tour [avec] un ponl-levis... ef une terrasse garnie d'embrasures de canons, où est placée une batterie de quatre petites pièces. Cette tour est le refuge des religieux contre les brigands et les Barbaresques, qui quelquefois font des incursions dans l'Ile. Le chemin qui conduit au monastère est très difficile.

1. Cf. Instruct. naut., n" 691, p. 39 : La brise de terre et la brise de mer sont très régulières en été. La première souffle de dix heures du soir à cinq heures du matin. La seconde commence à se faire sentir vers dix heures du matin et cesse vers sept heures du soir. Le calme règne pendant l'intervalle.

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